Municipales. Grand entretien avec Sophie Joissains : « Aix-en-Provence doit continuer à se développer sans perdre son âme »

À l’approche des élections municipales, Sophie Joissains, maire sortante et candidate (DVD) à sa succession à Aix-en-Provence, revient longuement sur son bilan et sur les projets qu’elle souhaite porter dans les années à venir. Sécurité, école, urbanisme, développement économique, mobilité, innovation, culture, logement, transition énergétique, santé, seniors, protection animale : dans cet entretien, elle défend une ligne qu’elle résume ainsi, préserver les Aixois, améliorer le quotidien et construire la ville de demain.

 

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Sophie Joissains (UDI) candidate à sa succession à la mairie d’Aix-en-Provence © M.E

« J’aborde cette campagne avec beaucoup d’espoir »

Dans quel état d’esprit abordez-vous cette campagne municipale ?

Je l’aborde avec beaucoup d’espoir. Une campagne municipale, c’est toujours un moment particulier. C’est le moment où l’on rend compte de ce qui a été fait, mais aussi celui où l’on explique ce que l’on veut pour la ville dans les années qui viennent. Avec toute une équipe, nous travaillons beaucoup. Une élection reste une élection, bien sûr, mais derrière il y a un projet, une méthode, une continuité. Je crois qu’Aix est arrivée à un moment de son histoire où elle doit continuer à se développer sans perdre ce qui fait sa singularité. C’est une ville très attractive, une ville de patrimoine, de culture, d’enseignement supérieur, d’innovation, mais aussi une ville où l’on tient à une certaine qualité de vie. Toute la difficulté est là : accompagner le mouvement sans rompre l’équilibre.

Comment percevez-vous l’ambiance entre les différents candidats  ?

Franchement, cela n’a rien à voir avec ce que l’on peut voir ailleurs, notamment à Marseille. Il y a des désaccords, c’est normal, mais on sent qu’une forme de courtoisie demeure entre les candidats. Je crois que c’est important. Le débat démocratique doit être ferme, mais il n’a pas besoin d’être hystérisé.

Qu’est-ce qui vous distingue de vos concurrents ?

Ce qui me distingue, c’est d’abord l’expérience et la connaissance du terrain. J’ai exercé des responsabilités pendant plusieurs années, j’ai dirigé une collectivité, et cela donne une vision très concrète de ce qui est possible et de ce qui ne l’est pas. Dans cette campagne, je suis parfois étonnée par certains programmes. On voit circuler des annonces à plusieurs centaines de millions d’euros, parfois 200 millions, sans que l’on explique réellement comment ces projets seraient financés ou mis en œuvre. Il y a parfois un décalage entre les promesses et la réalité de l’action publique.

J’entends aussi des propositions qui me paraissent totalement déconnectées.  Je crois que la crédibilité en politique repose aussi sur la maîtrise des dossiers. Je prends un exemple : un de mes opposants a affirmé récemment qu’Aix allait perdre 5 000 étudiants. Cela m’a immédiatement interpellée. Mon premier réflexe a été d’appeler Éric Berton, le président d’Aix-Marseille Université. Après vérification, on parle d’environ 1 200 étudiants dans une situation particulière, pas du tout de 5 000. La réalité, c’est qu’Aix est aujourd’hui une ville universitaire très importante. Nous avons environ 32 500 étudiants à l’université, et près de 200 établissements d’enseignement supérieur sur le territoire. De nouvelles écoles continuent d’ailleurs d’ouvrir, comme Ynov l’an dernier ou encore l’Essca récemment.

Cela crée d’ailleurs un autre défi pour la ville : celui du logement étudiant. C’est un besoin réel. Ces dernières années, plusieurs résidences ont été construites, environ 600 logements en trois ans, mais il faut continuer. J’aimerais par exemple développer de nouvelles résidences à proximité de Sciences Po, sur le secteur de la Pomone, parce que la proximité du centre-ville est importante pour les étudiants.

La campagne municipale s’annonce très ouverte à Aix. Comment analysez-vous le paysage politique aujourd’hui ?

Il y a effectivement plusieurs listes en présence, ce qui rend la campagne assez ouverte. Si l’on regarde la configuration actuelle, il y a notamment deux listes issues de La France insoumise, l’une officielle et l’autre dissidente, une liste conduite par Marc Pena avec le Parti socialiste et les communistes, une liste issue d’Horizons, la mienne, et celle du Rassemblement national. Cela crée une situation assez particulière, avec potentiellement de nombreuses listes au premier tour. Dans ce type de configuration, plusieurs scénarios restent possibles pour le second tour : une triangulaire, voire une quadrangulaire. C’est aussi ce qui rend cette élection intéressante et imprévisible.

Certains évoquent aussi la possibilité d’alliances entre listes au second tour. Seriez-vous prête à fusionner avec une autre liste ?

Aujourd’hui, chacun mène sa campagne avec son projet et ses idées. Je respecte cela. Pour ma part, je me concentre sur la dynamique de mon équipe et sur le programme que nous présentons aux Aixois. Nous avons constitué une liste cohérente, composée de femmes et d’hommes engagés pour la ville. Mon objectif est d’abord de convaincre les électeurs sur ce projet. Les questions d’alliance appartiennent au second tour et aux circonstances du moment. Mais je crois que la clarté politique est importante : les électeurs doivent savoir pour quoi et pour qui ils votent.

Le Rassemblement national semble progresser dans plusieurs territoires. Comment analysez-vous sa présence à Aix ?

Aix n’a jamais été historiquement une terre du Rassemblement national. Cela ne fait pas partie de la tradition politique de la ville. Mais il est vrai que l’on observe, comme ailleurs en France, une progression de ce vote dans certains territoires, notamment dans quelques villages ou quartiers périphériques. Un sondage récent évoquait environ 20 % d’intentions de vote pour ce candidat. Mais il faut rester prudent avec ce type de chiffres, d’autant plus qu’ils ont été réalisés très tôt dans la campagne, à un moment où beaucoup d’électeurs ne se sont pas encore réellement intéressés aux municipales. Ce que je constate surtout, c’est qu’il existe aujourd’hui une forme de vote national qui peut se reporter localement, parfois indépendamment des projets municipaux eux-mêmes. C’est un phénomène que l’on observe dans de nombreuses villes.

Craignez-vous que cette configuration politique fragmente le vote et rende l’élection plus incertaine ?

Lorsque plusieurs listes sont en présence, il est évident que les équilibres peuvent être plus complexes. Mais je crois aussi que les municipales restent des élections très particulières. Les électeurs regardent d’abord la connaissance de la ville, la crédibilité des projets, l’expérience de gestion. Ce sont des éléments déterminants. Aix est une ville exigeante, avec des habitants très attentifs à la qualité de la gestion municipale. Pour ma part, je reste concentrée sur mon projet et sur l’équipe qui m’accompagne. C’est cela que nous présentons aux Aixois.

« Un mandat difficile, d’abord pour des raisons humaines »

Quel regard portez-vous sur le mandat qui s’achève ?

Cela a été un mandat difficile. D’abord, il faut le dire, pour des raisons humaines. Nous avons perdu deux élus importants de la majorité. Jules Susini, qui était un pilier. Puis Gérard Bramoullé, qui était notre grand argentier, une personnalité extrêmement présente, très brillante, engagée depuis le début. Cela a été violent pour nous tous.

Il y a eu aussi la disparition du Conseil des territoires, qui, elle, n’a évidemment rien d’humain, mais qui a emporté des conséquences importantes au niveau financier, au niveau des projets, au niveau de la cohésion territoriale. Il a fallu se relever de tout cela dans un climat national très particulier, avec des tensions politiques fortes, des conflits internationaux qui s’exportent parfois jusque chez nous, et un narcotrafic grandissant. Toutes les communes ont connu cette montée des inquiétudes, mais à Aix, la proximité de Marseille impose forcément une attention particulière.

Sécurité : « Nous avons mis en place des pare-feux »

Justement, comment expliquez-vous qu’Aix reste relativement protégée malgré sa proximité avec Marseille ?

Je pense que nous avons mis en place assez tôt des pare-feux. Dès 2020, nous avons commencé à recruter entre sept et dix agents de police municipale par an. Aujourd’hui, nous sommes à 147 agents, dont 138 opérationnels. Neuf sont affectés au commissariat. Onze autres sont en voie de recrutement et doivent arriver très prochainement.

Nous avons aussi accru la vidéoprotection, avec la pose d’une vingtaine de caméras supplémentaires par an. Nous en sommes aujourd’hui à 500 caméras. À cela s’ajoute l’acquisition de deux postes mobiles opérationnels. C’était très important, parce qu’ils permettent aux agents de sillonner les quartiers et les villages, de s’arrêter, de recevoir les habitants, de les renseigner, de les rassurer, de les écouter. La sécurité, ce n’est pas seulement de la surveillance, c’est aussi une présence visible et un lien.

Quels résultats mettez-vous en avant ?

Nous avons continué à promouvoir le dispositif “voisins vigilants”, notamment dans les quartiers et les villages, parce que nous sommes dans une ville où la question des cambriolages reste sensible. Les habitants se sont aussi équipés davantage en alarmes et en dispositifs de sécurité. Aujourd’hui, nous constatons une baisse de 45 % des cambriolages dans les habitations. Sur l’ensemble, en incluant les entrepôts et les garages, la baisse se situe autour de 10,5 %.

Nous nous sommes aussi attaqués à un point de deal qui était devenu important à la périphérie du centre-ville. Nous l’avons fait avec la police nationale, et nous avons réussi à faire partir les personnes qui occupaient cet espace. Ce qui est d’ailleurs intéressant, c’est que ces réseaux ne sont pas composés uniquement de jeunes venus de Marseille. Ils recrutent très large. On a vu passer des profils venus d’ailleurs, parfois de très loin.

Et qu’envisagez-vous  pour la suite ? 

Nous allons continuer. Il faut poursuivre l’augmentation régulière des effectifs, à raison de dix agents par an. Il faut aussi construire un nouveau commissariat de police municipale, parce que l’actuel devient trop petit, et prévoir une base au nord et une autre au sud. Nous voulons également installer des caméras de lecture automatisée de plaques aux entrées et sorties de ville, afin de pouvoir transmettre directement à la police nationale les informations sur les véhicules signalés. C’est une très belle collaboration. Et elle a déjà été renforcée par l’obtention de douze policiers nationaux supplémentaires sur la CSP d’Aix. J’avais formulé cette demande depuis longtemps, car nous sommes, hors Paris, la première cour d’appel de France. Cela implique beaucoup de gardes au tribunal, d’extractions, d’accompagnements pour soins médicaux, donc une forte mobilisation des effectifs de police nationale. Au fond, la sécurité, c’est ce qui permet de préserver ce cadre de liberté propre à Aix. Il ne s’agit pas de mettre un agent derrière chaque habitant. Il s’agit de préserver la tranquillité. Aix a parfois été décrite comme une des villes les plus apaisées de France. Cela se protège.

École : « Donner à chacun le meilleur départ possible dans la vie »

Quelle réalisation incarne le mieux votre mandat ?

On me répondrait spontanément Cézanne, et c’est vrai que l’année Cézanne a marqué le mandat. Mais s’il s’agit de ce dont je suis la plus fière, alors je dirais le plan “Bien vivre à l’école”. Ce plan consiste d’abord à garantir un ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles NDLR) par classe, pour aider l’enseignant et accompagner les élèves lorsqu’ils rencontrent des difficultés. Il comprend aussi le maintien du prix de la cantine, parce qu’il y avait un vrai sujet de pouvoir d’achat. L’idée, c’était que chaque enfant puisse avoir droit à un repas équilibré par jour. Nous avons aujourd’hui 85 % de produits en circuit court et 50 % de bio.  Et au-delà de l’alimentation, il y a tout le reste : le label 100 % EAC, éducation artistique et culturelle, qui permet à chaque petit Aixois d’être éveillé à l’art, à la culture, à la lecture, au théâtre, à la musique, au cinéma, à travers des associations exigeantes. C’est, pour moi, une manière de transmettre l’identité de la ville.

Vous insistez aussi beaucoup sur les dispositifs de réussite éducative.

Oui, parce qu’ils sont essentiels. Le savoir rouler à vélo, le savoir nager, le plan anti-harcèlement, les dispositifs “Coup de pouce” pour la lecture et les mathématiques… tout cela compte. Dans ces dispositifs d’ailleurs, il y a un contrat tripartite entre les parents, l’enseignant et l’enfant. Le professeur travaille avec l’élève, puis les parents s’engagent à reprendre le soir ce qui a été vu. Nous nous sommes aperçus que beaucoup de parents se sentaient en dehors du système scolaire. Ce dispositif recrée une cohésion familiale autour de l’apprentissage. Et cela fonctionne à 95 %.

Nous avons même obtenu des mécénats privés, notamment de TechnicAtome, pour soutenir ces actions. C’est important, parce qu’un enfant qui lit mal, qui comprend mal, finit par avoir honte, par ne plus se sentir bien à l’école, et c’est tout son avenir qui peut être obéré.

J’avais aussi envisagé de mettre en place un orthophoniste de garde pour repérer plus vite certaines difficultés. Le projet reste dans un coin de ma tête, même si le nombre d’orthophonistes sur le territoire et l’encombrement de leurs agendas rendent les choses difficiles.

Vous avez également beaucoup travaillé sur les écoles elles-mêmes.

Oui. Toutes les cours d’école ont été végétalisées. Nous avons 76 complexes scolaires. En parallèle, nous avons engagé la rénovation thermique des bâtiments, même si c’est très coûteux et plus long. Certaines écoles ont déjà été traitées, d’autres le seront. Dans l’intervalle, nous avons installé des ventilateurs plafonniers dans les classes, les dortoirs, les cantines.

« L’année Cézanne a été une apothéose »

Vous parliez de Cézanne. Que retenez-vous de cette année ?

L’année Cézanne 2025 a été une apothéose de fin de mandat. Elle s’est très bien passée, avec 500 000 visiteurs, dont 350 000 au musée Granet, et environ 100 000 sur les sites cézanniens. Cela a été à la fois artistique, culturel, patrimonial, mais aussi scientifique.

La restauration de la bastide du Jas de Bouffan va se poursuivre encore sur deux ans, avec néanmoins une ouverture dès cet été. Ensuite, tous les sites seront restaurés et ouverts. La Société Paul Cézanne est en train de s’installer dans la ferme attenante à la bastide. Des études scientifiques pourront s’y poursuivre avec des étudiants. Nous y avons installé un auditorium. La gestion du catalogue raisonné du peintre lui a été confiée. Le président d’honneur en est Philippe Cézanne, l’arrière-petit-fils du peintre, et la société est présidée par Denis Coutagne, ancien conservateur du musée Granet.

Vous avez aussi beaucoup insisté sur l’accès des enfants à Cézanne.

Oui, avec la Petite Galerie Cézanne. C’était un musée pour enfants, gratuit, sans numérique, conçu pour qu’ils puissent pénétrer l’univers du peintre, comprendre sa logique picturale, ses libertés avec la représentation, sa manière de faire bouger les lignes, les perspectives, les objets. Quand on est enfant, on regarde parfois une nature morte de Cézanne sans forcément comprendre ce qu’elle a d’extraordinaire. Or tout est décalé, pensé autrement. La table n’est pas droite, l’assiette, si elle était posée comme dans le tableau dans la réalité, tomberait. Nous avons voulu que les enfants fassent cette expérience physiquement, en manipulant, en testant, en voyant ce qui tient et ce qui ne tient pas. C’était une immersion dans l’imaginaire du peintre. Le succès a été considérable : plus de 100 000 visiteurs, 400 écoles, et beaucoup de familles. C’était gratuit. Et je crois que c’est très important, parce que cela aide les enfants à construire un raisonnement, à comprendre, à mettre les choses en perspective.

Et la Biennale ?

La Biennale a été une très belle aventure. Elle n’a pas été facile à lancer, parce que le monde culturel sortait exsangue du confinement. Il fallait lui donner un projet, recréer de l’élan, remettre en dialogue la culture, les arts, le patrimoine, les écoles, les centres sociaux. Nous avons co-construit ce projet, et c’est ainsi que la Biennale est née. Aujourd’hui, elle fonctionne. Et elle s’inscrit dans le paysage.

Muséum d’histoire naturelle:  « C’est un patrimoine exceptionnel»

Vous portez aussi un projet de reconstruction du muséum d’histoire naturelle.

Oui, et je le vois de manière beaucoup plus ambitieuse qu’avant. Je voudrais qu’il soit couplé à un musée d’archéologie. Aix est extraordinairement riche en matière de fouilles. Lorsque nous avons travaillé sur Sextius-Mirabeau, nous avons retrouvé des œufs de dinosaures presque à la pelle, mais aussi des vestiges romains et notamment des mosaïques exceptionnelles, avec un raffinement très particulier. Pour l’instant, tout cela est conservé dans les réserves, très bien conservé d’ailleurs, et certaines visites sont possibles sur rendez-vous. Mais cela mérite un public, une vraie mise en valeur.

Je voudrais un lieu capable de contenir ces trésors et de les mettre en récit. Un lieu qui fonctionnerait un peu sur le modèle du Palais de la découverte, avec aussi une grande exposition sur l’électricité et l’énergie. Car nous avons la chance d’avoir à Aix à la fois des œufs de dinosaures et ITER. On peut raconter le long cheminement de l’humanité dans sa recherche de l’énergie, jusqu’à ce projet fascinant de fusion.

Innovation, économie : « C’est là que nous devons accélérer »

Justement, l’innovation est un point essentiel. Comment voyez-vous l’avenir économique d’Aix ?

Aix attire déjà parce que la ville est ce qu’elle est. On vient s’y installer pour la qualité de vie, pour l’enseignement supérieur, pour la culture, pour l’environnement économique. Mais il faut renforcer cela, et surtout lever les freins. Le principal frein, aujourd’hui, c’est la mobilité. Ensuite vient le logement.

Nous avons acté un BHNS avec la métropole, précisément pour désengorger la D9, passer par la Duranne, le pôle d’activités des Milles, la Constance, et revenir vers le centre-ville. Ce BHNS desservira aussi un terrain labellisé France 2030, situé entre l’ENSOSP et l’aérodrome des Milles. Il s’agit du projet Tech Valley pour y créer un pôle d’excellence dédié à l’aéronautique, à la cybersécurité, à l’intelligence artificielle et à la défense spatiale, avec l’objectif de retrouver près de 50 000 m² de surfaces d’activités disponibles. Il y a aussi le projet Energy Valley au sein du pôle d’activités d’Aix-en-Provence, pour créer un pôle d’innovation consacré aux énergies renouvelables et à la transition énergétique.  Cela permettra de prolonger ce développement. Et il ne faut pas oublier que le territoire d’Aix et du pays d’Aix concentre 50 % des nouveaux emplois métropolitains, dont 60 % sur Aix même.

Et ITER ?

ITER est un projet majeur, fascinant. Quand on comprend ce que cela représente en termes d’énergie potentielle, c’est vertigineux. C’est aussi pour cela que je voudrais que le futur musée d’histoire naturelle et d’archéologie intègre un volet sur l’énergie, pour relier la très longue histoire de l’humanité à cette aventure scientifique contemporaine.

Mobilité : « Une ville qui se développe a besoin de mobilité dans tous les sens du terme »

La mobilité est-elle devenue la question centrale ?

Oui, clairement. Une ville qui se développe a besoin de mobilité, dans tous les sens du terme, notamment pour son développement économique. Le BHNS est une réponse forte. Mais ce n’est pas la seule. Les familles ont aujourd’hui deux ou trois voitures quand elles n’en avaient qu’une auparavant. Si l’on veut continuer à faire venir les familles en centre-ville, il faut leur offrir des solutions de stationnement. C’est pourquoi deux parkings supplémentaires, sur le pourtour de la ville, sont indispensables, ainsi qu’un nouveau parking-relais en lien avec le BHNS à venir.  Nous estimons qu’il manque environ 1 800 places.

Est-il question d’interdire la voiture en centre-ville? 

Je ne crois pas à une politique qui consisterait à interdire simplement la voiture en centre-ville sans solution alternative. Si vous venez avec vos enfants, vos courses, votre quotidien, il faut pouvoir stationner. En revanche, on piétonnise, on végétalise, on apaise, mais on n’oppose pas brutalement les usages.

Nous avons aussi développé la mobilité douce. Il y avait 100 kilomètres d’itinéraires annoncés, nous sommes plutôt autour de 130 aujourd’hui, avec encore des discontinuités à traiter. Je voudrais installer des vélos électriques en libre-service dans certains parkings-relais et à proximité des facultés.

En parallèle, nous travaillons sur le concept de “ville du quart d’heure”, développé par Carlos Moreno. L’idée est simple : pouvoir, en quinze minutes à pied ou à vélo, accéder à ce dont on a besoin au quotidien. Nous avons lancé des projets sur plusieurs quartiers et villages, et nous voulons poursuivre avec la démarche “Dessine-moi mon quartier, dessine-moi mon village”.

Urbanisme : « Je ne veux ni cité-dortoir, ni ville surdensifiée »

Vous insistez beaucoup sur la maîtrise du développement urbain.

Oui, parce que c’est un point décisif. L’État pousse à la surdensification pour éviter l’étalement urbain. Je comprends la logique, mais je ne veux pas qu’Aix se transforme en ville surdensifiée, ni que son hypercentre devienne un musée à ciel ouvert entouré de quartiers construits sans âme.

Le projet de la Constance est, de ce point de vue, exemplaire. C’est une réserve foncière de 90 hectares. Nous proposons d’en urbaniser 45, pas davantage, avec un très grand parc au milieu, des commerces, des équipements, une approche bioclimatique, des matériaux nobles, une réflexion sur les îlots de chaleur.

Je ne veux pas d’une cité-dortoir. Je veux que les gens se sentent bien là où ils habitent, qu’ils aient des équipements, des commerces, des services, un quotidien apaisé. Et je veux préserver les espaces de visibilité cézanniens. Denis Coutagne a travaillé dessus. Il ne s’agit pas seulement de construire, il s’agit de construire sans effacer les paysages du peintre. Il y a aussi la question des “respirations urbaines”. J’y tiens beaucoup. Ce sont ces alternances entre petits immeubles, maisons, jardins, transparences, qui composent la beauté d’Aix. Je ne veux pas y renoncer.

« Reconstituer la chaîne du logement »

Le logement est aussi un sujet de fond.

Oui, parce qu’Aix est une ville prospère, donc chère. Vous avez d’un côté le logement social, de l’autre le marché privé, et entre les deux beaucoup d’habitants qui gagnent trop pour accéder au social, mais pas assez pour se loger dans le privé. Ce sont notamment les jeunes ménages qui quittent la ville. Nous voulons donc reconstituer la chaîne du logement. Il faut bien sûr atteindre les 25 % imposés par la loi SRU – nous sommes à 21,3 %- mais il faut aussi ajouter 15 % de logements intermédiaires, en BRS, accession sociale ou autres formules. Nous l’avons inscrit dans la charte du bien construire, devenue le cadre de notre action avec les promoteurs.  Nous devons aussi construire 900 logements par an selon le PLH, mais il faut comprendre qu’un tiers au moins de cette production sert à la décohabitation : séparations, divorces, départ des enfants du domicile familial. C’est un besoin réel.

Et les logements vacants, Airbnb ?

Je ne suis pas hostile par principe à Airbnb. Louer occasionnellement peut être une manière d’améliorer ses revenus. En revanche, je ne veux pas que cela devienne un commerce. Je veux limiter cela à une résidence principale et une résidence secondaire, pas davantage. En parallèle, nous avons environ 7 000 logements vacants en centre-ville, dont 2 600 depuis plus de trois ans. Je souhaite mettre en place une taxe sur le logement vacant, mais avec un délai raisonnable et un accompagnement, parce que beaucoup de propriétaires se heurtent à des contraintes patrimoniales très lourdes. Dans le centre ancien, on ne peut pas tout faire, et les rénovations à l’identique coûtent très cher.

« Refaire d’Aix une ville thermale »

Quelles sont vos priorités pour le prochain mandat ?

L’énergie fait partie des grandes priorités. Il y a la géothermie, pour développer un réseau de chauffage urbain. Il y a le photovoltaïque, avec un projet de ferme solaire sur l’Arbois qui pourrait produire l’équivalent de la consommation de 30 000 foyers. Et j’ai aussi pour ambition, de manière plus symbolique, de retrouver la source thermale. Aix a été une ville thermale. Si nous pouvions rouvrir cette histoire, ce serait formidable.

 « Ne laisser personne au bord du chemin »

Vous insistez aussi sur la solidarité.

Oui, parce que je ne veux laisser personne au bord du chemin. Nous avons une offre de santé relativement exceptionnelle, avec l’hôpital public, malgré ses difficultés, que nous aidons à hauteur de 1,5 million d’euros pour la réfection des urgences, et avec six maisons de santé sur le territoire, dont plusieurs déjà labellisées.

Pour les personnes âgées, nous travaillons avec Saint-Thomas de Villeneuve sur un Ehpad “dans les murs”, parce qu’on peut manquer d’autonomie sans vouloir quitter son domicile. Il y a aussi le portage de repas, les moments festifs, les visites culturelles, les journées dédiées, le repas de Noël, que nous voulons très qualitatif.

Et pour les femmes victimes de violences, nous avons mis en place avec la Croix-Rouge une maison d’accueil et nous voulons en construire une deuxième. Le programme prévoit aussi la création d’un parcours “Aix sécurité” à destination des femmes.

Protection animale : « Offrir une deuxième naissance »

Un mot sur la cause animale, à laquelle vous accordez une place particulière.

Oui, c’est un sujet important. Nous avons été la première ville à fonder un refuge, sous l’impulsion de Maryse Joissains, et ce refuge fonctionne très bien. Nous voulons maintenant aller plus loin avec un sanctuaire pour les animaux sauvages et deux parcs canins, afin que les chiens puissent être lâchés en liberté dans des espaces adaptés.

Concernant ce sanctuaire, il pourrait accueillir des animaux divagants, des oiseaux, des chèvres non pucées qui, sans cela, partent souvent à l’abattoir. Nous travaillons sur ce projet avec Alain Bougrain-Dubourg. L’idée est vraiment d’offrir à ces animaux une deuxième naissance. Et il y a, à Aix, une mobilisation judiciaire très forte contre la maltraitance animale. Le procureur général et le procureur d’Aix ont mis en place une cellule d’investigation. C’est précieux. Je crois d’ailleurs beaucoup à ce que l’on observe au Canada : quand un être vulnérable, animal ou humain, subit des violences, cela doit déclencher un regard plus large sur tout le foyer. La violence s’exerce souvent sur tous les vulnérables à la fois.

« Aix n’est pas une ville fracturée et je veux éviter qu’elle le devienne »

Quel message souhaitez-vous adresser aux Aixois ?

Un message de fraternité et d’exigence. Je ne souhaite laisser personne au bord du chemin. Nous devons agir pour les enfants, pour les seniors, pour les personnes en situation de handicap, pour ceux qui ont peu de moyens comme pour ceux qui n’en ont pas. L’idée est de pousser tout le monde vers le haut. Je crois qu’aujourd’hui Aix n’est pas une ville fracturée. Et je veux absolument éviter qu’elle le devienne. J’ai travaillé dans un esprit d’équilibre, de mesure. Si demain il y avait un vrai clivage, la ville pourrait se fracturer comme d’autres l’ont fait. Or Aix reste un grand village, au fond. Même quand on ne se connaît pas vraiment, on se reconnaît. Il y a une ambiance particulière ici. Je n’ai pas envie de casser cela.

Propos recueillis Par Patricia Caire

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