Rencontres économiques d’Aix. Trois jours pour penser le monde qui vient

Publié le 4 juillet 2026 à 22h25 - Dernière mise à jour le 4 juillet 2026 à 22h25

Pendant trois jours, Aix-en-Provence est devenue le carrefour des idées. Économistes, chercheurs, dirigeants d’entreprise, responsables européens et politiques s’y sont retrouvés pour tenter de comprendre un monde en pleine mutation. Intelligence artificielle, souveraineté, progrès, démocratie ou révolution quantique : au fil des débats, les Rencontres économiques ont cherché moins à prédire l’avenir qu’à lui redonner un horizon.

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Les débats ont attiré un public nombreux tout au long des trois jours des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. (Photo Joël Barcy)

Des amphis combles

Le mercure a beau atteindre des records, on se presse dans les amphis, improvisés sous de vaste tentes blanches, couronnés, pour certains de brumisateurs pour tromper la chaleur. Dans les allées du parc Jourdan, canotiers et casquettes côtoient chemises blanches et costumes ou tenues moins rigoureuses. A chaque jour sa thématique : « La fin des certitudes », « Affronter les tempêtes du XXIe siècle », « Découvrir un monde nouveau ». Tout est décliné ensuite en divers sous-ensembles.

Des débats de fond

 Depuis 1/4 de siècle nos neurones sont stimulés durant trois jours. C’est « the place to be », le lieu à la fois où on fait passer ses idées et aussi, en période préélectorale, l’endroit où il faut se montrer. Un Premier ministre, une somme d’anciens premiers ministres et président, des maires de grandes villes, des représentants d’institutions européennes. Tout ce qui compte de décideurs, d’universitaires et de chercheurs sont là pour brasser une somme d’idées et trouver un cap. « C’est vrai on est un peu perdu concède, Jean-Hervé Lorenzi, fondateur des Rencontres économiques, car la notion de progrès et l’immense classe moyenne souhaitée par tout le monde, n’est pas arrivée. »

Dessiner le monde de demain

Le public vient à Aix pour chercher une boussole dans un monde où on navigue de plus en plus sans repères. Pour ouvrir ces journées, un sujet philosophique s’affiche sur grand écran. « Peut-on encore parler de progrès ? ». Sur scène sociologue, économiste, patron de startup de la deeptech tutoient des représentant d’institut pour une heure d’échanges. Le sociologue Jean Viard, avec son franc-parler, évoque les ruptures historiques jamais connues depuis 1 000 ans. En résumé on est perdus car on ne maîtrise plus ni la nature, ni les relations humaines et face à ces bouleversements qui secouent le monde il faut trouver un récit pour bâtir l’avenir. « Si on ne sait pas remettre du désir de futur à compter des trois ruptures anthropologiques : la nature a pris le pouvoir, le patriarcat explose, l’IA nous bouscule, mais avec ça on va construire un monde meilleur, ça va prendre du temps mais vos enfants vivront mieux que vous… ?    Le problème c’est de donner du désir, la politique c’est du désir et si on n’a plus de désir on va vers l’extrême droite et c’est ce qu’on est en train de faire et quand on est aux rencontres d’Aix c’est bien justement pour se poser ces questions. »

La rupture quantique

Aux Rencontres économiques, pas d’autoflagellation, de verre à moitié vide, d’Europe en déclin face à une IA américaine conquérante et une Chine en plein expansion technologique. L’Europe a des atouts, il suffit de les voir. En matière de démocratie mais aussi sur le plan de la recherche médicale et du calcul quantique. « Qu’on se rassure, explique Maud Vinet, CEO et cofondatrice de Quobly, une startup de la deeptech. En matière d’informatique quantique nous sommes en pointe et c’est la prochaine révolution. Nous n’en sommes qu’au début mais le calcul quantique va être une rupture majeure.» Elle illustre ces bouleversements avec quelques exemples. « Aujourd’hui, on ne sait pas simuler, on ne sait pas calculer sur nos ordinateurs des molécules qui ont plus d’une trentaine d’atomes et  cela entraîne des limitations quand on veut concevoir des réactions chimiques par exemple. C’est cela qu’on va lever comme verrous dans l’ordinateur quantique. Même chose quand on veut optimiser des flux logistiques, on sait le faire sur une centaine de paramètres mais pas au-delà. Si on prend le livreur Amazon, il aurait besoin qu’on optimise son champ qui fait plus d’un millier de paramètres et quand on optimise un millier de paramètres on gagne en productivité et c’est toute cette rupture qu’on est en train de mettre en place avec le calcul quantique. »

Creuset d’idées

 

 Les Rencontres sont un creuset d’idées, elles font bouillir les neurones, donnent des pistes de travail. « Dommage que les politiques passent sans s’arrêter, cinglent Jean Viard, ils n’écoutent pas les intellectuels, ne lisent pas les livres des chercheurs. Ils ne s’interrogent pas sur les changements de la société. D’ici la présidentielle les candidats devront pourtant apprendre à réenchanter la vie s’ils veulent gagner.»

Reportage Joël BARCY

 

 

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