En attendant une nouvelle production de « Dialogues des Carmélites » de Poulenc, l’opéra de Marseille vient d’offrir deux œuvres en version concertante et en tous points remarquables. L’occasion pour les mélomanes de découvrir des partitions peu jouées et jamais données à Marseille.

Les années de crise que nous traversons pèsent singulièrement sur la culture en général et sur l’art lyrique en particulier. Les coûts générés par les nouvelles productions sont aujourd’hui difficilement assumés par les maisons d’opéra dont les budgets sont de plus en plus serrés et auxquelles les subventions accordées par les tutelles sont de plus en plus rognées. Marseille n’échappe pas à la règle et, pourtant, arrivé à proposer encore des saisons qui tiennent la route. Il faut dire que le directeur général de l’Opéra et de l’Odéon, Maurice Xiberras, enfant et fin connaisseur du sérail lyrique, n’a pas son pareil pour attirer des voix souvent jeunes et talentueuses dans la cité phocéenne tout en profitant de ses amitiés dans le milieu pour offrir au public des têtes d’affiche de très haut niveau.
Aussi, lorsqu’il propose des versions concertantes, les distributions sont irréprochables, musique et voix devant atteindre des niveaux d’excellence afin de compenser l’absence de scénographie. Et comme souvent les livrets des œuvres proposées sont suffisamment « biscornus » pour ne pas générer de frustration chez le public, le plaisir des oreilles est décuplé. Ces versions concertantes sont aussi l’occasion de faire découvrir des œuvres comme ce fut le cas ces dernières semaines à Marseille avec « I Masnadieri » de Verdi et « Ermione » de Rossini.
« I Masnadieri » : la puissance verdienne
Tiré du drame de Schiller « Les Brigands » (« Die Raüber »), « I Masnadieri » s’articule autour d’une rivalité entre deux frères, Francesco et Carlo. La jalousie et l’ambition du premier le poussent à détruire la réputation du second, notamment auprès de son père qu’il retient prisonnier, avant de jeter son dévolu sur Amalia, la fiancée de Carlo. Le père sera libéré, les deux amoureux se retrouveront dans la forêt… Et la fin sera tragique.
Verdi ne se prive pas, ici, de soigner l’écriture pour les voix, proposant une série d’airs magistraux ainsi qu’une musique intense et délicate, annonciatrice des grandes pièces lyriques qui suivront. Sous la direction de Paolo Arrivabeni cette partition a pris des couleurs et des accents splendides, le maestro libérant la passion et les pulsions d’un drame qui trouvera son point d’orgue dans l’évocation de son cauchemar par Francesco. Un moment sublime qui a fait du baryton Nicola Alaimo le grand triomphateur de la représentation. A ses côtés Nino Machaidze fut une Amalia sensible et émouvante et le ténor Antonio Poli un Carlo très présent, au chant nuancé.
Giorgi Manoshvili, offrait sa voix sombre, précise et bien projetée a Massimiliano, le père, alors que Carl Ghazarossian, était un Arminio à la voix colorée. Thomas Dear (pasteur Moser) et Raphaël Brémard (Rolla) furent à la hauteur de la qualité de la distribution tout comme les chœurs maison, préparés par Florent Mayet.
« Ermione » : tragique Rossini

Composé au milieu de sa carrière par Rossini, « Ermione » est tiré de « Andromaque » de Racine. Opéra tragique et nouveautés dans la composition de Rossini qui n’hésite pas à inclure le chœur… Au cœur de l’ouverture ; à l’antique en quelque sorte ! La partition est somptueuse illustrant le savoir-faire du compositeur tout en nous transportant dans l’univers bel cantiste dramatique. Une musique abordée avec passion et sérénité par l’orchestre marseillais sous la direction totalement habitée de Michele Spotti et servie vocalement par le chœur de la maison, une fois de plus irréprochable et une distribution cinq étoiles au premier rang de laquelle le couple Karine Deshayes, qui abordait ici le rôle, et Enea Scala. La première, est une Ermione plus que convaincante, vocalises maitrisées, aigus percutants et le second, Pirrhus claironnant mais aussi profond dans les basses. A leurs côtés, Teresa Iervolino est une Andromaque sensible, Marina Fita Monfort (Cleone) et Mathilde Ortscheidt (Cefise) développant des qualités vocales marquées par la jeunesse. Levy Sekgapane (Oreste) recevra l’ovation méritée de la soirée Louis Morvan (Fenicio), Matteo Macchioni (Pilade) Carl Ghazarossian (Attalo).épousant sans problèmes la qualité ambiante.
En attendant les Carmélites
Deux ouvrages concertants qui ont permis de patienter en attendant avec envie une nouvelle production du chef-d’œuvre de Francis Poulenc, « Dialogues des Carmélites » dans une mise en scène de Louis Désiré. Tiré d’une œuvre de Bernanos, l’ouvrage est souvent cité comme étant le plus grand opéra français du XXe siècle. L’histoire vraie du calvaire des religieuses de Compiègne décapitées une à une pendant la Révolution française. Les plus grandes cantatrice ont incarné au fil des ans Blanche de la Force, Madame Lidoine, Sœur Constance, Mère Marie de l’Incarnation… A Marseille, dans quelques jours, c’est la jeune génération que s’appropriera le drame avec, notamment, Hélène Carpentier, Angélique Boudeville, Ana Escudero, Eugénie Joneau. C’est Débora Waldman que sera directrice musicale de cette production. A ne pas manquer !
Michel EGEA
- « I Masnadieri » de Verdi, entendu le 8 février dernier à l’Opéra de Marseille.
- « Ermione » de Rossini, entendu le 24 février à l’Opéra de Marseille
Prochainement : « Dialogues des Carmélites » de Françis Poulenc les 25, 27 et 29 mars. Renseignements et réservations sur opera-odeon.marseille.fr



