Aix-Marseille-Provence. la Chambre régionale des comptes préconise des coupes sombres mais pas de hausse d’impôts

Publié le 12 juin 2026 à 7h40 - Dernière mise à jour le 12 juin 2026 à 7h40

La chambre régionale des comptes (CRC) Provence-Alpes-Côte d’Azur a attendu le dernier jour avant de rendre sa copie au préfet des Bouches-du-Rhône. Un avis de 187 pages, bouclé en 30 jours et analysé devant la presse avec des éclaircissements sur le déficit budgétaire métropolitain, réévalué à 144 millions d’euros, des économies et des préconisations pour éviter la fuite en avant antérieure.

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Xavier Lefort, président de la chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’Azur (Photo Joël Barcy)

Travail titanesque

 Saisie par le préfet, La chambre régionales des comptes s’est retrouvé « dans une situation atypique, résume Xavier Lefort, le président de la CRC . Atypique car en général quand une collectivité ne vote pas son budget c’est que vous avez un désaccord au sein de l’assemblée délibérante et que le budget ne peut pas être voté. Là, nous ne sommes pas du tout dans cette configuration, on est sur une décision majoritaire voire unanime des élus de ne pas voter leur budget ce qui rend l’exercice un peu hors-normes. » Hors-norme aussi le montant du budget, 5 milliards d’euros à passer au peigne fin pour étudier les dysfonctionnements ou les économies possibles. « C’est un travail titanesque à réaliser en 30 jours. Même si on ne part pas d’une page blanche, normalement un budget se prépare sur plusieurs mois , souligne Xavier Lefort.

Pédagogie

La presse a bénéficié du rapport en même temps que les élus et le préfet, à la seconde près. La volonté du président de la Chambre était de faire de la pédagogie et de démonter les accusations, répétées à l’envi par les conseillers métropolitains, que l’État est responsable du déficit. « Les difficultés financières de la Métropole ne sont pas principalement dues à une baisse des dotations de l’État ou à un prélèvement de ce dernier sur les ressources de la Métropole. En réalité les difficultés de la Métropole sont structurelles et elles sont bien connues. Elles sont principalement liées aux difficultés que rencontre le budget des transports. » Le président appuie sa démonstration avec des chiffres et évoque un quasi doublement des subventions d’équilibre vers les transports en 5 ans. « En 2021 c’était 110 millions d’euros. En 2026, 203 millions. »

Aides compensatoires démesurées

 Un autre accusé est mis au pilori, les fameuses attributions de compensation (AC) en direction des communes. Le trop versé serait de « 178 millions d’euros par an », selon la CRC qui avait déjà pointé du doigt cette anomalie, héritée des anciennes intercommunalités et qui suscite des déséquilibres. Mais impossible d’y toucher sans un vote à la majorité qualifié du conseil communautaire et de chaque commune. Résultat, on a mis le dossier sous le tapis et la trajectoire vers le déficit actuel semblait inéluctable.

118 millions d’euros d’économies

La CRC a trouvé 25M€ de recettes et 10 M€ liés à un décalage de charges liées au Covid. Reste donc 118 millions d’économies à effectuer. Faute de pouvoir toucher aux AC, la chambre s’est attaquée à d’autres secteurs notamment les transports qui pèsent 1,3 milliard dans le budget global. Elle propose de réduire de 25 M€ la facture en diminuant le forfait versé à la RTM. La remise en cause de la gratuité des transports pour les moins de 10 ans et les plus de 65 ans est conseillée ainsi qu’un renforcement des contrôles pour limiter la fraude, estimée à 30 M€.

Coupes sombres

 La CRC propose ensuite de réduire drastiquement la dotation de solidarité communautaire mise en place en 2023 essentiellement sur des critères de population. Elle était de 66 millions d’euros dans le budget 2026, la chambre propose de la ramener à 13 millions d’euros. Une baisse de 53 millions qui devrait susciter des réactions dans les communes. Marseille, de loin la plus peuplée mais l’une des communes les plus pauvres perdrait ainsi 35 millions d’euros dans l’opération. Pas de levée de bouclier pour l’instant de Benoît Payan. Le maire de Marseille relève qu’« il s’agit pour l’instant d’une maquette technique, d’une équation mathématique mais pas politique, ni d’intérêt général. »Il espère que le préfet modifiera la copie. « On voit bien que ce système n’est plus tenable. Cela montre les limites de ce système actuel de répartition des moyens entre cette Métropole et les communes qui la composent »,  concède Xavier Lefort.

Se recentrer

La chambre propose à la Métropole de se concentrer sur ses domaines clés : transports, déchets, eau et assainissement et de réviser ses cofinancements aux associations et sociétés tout en limitant la masse salariale et les loyers. Les économies estimées s’élèveraient à  42 millions d’euros. Xavier Lefort estime que « la CRC a fait un exercice technique et non politique » mais les économies auront forcément des répercussions… politiques.

Pas de hausse de la fiscalité

 La chambre régionales des comptes n’a pas proposé de hausse de la fiscalité. « C’est ce que l’on  préconise toujours en dernier lieu quand on n’a plus d’autres solutions. Quand on a examiné toutes les recettes possibles et toutes les économies possibles la dernière solution c’est une hausse de la fiscalité. Mais l’augmentation de la fiscalité c’est par définition le choix et le pouvoir politique des élus. On est en démocratie, ce sont les élus qui décident de l’impôt », insiste le président de la CRC.

Du côté de la Métropole, pas de réactions officielles malgré plusieurs sollicitations.

Reportage Joël BARCY

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