Élu député en 2024 sous le label Nouveau Front populaire, Marc Pena repart en campagne. Lors des municipales de 2020, il avait rassemblé le quart des suffrages au second tour. À la tête d’une liste d’union de la gauche, hors LFI, il compte sur sa nouvelle légitimité parlementaire et sur une gauche rassemblée pour « chasser les Joissains qui sont là depuis 25 ans ». Entretien.

« Nous avons réussi l’unité à gauche »
Comment abordez-vous ce scrutin de 2026 ?
Il est très différent de celui de 2020. Cette fois, nous avons réussi l’unité à gauche (hors LFI, NDLR). Nous étions trop dispersés et peu connus en 2020. Depuis six ans, nous avons effectué un gros travail avec Aix en partage. J’ai aussi été élu député en 2024 : cela me donne un surcroît de légitimité, un poids et un statut. Beaucoup de gens me connaissent désormais.
Le sondage de février vous place malgré tout encore loin derrière Sophie Joissains. Au premier tour, elle est créditée de 34 points, vous de 21.
Oui, mais nous avons progressé de six points par rapport à 2020. Ce n’est pas rien dans le contexte politique actuel, cela donne une dynamique. On est dans une spirale ascendante.
« La progression du RN est un phénomène national »
Le Rassemblement national effectue une progression spectaculaire. Il gagne 15 points et passe de 5 % en 2020 à 20 % aujourd’hui. Comment l’expliquez-vous ?
C’est un phénomène national. Certains pensaient qu’à Aix on pouvait être préservé du vote RN, mais non. Et cela ne m’étonne pas au regard de la situation de la ville. Vous avez une crise des services publics, des difficultés à se loger, des transports parfois inopérants, un manque de concertation et de transparence. Tout cela crée du mécontentement. Résultat : les électeurs se disent qu’il faut essayer ceux que l’on n’a pas encore testés.
Le vote RN touche un large public à Aix-en-Provence.
Oui, deux publics très différents. Vous avez d’un côté des notables aixois qui ont glissé vers l’extrême droite. Les privilégiés ont adopté les propos du RN : c’est ce qu’on peut appeler le vote bourgeois. Et puis une autre partie du vote RN touche un public plus populaire, où résonnent la colère et le découragement. Or la vocation de la gauche est de bien travailler avec les classes populaires et moyennes, car ce sont elles qui souffrent le plus. Mais la vie politique a été brouillée par le message d’Emmanuel Macron et les électeurs ne s’y retrouvent plus.
« Sophie Joissains n’a pas de perspective pour Aix »
Sophie Joissains, la maire sortante (DVD), fait malgré tout un score honorable avec 34 points et arrive en tête au premier tour dans les sondages.
Oui, mais elle n’a pas de réserve de voix. Vous aurez remarqué que nous faisons presque jeu égal au second tour dans ce sondage : elle est à 37 %, nous à 35 %. Elle n’a pas de perspective pour Aix dans dix ou vingt ans. Elle gouverne au doigt mouillé, en répondant à l’urgence comme elle peut. Si nous progressons comme challenger d’ici dimanche, nous pouvons battre Sophie Joissains. Mon objectif est de faire le plein de voix dès le premier tour pour être incontournable au second tour et rassembler ensuite les électeurs des autres partis de gauche.

Vous affirmez vouloir une rupture de fond. Comment se traduira-t-elle ?
Ce n’est pas la rupture pour la rupture. Ce ne sont pas des incantations. Nous voulons faire une autre politique, changer la ville. Nous sommes à la croisée des chemins en matière de transports, d’écologie et de logement. On ne peut plus attendre. La politique des Joissains est une politique clientéliste. La ville fonctionne ainsi depuis trop longtemps. Nous allons montrer que les citoyens peuvent voter librement et qu’ils ont les moyens de tourner la page. Derrière Sophie Joissains, cela fait 25 ans que cette histoire dure. Il est temps que cela s’arrête. Vous savez, Jean-Claude Gaudin a fait le mandat de trop. Je crois que Sophie Joissains est en train de faire le sien.
« Le logement est devenu un problème majeur »
Parmi vos axes de campagne, vous placez le logement en priorité. La situation est-elle si critique à Aix ?
Oui. Nous manquons de logements sociaux et la ville paie plus de 2 millions d’euros d’amende pour non-respect de la loi. Dans le même temps, on compte 7 500 logements vacants à Aix. Pourquoi ? Qui les détient ? Nous voulons instaurer une taxe pour inciter les propriétaires à remettre ces logements sur le marché et les accompagner si des travaux sont nécessaires. Il faudra aussi encadrer plus strictement Airbnb. Cela capte l’offre de logements et entraîne une hausse mécanique des loyers. Nous proposons notamment de limiter la location à 90 jours par an au lieu de 120. Il faudra également étendre le permis de louer et mettre en place un encadrement des loyers.
« L’écologie est une urgence »
L’écologie est aussi un axe central de votre programme.
Oui, c’est une urgence. Il faut végétaliser la ville. Dans une école proche de mon domicile, il faisait 38 degrés fin juin 2025. Les enfants ont dû rentrer chez eux. Aix est dans une cuvette et certaines études indiquent qu’elle pourrait devenir l’une des villes les plus chaudes de France. Il faut donc investir massivement dans l’adaptation climatique et l’isolation thermique. La ville est peu endettée, nous pouvons emprunter dans de bonnes conditions et obtenir un cofinancement de l’État.
« Aix n’est pas à l’abri du narcotrafic »
Vous mettez également l’accent sur la sécurité. Pourtant Aix apparaît comme une ville paisible.
C’est une illusion. Aix est touchée par le narcotrafic comme de nombreuses villes. Nous avons des points de deal et des affrontements. La belle endormie n’est pas ce que l’on croit. Je veux créer une brigade spécialisée contre les stupéfiants associant police municipale et nationale. Je souhaite aussi rétablir une police de proximité. Et je prévois la création de 80 postes de policiers municipaux sur le mandat.
« Il faut plus de démocratie locale »
Vous voulez également renforcer la démocratie locale.
Le clientélisme empêche la démocratie. Les citoyens deviennent des obligés. Je veux instaurer une démocratie locale transparente, notamment pour l’attribution des places en crèche ou des logements sociaux. Les demandes devront être anonymisées.
Repenser les transports
Un mot sur les transports.
Le projet de BHNS (bus à haut niveau de service) est insuffisant pour répondre à l’engorgement vers le pôle d’activités des Milles. Il faut un projet plus structurant, par exemple en réutilisant des rails existants pour développer un système de tram-train. Cela nécessitera l’appui de la Région et de l’État.
« Le droit international doit être respecté »
Quelle perception avez-vous, en tant que parlementaire, du conflit au Moyen-Orient ?
Trump agit sans prévenir personne : ni le Congrès, ni l’ONU, ni la France. C’est la loi de l’intimidation et du plus fort. Il considère que le droit international n’existe pas. Or ce droit international est précisément ce qui a permis de limiter les nationalismes et les guerres. L’intervention américaine n’est pas conforme à ce droit. Ce n’est pas à coups de canon que l’on fera tomber le régime iranien. Il faudrait une grande conférence internationale pour stabiliser la région.
Propos recueillis par Joël BARCY



