Publié le 6 avril 2026 à 7h30 - Dernière mise à jour le 6 avril 2026 à 21h31
Instrument assez peu souvent mis en avant dans des récitals de musique la viole de gambe vient d’être mise deux fois à l’honneur en Provence. Au palais du Pharo de Marseille dans le cadre de la saison de Marseille-Concerts et au Jeu de Paume d’Aix lors d’une très belle soirée de musique de chambre donnée dans le cadre du Festival de Pâques. Deux concerts où les instrumentistes étaient accompagnés d’un claveciniste virtuose. Pour un résultat extrêmement prenant.
Salomé Gasselin au Pharo avec Arnaud de Pasquale

C’est un concert dédié à Biber et Bach que nous avons entendu au Pharo où Marseille Concerts avait invité Salomé Gasselin accompagnée du claveciniste Arnaud de Pasquale. Instrument emblématique du XVIIe siècle la viole de gambe possède une voix singulière, douce, profonde, presque humaine. Avec six ou sept cordes et son timbre velouté elle peut murmurer, méditer ou chanter avec une intensité intime. Ce que réussit à rendre parfaitement Salomé Gasselin, qui a ouvert le concert avec la « Sonatina pour viole de gambe » de Biber (1644-1704), qui aimait explorer toutes les possibilités expressives des instruments à cordes. Dans cette œuvre la viole de gambe révèle sa capacité à mêler chant et ornementation dans une écriture libre et élégante.
Le travail admirable de Salomé Gasselin est porté aux auditeurs avec éclat, profondeur et humilité. Arnaud de Pasquale l’accompagne de la même manière et on est ensuite saisis par les trois œuvres de Bach qui s’enchaînent ensuite. A savoir « Sonate en la mineur » d’après Reincken, la « Suite pour violoncelle » BWV 1008 retranscrite pour viole de gambe et la « Sonate pour viole de gambe et clavecin obligé en Ré Majeur BWV 1028 ». Trois chefs d’oeuvre qui révèlent une autre dimension de l’écriture de Bach. Très attachée à Marseille Salomé Gasselin a redit son affection pour la ville en rappelant qu’elle aime travailler ici. Un concert magique salué par un grand succès dans un palais du Pharo archicomble.
Lucile Boulanger à la viole accompagnée de Florian Carré (clavecin) et Sophie de Bardonnèche (violon)

Même état d’esprit au Théâtre du Jeu de Paume d’Aix où dans le cadre du Festival de Pâques la viole de gambe, le clavecin et pour ce concert le violon étaient associés sous le titre « Destinées » dans une osmose parfaite et une humilité de la part des trois solistes. A savoir Lucile Boulanger à la viole de gambe, Florian Carré au clavecin, accompagnés de Sophie de Bardonnèche au violon ont offert un récital intense mettant exclusivement à l’honneur des compositrices. Au programme on a entendu des œuvres de Mademoiselle Duval (vers 1718-vers 1775), mesdemoiselles Laurant, Blondeel, Marie-Chistine de Furneron, Anne Bocquet, Anne-Madeleine Guesdon de Presle, Elisabeth-Louise Papavoine (1720-1793), Madame de La Chaussée, et surtout Elisabeth Jacquet de la Guerre (1655-1729) que Sophie de Bardonnèche, qui a contruit le programme, a longuement présenté. La destinée de cette femme apparaît d’autant plus extraordinaire qu’elle s’inscrivait dans un contexte particulièrement peu propice à l’éclosion des talents féminins. Jouer d’un instrument faisait partie de l’instruction des femmes de la bonne société du XVIIe siècle. Mener carrière et créer ses propres œuvres étaient des positions exclues. Grâce à son père, qui la présenta à la cour, Elisabeth Jacquet de la Guerre fut reconnue en tant qu’artiste et elle commença à publier peu après son mariage avec Marin de La Guerre. Pièces légères et plus graves ont été offertes au public dans un bouquet splendide où les trois solistes se répondaient en tirant le meilleur parti de leurs capacités artistiques. Moment d’exception qui a surtout éclairé un répertoire quasiment inconnu.
Jean-Rémi BARLAND
Salomé Gasselin & Arnaud de Pasquale (Photo Marseille Concerts)
Sophie de Bardonnèche & Florian Carré & Lucile Boulanger (Photo Caroline Doutre)



