« Martine Vassal, c’est la Valérie Pécresse de Marseille». Lâchée par un élu de droite, la phrase en dit long sur la déception au soir du premier tour. Elle a certes fait mieux que l’ancienne candidate de la droite à la présidentielle mais le score de 12,4% rime avec effondrement. Une descente aux enfers pour la droite et le centre à Marseille qui ne date pas d’hier mais qui a été amplifiée par le louvoiement de la candidate et une liste assez décevante.

Chant du cygne
Le dernier meeting de campagne de Martine Vassal laissait l’observateur dubitatif. Une salle bondée, plus de 1 500 personnes enthousiastes, mais des propos sur scène qui ressemblaient au chant du cygne. Emporté par son élan à vouloir louer l’action de la candidate, Romain Simmarano, le directeur de campagne, s’est même pris les pieds dans le tapis. « Martine Vassal, c’est celle que vous ne voudrez pas comme maire de Marseille… Et voilà, il fallait bien que je fasse une fois une “cagade” », s’est-il rattrapé avec un sourire. Signe prémonitoire ?
Mauvaise préparation
Certains, au sein de la campagne, sentaient que les choses n’allaient pas. « Martine a voulu y aller seule en disant : “Je vais m’imposer”. Résultat, on a mal préparé les alliances. Il faut négocier pour le second tour quand on est forts. Quand on est faibles, on est dans la nasse. On est comme l’âne de Buridan. » Quelle entente possible ? À mesure que les sondages prenaient une courbe descendante, la nécessité de s’allier pour exister s’imposait pourtant. Mais la candidate n’a jamais choisi. La question a tiraillé Martine Vassal tout au long de la campagne. Un moment, elle allait vers l’extrême droite, puis se ravisait et affichait une veine plus sociale, laissant entendre que le maire sortant n’était peut-être pas à exclure. « Elle a trop godillé entre Payan et Allisio », résume l’élu.
Échec des jeunes pousses
Les têtes de gondole de la liste, annoncées lors du lancement du comité de soutien, en ont laissé plus d’un perplexe : un mélange d’acteurs peu connus, d’anciennes gloires et de jeunes pousses. Aujourd’hui, tout le monde en prend pour son grade. La garde rapprochée -Pila, Biaggi, Gilles, Caradec – ne se classe qu’en troisième position dans quatre secteurs. Les jeunes pousses, elles, ne bénéficient pas du terreau gaudiniste et s’effondrent également. Romain Simmarano termine 4e dans le secteur 1-7 avec 13,9 % des voix. La maire sortante des 13-14, Marion Bareille, fait moins que Martine Vassal (12,1 %). Elle arrive même derrière La France insoumise. Le maire des 11-12, Sylvain Souvestre, fait mieux avec 23,5 % des voix, mais termine lui aussi en troisième position.
Héritage Gaudin dilapidé
Visiblement, la droite et le centre n’ont pas senti l’évolution de l’électorat depuis plusieurs années à Marseille, comme en France. Les alertes ont pourtant été nombreuses lors des précédents scrutins, ou contenues dans des études quantitatives et qualitatives. Dans une récente interview sur Destimed, le politologue Norbert Nourian décrivait « ce glissement progressif de l’électorat de droite vers l’extrême droite ». Martine Vassal a voulu l’enrayer en reprenant une partie des codes du RN en matière de sécurité. Mais les électeurs préfèrent généralement l’original à la copie.
Que faire ?
Les instances de la droite et du centre sont actuellement en réunion. Hier soir, vers 23h30, un message sur une boucle WhatsApp indiquait qu’« aucune déclaration publique de Martine Vassal ne serait faite dans la soirée, mais qu’un communiqué tomberait dans quelques instants ». Finalement, un autre message, à 1h20, mentionnait qu’« il n’y aurait pas de communiqué ». Pour reprendre les propos de l’élu : « La candidate est dans la nasse. » En se maintenant, Martine Vassal risque de tutoyer les 5 à 6 % au second tour. En se retirant, ce sont tous les héritiers de Jean-Claude Gaudin qui se retrouveraient orphelins.
Joël BARCY



