Publié le 21 mai 2026 à 22h33 - Dernière mise à jour le 21 mai 2026 à 22h33
Les fourgons de CRS alignés sur l’esplanade du J4 donnaient dès les premières minutes la mesure des tensions. Casqués, les policiers surveillaient deux rassemblements se faisant face devant le Mucem ce jeudi matin à Marseille. Au cœur de la controverse : le colloque intitulé « Faire face à l’anéantissement de Gaza », organisé au sein du musée et vivement contesté par le CRIF Marseille-Provence.

À l’appel de son président Bruno Benjamin, une cinquantaine de personnes s’étaient réunies dès 9h30 afin de dénoncer ce qu’elles considèrent comme une lecture « univoque » et militante du conflit israélo-palestinien. En face, plusieurs militants et associations pro-palestiniennes défendaient au contraire la tenue de l’événement et dénonçaient toute tentative de remise en cause du colloque. Dans une atmosphère tendue mais sans incidents majeurs, les slogans ont rapidement traversé l’esplanade. D’un côté, des manifestants dénonçant « un génocide à Gaza ». De l’autre, des participants rappelant les massacres du 7 octobre et le caractère terroriste du Hamas.
« On oublie pourquoi Gaza a été bombardée »
Président du CRIF Marseille-Provence, Bruno Benjamin contestait avant tout la nature même de la rencontre organisée au Mucem. « Moi, ce que je réfute, c’est l’aspect culturel des choses aujourd’hui. Si c’était culturel, il ne fallait surtout pas inviter Francesca Albanese », déclarait-il en référence à la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, intervenue en visioconférence durant le colloque.
Pour lui, le terme même « d’anéantissement » pose problème. « Gaza a été bombardée, mais on oublie pourquoi Gaza a été bombardée. Le point de départ, c’est le 7 octobre », insistait-il, rappelant les attaques du Hamas contre Israël et les otages détenus. Le responsable communautaire demande également qu’un événement consacré à Israël puisse être organisé au Mucem. « On veut l’équité, la parité, la justice. Ce qu’on ne veut pas, c’est qu’il y ait un parti pris », poursuivait-il.
Une entrée finalement accordée
Après avoir tenté une première fois d’entrer dans l’enceinte du musée, et empêché par la sécurité, Bruno Benjamin expliquait vouloir assister à la conférence afin « d’apporter la contradiction ». Le président du CRIF Marseille-Provence s’est finalement vu accorder l’entrée vers 11h30. À l’issue des échanges, il affirmait avoir obtenu de la direction du Mucem « l’engagement d’organiser dans les prochains mois un événement consacré à Israël ».
Le rôle des institutions culturelles en question
Au-delà du seul colloque, cette mobilisation a relancé une question devenue particulièrement sensible depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas : quelle place doivent occuper les institutions culturelles dans les grands conflits internationaux ? Pour Bruno Benjamin, le Mucem franchit ici une ligne en laissant entrer selon lui « le militantisme politique dans un lieu culturel ». Le président du CRIF évoquait également les précédentes tensions autour du musée, notamment la polémique liée au mécénat de l’entreprise américaine Digital Realty, partenaire du Mucem et présente également en Israël. « On ne peut pas accepter qu’on mêle la culture à la politique », affirmait-il.
« Un musée de la République »
Présent sur place, l’avocat marseillais Benjamin Ayoun dénonçait quant à lui les difficultés rencontrées par certains représentants du CRIF pour accéder au musée. « Quand on interdit à des représentants de la communauté juive de Marseille de rentrer dans un musée de la République pour écouter ce qui se dit, il y a un problème », déclarait-il, évoquant « une forme de discrimination ». Face au rassemblement du CRIF, plusieurs militants pro-palestiniens défendaient au contraire la légitimité du colloque et le droit de parler de la situation humanitaire à Gaza dans une institution culturelle.
Marseille, miroir des fractures françaises
Au fil de la matinée, les deux camps se sont observés sans véritable dialogue, chacun accusant l’autre d’aveuglement ou de parti pris. À Marseille, ville où les questions liées au Proche-Orient résonnent avec une intensité particulière en raison de son histoire, de sa diversité culturelle et de ses équilibres communautaires, cette confrontation devant le Mucem dépasse largement le seul cadre d’un colloque. Elle révèle aussi les fractures françaises autour du conflit israélo-palestinien, du vocabulaire utilisé pour le raconter, et de la place prise désormais par ces débats jusque dans les espaces culturels.
Patricia CAIRE



