Saison Méditerranée 2026 : Marseille ouvre un vaste dialogue culturel entre les deux rives

Publié le 14 mai 2026 à 12h42 - Dernière mise à jour le 14 mai 2026 à 12h51

C’est à Marseille que s’ouvrira, ce vendredi 15 mai, la Saison Méditerranée 2026, vaste initiative culturelle imaginée à l’échelle du bassin méditerranéen. Pendant près de six mois, jusqu’à la fin octobre, plus de 200 événements vont irriguer la France et plusieurs pays méditerranéens afin de recréer du lien entre les sociétés civiles, les artistes, les jeunesses et les diasporas d’un espace méditerranéen traversé par les fractures autant que par les héritages communs.

Destimed Mediterranee affiche

Marseille comme point de départ

L’idée de cette Saison avait été annoncée par Emmanuel Macron à Marseille en 2023. Le choix de la cité phocéenne pour lancer cette séquence n’a rien d’anodin. Ville-port, ville de migrations, ville de brassages culturels et parfois de tensions, Marseille concentre à elle seule une partie des contradictions et des imaginaires méditerranéens contemporains.

Dans un contexte marqué par les conflits au Proche-Orient, les crispations identitaires, les questions migratoires et les fractures géopolitiques croissantes, cette Saison entend proposer une autre lecture de la Méditerranée : non plus seulement comme frontière ou espace de crise, mais comme territoire de circulation, de création et de dialogue. Le projet repose aussi sur une volonté diplomatique et culturelle plus large qui consiste à  renforcer les coopérations entre les deux rives à travers la culture, les échanges intellectuels, les créations contemporaines et les initiatives portées par les sociétés civiles. Mais les organisateurs cherchent également à dépasser la seule dimension institutionnelle. La programmation met fortement en avant les artistes issus des diasporas méditerranéennes, les récits familiaux, les mémoires migratoires et les nouvelles générations qui recomposent aujourd’hui les identités culturelles entre plusieurs langues, plusieurs pays et plusieurs histoires.

Une ouverture à l’échelle de la ville

À Marseille, la séquence d’ouverture, intitulée « Arriver, Partir, Revenir », se déploiera jusqu’au 24 mai dans de nombreux lieux emblématiques de la ville : le Pharo, le Fort Saint-Jean, la Citadelle, le Château d’If, le Mucem, la Friche Belle de Mai, les Docks ou encore le Grand Port maritime. Le choix de ces lieux raconte lui-même une certaine idée de Marseille : une ville tournée vers la mer, traversée par les départs, les exils, les échanges commerciaux et les circulations humaines.  Ainsi, la programmation mêlera concerts, arts visuels, performances, cinéma, photographie, débats, installations numériques et créations participatives.

Concerts, expositions et récits méditerranéens

Parmi les premiers temps forts figure le concert d’ouverture au Jardin du Pharo réunissant Sofiane Saidi et Camélia Jordana autour d’un hommage aux Médahates, ces femmes qui animaient les fêtes populaires de l’ouest algérien et qui ont participé à l’histoire du raï. Le lendemain, trois générations d’artistes méditerranéennes se partageront la scène avec la chanteuse marocaine Najat Aâtabou, la Tunisienne Emel Mathlouthi et la rappeuse franco-égypto-marocaine Nayra. La Friche Belle de Mai accueillera plusieurs expositions majeures autour des questions de mémoire, d’exil, d’identité et de transmission, avec notamment des œuvres de Zineb Sedira, Abdessamad El Montassir ou Mona Benyamin. Le Château d’If accueillera une installation du cinéaste franco-algérien Hassen Ferhani, tandis que la Citadelle de Marseille reviendra sur l’emprisonnement d’Habib Bourguiba à Marseille pendant la période coloniale. La question palestinienne traversera également plusieurs propositions artistiques, notamment à travers des expositions consacrées à Gaza et aux artistes palestiniens.

Une ambition culturelle mais aussi politique

Derrière cette programmation foisonnante apparaît une volonté claire : faire de la culture un espace de conversation possible dans une Méditerranée traversée par les fractures politiques, mémorielles et sociales. Cette ambition reste toutefois délicate. Car parler aujourd’hui de « Méditerranée commune » peut rapidement se heurter aux réalités géopolitiques, aux déséquilibres économiques entre les rives et aux tensions persistantes autour des questions migratoires ou postcoloniales. Le risque d’un discours culturel trop consensuel existe toujours dans ce type de manifestation internationale. Mais Marseille possède peut-être justement cette capacité particulière à accueillir les contradictions sans chercher à les effacer complètement. Ici, les questions de diaspora, de mémoire coloniale, de mélange culturel ou d’appartenance multiple ne relèvent pas du concept : elles traversent le quotidien de la ville. C’est probablement ce qui donne du sens à cette ouverture marseillaise.

Au-delà des expositions et des concerts, la Saison Méditerranée 2026 tentera finalement de répondre à une question devenue centrale : comment continuer à faire récit commun autour d’une mer qui relie autant qu’elle sépare ?

Anna CHAIRMANN

Une inauguration officielle au Palais du Pharo

L’ouverture officielle de la Saison Méditerranée 2026 se déroulera ce vendredi 15 mai à Marseille en présence du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, et de la ministre de la Culture, Catherine Pégard.

Cette journée inaugurale débutera à la Vieille Charité avant de se poursuivre à la Citadelle de Marseille autour de l’exposition « Résistances et désobéissances », consacrée notamment aux questions mémorielles et au passé colonial franco-tunisien.

Les deux ministres participeront ensuite au Palais du Pharo à la labellisation du site comme « Patrimoine de la diplomatie », un label destiné à distinguer des lieux ayant accueilli des événements diplomatiques majeurs au cours de l’Histoire. Plusieurs prises de parole sont prévues, notamment celles du maire de Marseille Benoît Payan, d’Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français, et de Julie Kretzschmar, commissaire générale de la Saison Méditerranée.

Le choix du Palais du Pharo pour cette inauguration possède une forte portée symbolique. Dominant l’entrée du Vieux-Port face à la Méditerranée, ce lieu chargé d’histoire devient, le temps de cette Saison, l’un des centres d’un dialogue culturel et diplomatique que les organisateurs souhaitent inscrire entre les deux rives méditerranéennes.

Quelques temps forts de l’ouverture marseillaise
dix jours durant , du 15 au 24 mai, Marseille va vivre au rythme de la Saison Méditerranée avec plus de 50 événements répartis dans toute la ville : concerts, expositions, performances, cinéma en plein air, débats, gastronomie et créations participatives.
Concert d’ouverture au Pharo
Le 15 mai, Sofiane Saidi et Camélia Jordana ouvriront officiellement la Saison au Jardin du Pharo avec un hommage aux Médahates, ces femmes qui animaient les fêtes populaires de l’ouest algérien et ont marqué l’histoire du raï.
Trois générations d’artistes méditerranéennes
Le 16 mai, Najat Aâtabou, Emel Mathlouthi et Nayra partageront la scène du Pharo pour un concert mêlant chaâbi marocain, électro trip-pop tunisienne et rap contemporain.
Le Grand Port maritime exceptionnellement ouvert au public
Le 23 mai, le Grand Port de Marseille accueillera une grande soirée gratuite mêlant performances, danse, gastronomie et concerts. Au programme notamment : une « Symphonie portuaire » dirigée par Raphaël Imbert et la performance collective « Tarab » de la compagnie Shōnen avec le musicien Rayess Bek.
Des expositions dans toute la ville
Le parcours d’expositions investira plusieurs lieux marseillais : le [mac], la Vieille Charité, le Château d’If, la Friche Belle de Mai, la Citadelle, le Centre Photographique Marseille ou encore l’Alcazar.
Parmi les propositions marquantes :
  • « AFRICA / Voix publiques » de Louisa Babari au [mac] ;
  • une installation de Hassen Ferhani au Château d’If ;
  • « Photo Kegham de Gaza : une archive inachevable » au Centre Photographique Marseille ;
  • « Déplacer le silence », réunissant 40 artistes et poètes de Gaza ;
  • ou encore l’installation monumentale « Les rêves n’ont pas de titre » de Zineb Sedira à la Friche Belle de Mai.
Cinéma, débats et gastronomie méditerranéenne
Des projections en plein air place Bargemon mettront à l’honneur les cinémas tunisien, marocain, libanais et égyptien.
Le Mucem et Aix-Marseille Université accueilleront rencontres et débats autour des récits méditerranéens contemporains.
Enfin, la gastronomie sera également au rendez-vous avec « Yalla ! In houmous we trust » à la Friche Belle de Mai et plusieurs propositions culinaires méditerranéennes au Grand Port maritime.
A.C

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