Les quartiers ne sont pas composés que de dealers. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur et Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville ont pu le mesurer en écoutant les jeunes de la troupe de théâtre « Héritage ». Ils ont entre 16 et 25 ans, font des tournées et cisèlent des textes liés à leur actualité. L’occasion pour Laurent Nuñez de vanter la prévention.

Éloquence et précision

Les jeunes sont assis en demi-cercle, accompagnés des acteurs des centres sociaux. Sans doute n’ont-ils jamais croisé un ministre de leur vie. Les consignes sont délivrées. Des interventions brèves à destination des membres du gouvernement. Personne ne bafouille, le propos est précis, synthétique. Le travail de l’éloquence via le théâtre se ressent. Les ministres écoutent avec bienveillance les interventions sur l’évolution de ces jeunes.
Des thèmes ancrés dans l’actualité
La troupe travaille ses textes le vendredi. Ils évoluent au gré de l’actualité ou de la vie familiale. En amont, un travail a été mené pour connaître leurs droits et leurs devoirs. « On a eu énormément de questionnements, d’échanges », entame Mouna. « Grâce à l’attention de nos animateurs, qui nous ont emmenés voir des juristes et des professionnels, on a appris nos droits et nos devoirs en tant que citoyens. » « On a assisté à des audiences en comparution immédiate », enchaîne Doria. « On a pu voir le rôle des avocats, des procureurs et des juges. On s’est inspirés d’eux pour écrire nos textes.»
Discriminations, harcèlement… et narcotrafic
« Actuellement, on aborde beaucoup le thème de la discrimination et du harcèlement , relève Djihane, mais aussi du narcotrafic, parce que c’est quelque chose qui touche beaucoup nos quartiers. C’est un sujet qui permet d’éviter à certains de prendre un mauvais chemin.» Saïd estime pour sa part que le théâtre l’a profondément changé : « En tant que citoyen, en tant que personne, j’ai acquis une certaine éloquence grâce au Centre. Travailler le théâtre, rencontrer des gens, ça change la manière d’être. Moi, là où j’habite, avec les gens qui traînent dans le bâtiment, j’aurais pu déraper facilement sans le théâtre. »
Messages reçus

Laurent Nuñez et Vincent Jeanbrun écoutent attentivement. Le ministre de la Ville, originaire du 94 (Val-de-Marne), raconte s’en être sorti grâce au théâtre lorsqu’il était adolescent : « Vos témoignages et vos implications me touchent beaucoup. Évidemment, on est à vos côtés pour tout ce que vous faites, pour éveiller les esprits et montrer qu’il y a d’autres chemins. Et nous sommes aux côtés des structures associatives qui mènent un combat extraordinaire pour montrer que ce n’est jamais fichu, jamais foutu. »
L’incohérence budgétaire pointée par le ZEF
Reste un point de friction : l’incohérence des discours. Pour de nombreux responsables politiques, la culture et les associations sociales sont jugées « géniales » et « vitales », mais elles figurent aussi parmi les premiers secteurs touchés par les restrictions budgétaires, estime Francesca Poloniato, directrice du ZEF : « La culture est essentielle pour construire la confiance auprès des jeunes. Mais tant qu’on ne la considérera pas comme un bien commun, on ne la défendra jamais. Tant que ce ne sera pas dit ou assumé, on sera toujours malmenés. »
Prévention : la fenêtre entrouverte
Cependant une petite musique, dénoncée récemment par le candidat du Rassemblement national aux municipales de Marseille, semble se faire entendre. Le tout sécuritaire, la répression laissent aujourd’hui une fenêtre entrouverte en direction de la prévention, et de la médiation. L’association du ministre de l’Intérieur et de la ville pour cette visite en est la démonstration. « Marseille en grand a un volet sécurité extrêmement important, note Laurent Nuñez, mais la lutte contre les trafics, la lutte contre la délinquance cela passe aussi par le volet de la prévention et de la médiation. On l’a vu ce matin à travers ces associations qui redonnent confiance aux jeunes et c’est extrêmement positif et puis on a déambulé avec des médiateurs qui jouent aussi un rôle en matière de sécurité. En venant avec le ministre de la ville je voulais évidemment donner un signe fort là-dessus. La prévention et la médiation c’est extrêmement important. »
Désormais le gouvernement affiche qu’il marche sur deux jambes en matière d’insécurité : la répression et la prévention.
Reportage Joël BARCY



