Marseille. Marché du Soleil : des contrefaçons au tribunal, l’avenir d’un marché emblématique suspendu au verdict

Publié le 23 juin 2026 à 7h42 - Dernière mise à jour le 23 juin 2026 à 7h42

Le Marché du Soleil joue son avenir devant la justice. Fermé administrativement depuis le 2 février pour des soupçons de blanchiment, le célèbre marché marseillais est au cœur d’un procès hors norme. Pendant une semaine, une quinzaine de prévenus, dont son propriétaire historique Georges Dahan, comparaissent pour détention, vente ou production de marchandises contrefaites en bande organisée. Des faits passibles de dix ans d’emprisonnement. Au-delà des responsabilités individuelles, c’est aussi l’avenir de cette institution marseillaise qui se joue.

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Leïla Hireche et les époux Dahan lors de l’ouverture du procès du Marché du Soleil, devant le tribunal judiciaire de Marseille. (Photo Joël Barcy)

« Je ne vois pas pourquoi je suis là… »

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Georges Dahan, 81 ans arrive dans la cour du tribunal pour procès hors-normes (Photo Joël Barcy)

Il arrive dans la cour du tribunal pour procès hors-normes d’une démarche chaloupée et chancelante avec ses deux cannes qui lui servent de tuteur. Georges Dahan, 81 ans, est jugé pour détention et vente en bande organisée de marchandises contrefaisantes. Une qualification incompréhensible pour celui qui dirige cette institution marseillaise depuis quatre décennies. « Je ne vois pas pourquoi je suis là d’ailleurs c’est inadmissible, dénonce l’octogénaire. Mais qu’est-ce que vous voulez faire. On n’a pas tué, on n’a pas volé. Le marché est ouvert depuis 40 ans passés et ça fait 3 ans qu’il y a peut-être de la contrefaçon. » Et à la question: « Craignez qu’il ne ferme définitivement ?» Il répond sans hésiter : « Jamais de la vie. »

 

Une comparution sans précédent

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Me Stéphane Ceccaldi, l’avocat de Georges Dahan et sa famille © Joël Barcy

Selon l’avocat de Georges Dahan et sa famille, la comparution du propriétaire historique et du gestionnaire des murs du Marché du soleil est sans précédent. Jamais un bailleur n’a été traduit devant les tribunaux pour les motifs de vente détention, de vente et de production de marchandises contrefaites. « On a un dossier de contrefacteurs sans contrefacteurs à la barre, ce qui est quand même miraculeux, ironise Me Stéphane Ceccaldi. Contrairement à ce qu’indique le parquet, un certain nombre de contrefacteurs sont individualisés. On a dans la chronique judiciaire aucun précédent d’un bailleur propriétaire de murs qui soit jugé comme intéressé à la fraude de ses locataires. La famille Dahan est exposée à une mort civile au regard de vraisemblablement la confiscation des murs, sans compter les amendes douanières qui sont calculées sur les valeurs théoriques des marchandises. »

Une prévenue volubile

Trois salariés du marché du Soleil ont été auditionnés ce lundi. Deux gardiens qui se contredisent parfois et n’ont pas d’estime particulière l’un envers l’autre. L’un affirme qu’il avait voulu prendre un bail pour un box au sein du marché du Soleil mais ne l’a jamais signé. L’autre indique qu’il payait régulièrement son loyer. Dans ce box ont été trouvées des contrefaçons. La plus punchy et la plus volubile est Leïla Hireche. Embauchée pour recouvrer les loyers de locataires, elle n’a pas d’autorité hiérarchique et se réfère toujours à son employeur Georges Dahan. Mais elle règne en maître sur le marché. « J’ai galéré, j’ai élevé seule mes 6 enfants alors je suis dure avec les autres », justifie-t-elle. Elle a réponse à tout, devance même les questions du président, obligé de la rappeler à l’ordre à plusieurs reprises avec des « attendez Madame ». Elle assure avoir tout fait pour limiter la contrefaçon au sein du marché mais difficile de lutter contre les box sous-loués où s’affairent les contrefacteurs. « Ils auraient pu me tuer » dit-elle. Son avocat présente un vidéo où on la voit le visage tuméfié.

Les grandes marques parties civiles

Les grandes marques se sont engouffrées dans la brèche pour se constituer parties civiles au cours de ce procès et réclamer des indemnités même si les douanes se serviront d’abord. « L’idée c’est d’en faire une question de principe, insiste Isabelle Grenier avocate de Under Armor, Asics, et Van Cleef et Arpels, de montrer qu’on se défend et qu’on ne tolère pas ces délits et ce système frauduleux industrialisé. C’est préjudiciable car ce sont des articles de piètre qualité qui inondent le marché et qui retentissent sur l’image de marque de mes clients. »

Quel avenir ?

Tout au long de la semaine la quinzaine de prévenus sera auditionnée notamment trois policiers municipaux et une agente de préfecture. Le marché du Soleil a-t-il été de tout temps le temple de la contrefaçon. A priori non. Uniquement depuis 3 ou 4 années et la contrefaçon se serait massivement développée via des plateformes qui usurpent son label. Des plaintes ont été déposées.

Reportage Joël BARCY

 

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