Marseille. « La Communale », un documentaire édifiant sur les écoles de la ville

Publié le 3 avril 2026 à 21h09 - Dernière mise à jour le 3 avril 2026 à 21h42

La réalisatrice Valérie Simonet  a suivi pendant trois ans une cohorte d’enfants dans plusieurs écoles des quartiers populaires de Marseille, promises à une vaste reconstruction soutenue par l’État. Elle a observé leur quotidien et tenté de mesurer l’impact des travaux sur eux et leurs enseignants.

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Le documentaire « La Communale »

 La honte de la république

 En 2016, le journal Libération avait fait sa Une avec un titre choc, «Écoles de Marseille : la honte de la République ». Dans la foulée la ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem envoyait un courrier au recteur et au préfet pour identifier les urgences, trop souvent niées par la municipalité en place qui lance son audit pour contrer ceux de l’État. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, le plan Marseille en grand (2021) veille sur le berceau des écoles avec 1,5 milliard d’euros. Un plan de sauvetage pour des reconstructions ou travaux d’envergure dans 188 écoles sur les 470 que compte la ville.

Plongée au cœur du délabrement

 Valérie Simonet nous invite à suivre 4 enfants dans trois écoles, amenées à être reconstruites, à subir d’importants travaux ou en voie d’achèvement. L’école Bouge (13e), l’école National (3e) et l’école Saint-Louis gare (15e). Visiblement les enfants les plus pauvres bénéficient des écoles les plus indignes. « Comme s’il fallait donner encore moins à ceux qui ont déjà moins », assure la réalisatrice. L’école Bouge a été construite dans les années 60, un bâtiment temporaire… qui a traversé le temps et est une vraie passoire thermique. « L’hiver les enfants doivent venir avec des gants pour pouvoir écrire. L’été on ne sait plus quelle couche enlever tant il fait chaud », résume Julie Mayans, professeure des écoles. Il faut aussi s’habituer à une compagnie peu agréable, celle des cafards. « On les attrape et on les jette dehors ou dans la poubelle, raconte Idris. Mais dans la poubelle, je ne comprends pas car ils remontent et ça ne sert à rien. »

L’école c’est secondaire

A Marseille, l’école a été la grande oubliée de la République. Dans le secteur le plus pauvre de la ville (le 3e arrondissement) se niche l’école National. Une maison-école, installée dans un vénérable immeuble plus très étanche. « Ce n’était pas du tout fait pour accueillir une école, relève Patrice Plagnes, professeur des écoles. Ce sont des appartements qu’on a transformés en classe. Alors si vous avez hérité du salon-salle à manger, ça va mais si votre classe est dans l’ancienne cuisine-salle de bain, on est les uns sur les autres. Je ne pensais pas pouvoir travailler dans des conditions pareilles et puis on finit par s’y faire. Chaque fois on nous dit que dans trois ou quatre ans, on aura une école neuve. » Pas de salle polyvalente digne de ce nom. Les enfants doivent se réfugier dans les sous-sols sans fenêtre. « Finalement l’école est à l’image du quartier, résume Léa Jeanjean, professeure des écoles. Aussi décrépie, aussi sale. Forcément les accueillir dans ces conditions, c’est manquer de considération pour ces élèves. »

Accepter l’inacceptable

Comment se résoudre à se rendre à l’école dans ces conditions ? La réponse est simple, les enfants ne sont jamais sortis de leur secteur, ils n’ont pas d’éléments de comparaison. Ils acceptent donc l’inacceptable. Mais comment alors demander le meilleur à des enfants qui vivent dans une école bas de gamme voire indigne ?

Une école neuve

Les enfants de l’école Saint-Louis gare sont plus chanceux, leur école a été reconstruite. Les travaux ont démarré sous l’ère Gaudin. Cour de récréation en terrasse, salle de lecture, le décor est tout autre. Zara bénéficie de la nouvelle école. « Je suis très fière quand je passe devant mon école. Avant c’était une vieille maison, ce n’était pas une école. Là, c’est comme si c’était chez moi, on enlève nos chaussures, je vais à la bibliothèque, je peux lire dans un canapé ou faire de la peinture dans un atelier. Je passe plus de temps à l’école qu’à la maison. » L’école accueille douze classes aujourd’hui. Les fratries ne sont plus séparées en raison du manque de place. Les enfants d’une même famille de la maternelle au CM2 peuvent y résider. Cela change la vie des mamans.

Transformation

Valérie Simonet a suivi l’évolution des enfants et des chantiers sur trois ans. Cela permet de voir l’avancée des travaux mais aussi les changements esprits.  Les enfants de l’école Bouge ont dû déménager de l’autre côté de la rocade dans l’école Saint-Jérôme village, le temps des travaux. Un voyage en terre inconnue tant les quartiers s’ignorent parfois. Avant d’abandonner leur école les enfants ont dessiné leur silhouette sur les murs, une manière de marquer leur empreinte avant sa destruction. Une école neuve c’est le rêve des enseignants, cela valorise les élèves et permet aussi de faire évoluer l’enseignement. C’est un signal fort donné aux familles, la démonstration que les enfants peuvent être traités équitablement sur l’ensemble de la ville. Mais le travail n’est pas fini. Sur les 188 écoles à reconstruire 27 chantiers sont terminés.

Joël BARCY

« La Communale », à voir sur Ici Provence, le jeudi 9 avril à 22h45 ou à retrouver sur France.tv

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