Publié le 30 juillet 2026 à 12h27 - Dernière mise à jour le 30 juillet 2026 à 12h29
« Eyes of the storm », les yeux de la tempête est le titre de l’exposition de quelque 250 photographies de Paul McCartney exposées au musée Granet d’Aix-en-Provence jusqu’au 3 janvier 2027. Le cyclone en question étant une tournée triomphale des Beatles en Europe et une première aux États-Unis entre octobre 1963 et février 1964 avec deux passages au Ed Sullivan show en forme de consécration mondiale.

Devant ou derrière l’objectif, John, Paul, Ringo et George étaient passionnés par la photographie. Paul McCartney un peu plus que les autres. Ils échangeaient souvent avec les photographes professionnels qui suivaient leurs tournées et certains étaient même devenus des amis. Rien d’étonnant, dès lors, que McCartney, un peu plus accro que les autres, décide de se trimballer avec un Pentax, équipé d’un objectif 35 mm, en bandoulière pendant les trois mois d’une tournée qui fera date, pour fixer sur la pellicule quelques moments d’éternité consacrant l’avènement de la beatlemania… Des portraits, beaucoup, des moments de vie intimes, des scènes de rue, des gags : comme un journal de bord, un improbable photoreportage de l’intérieur réalisé par l’un des « Fab Four » alors en marche vers les sommets de la notoriété. « Mon appareil avait beau être d’une grande simplicité, écrit McCartney, en ouverture de l’ouvrage « 1964 dans le tourbillon de la Beatlemania » -qui regroupe ses photographies et ses souvenirs-, la prise de vue n’en était pas moins un véritable défi (pour moi, en tout cas), car, chaque pellicule ne comptant que vingt-quatre ou trente-six poses, il ne fallait surtout pas se rater : il n’y avait pas de seconde chance. Quel contraste avec notre manière de prendre des photos avec nos téléphones aujourd’hui. »
Un fonds retrouvé en 2020

La réapparition de ces photos est plutôt une belle histoire. « Je me rappelais vaguement avoir pris des photos dans les années 1960, se souvient Paul McCartney. (…) Je me suis toujours dit qu’elles finiraient par ressurgir à un moment opportun. (…) En 2020, alors que nous nous apprêtions à exposer les photographies de Linda, mon épouse regrettée, j’ai fait allusion aux miennes qui avaient été conservées, comme je l’apprendrai par la suite, dans mes archives. Quelle joie, en les revoyant après toutes ces décennies, de constater que ces photographies et planches-contact avaient été remisées avec amour pour finir par être retrouvées. » En fait, ce sont les négatifs qui avaient été conservés ainsi que des planches-contact qui permettent de découvrir le positif de la photo au format pellicule. Nombre de photographies de l’exposition sont donc des tirages réalisés avec des scans de ces planches. En partageant ses archives avec la National Portrait Gallery, McCartney a assuré leur protection et leur conservation, mais aussi, et ce n’est pas le moins important, leur promotion. En 2023, après une longue restauration du bâtiment, les photos du Beatle inauguraient la nouvelle National Portrait Gallery avant de partir en tournée mondiale et d’arriver à Aix-en-Provence, leur première étape en France.
Du noir & blanc à la couleur

Une exposition et un projet culturel portés par Rosie Broadley, senior curator de la galerie nationale britannique, venue présenter l’exposition au Musée Granet. Une présentation riche du regard aigu de cette conservatrice aguerrie et des anecdotes et récits de Paul McCartney rassemblés dans le remarquable ouvrage « 1964 dans le tourbillon de la Beatlemania » évoqué plus haut, qui est aussi le catalogue de cette exposition. Sur 700 m² le choix muséographique s’est porté sur la chronologie, permettant au visiteur de vivre la tournée, de salle en salle et de ville en ville, notamment Paris où ils croisent Sylvie Vartan dans les coulisses de l’Olympia, pour aboutir à Miami où, d’un coup d’un seul, Paul McCartney est passé des pellicules noir & blanc à la couleur… Avec, selon Rosie Broadley, l’une des photos iconiques de l’expo, celle de George Harrisson, lunettes noires fixées au-dessus de son nez, recevant un verre de whisky de la main d’une beauté décapitée seulement revêtue d’un maillot deux pièces jaune.
Harrison, clope coincée entre le majeur et l’index, comme détaché de la réalité, la jeune femme avec un maillot tout sauf sexy, mais une image sensuelle avec une pointe d’érotisme. Paul McCartney écrit alors: « The colour pictures start when we get to Miami… It’s like we were living in a black and white world on the rest of the tour and suddenly we’re in wonderland, Florida, the sun, the swimming pools… » (« Les couleurs apparaissent lorsque nous arrivons à Miami… C’est comme si toute la tournée s’était déroulée dans un univers en noir et blanc, avant que nous ne basculions soudain dans un véritable pays des merveilles : la Floride, le soleil, les piscines… ») Un monde merveilleux surfant sur la Beatlemania jusqu’à la séparation des quatre fabuleux en 1969 dont on estime que 600 millions de CD et vinyles ont été vendus dans le monde. Un record.
Un regard sur les années 1960

L’intérêt historique et sociologique de cette exposition est indéniable. Les quelque 400 photographies retenues sur les 2000 que comptaient les archives de Paul McCartney composent une album de famille témoin de la société des années 1960. Une société vivante, jeune, épanouie et insouciante. Les portraits sont souvent superbes comme cette photo de George Harrisson affublé de deux chapeaux haut de forme à paillettes d’un monsieur Loyal. Des portraits qui témoignent sans mal des liens qui unissaient les quatre garçons. « Ils étaient presque comme des frères » confie Rosie Broadley. Nombre de ces photos, comme nous l’avons signalé plus haut, ont été tirées à partir des planches contact et certaines d’entre elles, cochées, biffées ou entourées à coup de feutre qui avaient été sélectionnées par McCartney portent ces marques sur elles, les négatifs n’ayant pas été retrouvés. Puis on découvre les images de l’accueil hors normes qui leur est réservé aux USA où, à leur arrivée, ils sont n°1 avec « I Want to Hold Your Hand ». Du délire sur le tarmac… Avant la gloire éternelle!
Michel EGEA
Exposition Paul McCartney, photographe 1963-1964 : Eyes of the Storm, du 4 juillet 2026 au 3 janvier 2027, au musée Granet d’Aix-en-Provence. Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h jusqu’au 1er novembre puis de 12 à 18h jusqu’au 3 janvier. Tarif plein à 14 euros, réduit à 12 euros. Gratuit pour les moins de 18 ans, les étudiants de moins de 26 ans,détenteurs de pass visites des Rencontres d’Arles, les demandeurs d’emploi de longue durée, etc. Informations : museegranet-aixenprovence.fr . Tél.: 04 42 52 88 32 – Réservations : granet-reservation@mairie-aixenprovence.fr – Tél.: 04 42 52 87 97.
Catalogue paru en 2023 : 1964 dans le tourbillon de la Beatlemania, photographies et souvenirs de Paul McCartney, préface d’Antoine de Caunes. Ed. Buchet-Chastel, 350 pages, 59 euros.



