Publié le 4 juillet 2026 à 21h57 - Dernière mise à jour le 4 juillet 2026 à 21h57
Compétitivité, innovation, intelligence artificielle, défense, énergie ou financement des entreprises : aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le président du Conseil européen Antonio Costa et la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde ont esquissé une même feuille de route. Face à un environnement géopolitique de plus en plus instable, l’Europe veut accélérer sa transformation économique sans renoncer à son modèle d’ouverture.

Une Europe qui refuse le déclin
Comment retrouver des repères dans un monde devenu plus imprévisible ? Pour Benoît Cœuré, membre du Cercle des économistes, la réponse passe en grande partie par l’Europe. En ouvrant cette session, il a rappelé que le projet européen reste fondé sur « la justice et les institutions », tout en reconnaissant que le continent souffre aujourd’hui d’un déficit de compétitivité, d’innovation et d’investissement qui fragilise son modèle social. Face à ce constat, Antonio Costa et Christine Lagarde ont livré un message résolument offensif : l’Europe dispose des moyens de retrouver sa puissance, à condition d’accélérer les réformes engagées.
Faire de la compétitivité la priorité européenne
Antonio Costa l’affirme: 2026 devra être « l’année de la compétitivité ». Le président du Conseil européen rappelle que les rapports de Mario Draghi et d’Enrico Letta ont servi de point de départ à une véritable feuille de route désormais partagée par la Commission, le Parlement européen et les États membres. Il s’agit désormais d’achever le marché intérieur, de simplifier les réglementations, de développer l’Union des marchés de capitaux, de renforcer la politique industrielle européenne et d’investir davantage dans la recherche, l’intelligence artificielle et les technologies stratégiques. Pour Antonio Costa, l’Europe ne peut plus se satisfaire d’un marché unique inachevé, notamment dans les télécommunications, l’énergie ou les services financiers.
Financer l’innovation pour retrouver de la puissance
Christine Lagarde place, elle aussi, le financement au cœur de la réponse européenne. À ses yeux, l’Union monétaire existe. L’Union financière, en revanche, reste incomplète. Pour illustrer cette fragmentation, la présidente de la Banque centrale européenne raconte avoir présenté aux dirigeants européens une simple feuille A4 retraçant la multiplication des plateformes de marché, chambres de compensation et dépositaires centraux. Une cartographie devenue le symbole d’une Europe où les capitaux circulent encore trop difficilement. « Tout commence avec le financement », insiste-t-elle. Financer l’innovation, la transition énergétique, la défense ou les nouvelles technologies suppose de lever les nombreux obstacles qui freinent encore les investissements au sein de l’Union.
Une souveraineté qui ne signifie pas le repli
Ni Antonio Costa ni Christine Lagarde ne défendent une Europe protectionniste. Tous deux plaident au contraire pour une économie ouverte, mais moins dépendante. Pour le président du Conseil européen, l’autonomie stratégique ne relève plus d’un débat idéologique. Elle est devenue une nécessité. L’Union européenne doit développer ses propres capacités dans les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, le calcul quantique ou le cloud, tout en sécurisant ses approvisionnements énergétiques et industriels. Christine Lagarde complète cette vision autour de trois principes : diversifier, devenir indispensable et gagner en indépendance énergétique. Diversifier les fournisseurs comme les débouchés commerciaux. Renforcer les positions européennes dans les chaînes de valeur où le continent demeure incontournable. Enfin, réduire la dépendance énergétique grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables.
L’Europe veut aussi gagner la bataille des paiements
L’un des passages les plus concrets de l’échange concerne les infrastructures financières. Christine Lagarde estime que la souveraineté européenne passera aussi par la maîtrise des systèmes de paiement. Elle rappelle que la BCE développe actuellement de nouvelles infrastructures permettant des paiements interbancaires plus rapides, plus intégrés et moins dépendants d’opérateurs soumis à des juridictions étrangères. L’euro numérique, les nouvelles plateformes de paiement et l’interconnexion des systèmes européens constituent, selon elle, des éléments essentiels de cette autonomie financière.
Une Europe qui reste attractive
Loin des discours déclinistes, Christine Lagarde tient également à rappeler que l’Europe continue d’exercer un fort pouvoir d’attraction. Elle cite notamment les nombreuses banques centrales étrangères qui souhaitent désormais accéder aux nouveaux mécanismes de liquidité en euros mis en place par la BCE. De même, plusieurs grands pays émergents s’intéressent aux infrastructures européennes de paiement instantané. « L’Europe est aussi plébiscitée », souligne-t-elle, regrettant que ce visage soit souvent éclipsé par les critiques venues de certains partenaires internationaux.
Accélérer sans renoncer aux valeurs européennes
Au terme de cet échange, une conviction commune se dégage. L’Europe ne manque ni d’atouts ni de compétences. Elle souffre surtout de sa lenteur. Antonio Costa reconnaît l’urgence d’accélérer la mise en œuvre des décisions, notamment en matière budgétaire, industrielle et financière. Christine Lagarde, de son côté, appelle à lever les dernières barrières qui empêchent encore l’Union de mobiliser pleinement son épargne, ses entreprises et ses capacités d’innovation. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, les rivalités technologiques et les bouleversements économiques, les deux responsables européens défendent finalement une même ambition : faire de la souveraineté non pas un repli, mais le levier d’une Europe plus forte, plus innovante et plus résiliente.
Patricia CAIRE



