Publié le 7 juillet 2026 à 16h59 - Dernière mise à jour le 7 juillet 2026 à 16h59
À quelques heures de la conférence des maires consacrée à la crise budgétaire de la Métropole, l’ambiance s’annonce aussi caniculaire dans les débats que dans les rues d’Aix-Marseille. En amont de cette réunion à huis clos, Jean-David Ciot, maire (PS) du Puy-Sainte-Réparade, livre à Destimed son analyse d’un dossier où les lignes rouges semblent plus nombreuses que les pistes de compromis.

« Pas très courageux »
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-David Ciot n’a guère apprécié, pas plus que Nicolas Isnard, président de la Métropole, l’arrêté du préfet sur le budget métropolitain. Jacques Witkowski y prévoit une réduction de 53 millions d’euros des attributions de compensation (AC) versées aux communes. « Le préfet n’a pas été très courageux, tacle le maire (PS) du Puy-Sainte-Réparade. En réduisant les AC, il demande aux maires de payer la facture. Il dit à la Métropole de se défausser sur les communes, comme l’État le fait lui-même. Il aurait dû proposer à la Métropole d’augmenter ses propres impôts. Cela aurait eu le mérite de reconnaître le déficit chronique de cette collectivité. Il fallait sauver la face et il est plus facile de s’en prendre au dernier échelon : les communes. Pour ma commune, cela représenterait 10 % de mon budget à trouver en six mois. »
« Acte illégal »
Jean-David Ciot ne compte pas en rester là. « Nous proposons d’attaquer l’arrêté du préfet, qui est entaché de nullité. C’est un acte illégal. Nous allons saisir le tribunal administratif pour en demander l’annulation », affirme-t-il. Le maire s’appuie sur l’avis de la chambre régionale des comptes, qui préconisait de ne pas toucher aux attributions de compensation (AC), mais aussi sur le fait qu’« aucun préfet n’a jamais contesté devant la justice une délibération relative aux AC. Leur légalité n’est donc pas remise en cause depuis des années. »
Que des lignes rouges
La conférence des maires s’annonce comme un exercice d’équilibriste, cerné de lignes rouges : pas touche à la dotation de solidarité communautaire (DSC), pas question de réduire les attributions de compensation (AC), et hors de question d’augmenter les impôts. C’est dans ce climat que le président de la Métropole devra faire vivre le fameux « œcuménisme » qu’il revendique depuis son élection.
Si les 53 millions d’euros sont finalement prélevés sur la DSC, le maire de Marseille ne manquera pas de monter au créneau : la Ville perdrait 35 des 45 millions d’euros initialement prévus. À l’inverse, une réduction des AC susciterait la colère de la majorité des communes. Martigues, par exemple, verrait sa dotation amputée d’une dizaine de millions d’euros sur les 96 qu’elle perçoit aujourd’hui. Personne n’a envie de se faire hara-kiri. « Il faudra pourtant bien trouver des solutions, car le préfet a gelé 53 millions d’euros d’AC qui ne peuvent plus être versés », résume Jean-David Ciot.
53 millions d’euros d’impôts
Et la hausse des impôts ? Répartie sur l’ensemble des propriétaires, elle représenterait une augmentation de la taxe foncière comprise entre 40 et 60 euros pour dégager les 53 millions d’euros recherchés. La somme peut paraître supportable, mais elle se heurte à une autre ligne rouge. À l’approche de l’élection présidentielle, le RN, la droite et une partie de la gauche écartent cette hypothèse. Autant dire que cette piste a peu de chances d’aboutir. Alors, quelle issue ?
Pas de consensus
Si les réunions et les appels téléphoniques se multiplient, nul ne sait encore ce qui sortira de cette conférence des maires. Une certitude, en revanche : aucun consensus ne se dégage aujourd’hui parmi les élus. « Certains proposent de transformer une partie des attributions de compensation en investissements, d’autres de réduire encore la voilure de la Métropole, explique Jean-David Ciot. Mais toucher à la DSC, aux AC ou augmenter les impôts restent autant de lignes rouges. »
Un endettement de 3 milliards d’euros
On voit mal un accord émerger de cette conférence. Et même si, d’aventure, un compromis était trouvé, rien ne serait réglé sur le fond. Avec une dette de 3 milliards d’euros, la Métropole devrait continuer à s’endetter malgré les solutions de court terme qui pourraient être retenues. Difficile de poursuivre durablement cette fuite en avant. Pour en sortir, le maire du Puy-Sainte-Réparade, la maire d’Aix-en-Provence et plusieurs de leurs collègues plaident pour « sanctuariser le budget de la mobilité », qu’ils considèrent comme la principale source du déficit.
Créer un syndicat mixte des transports
200, 300 millions d’euros… Personne ne sait aujourd’hui jusqu’où ira le déficit des transports. « Nous avons financé les investissements, mais pas leur fonctionnement », résume Jean-David Ciot. Pour le maire du Puy-Sainte-Réparade, une piste mérite d’être étudiée : la création d’un syndicat mixte des transports. « En dissociant la mobilité du budget de la Métropole, les entreprises, directement concernées par les déplacements de leurs salariés, deviendraient des acteurs de ce syndicat. Ce serait une solution plus équitable si l’on devait augmenter le versement mobilité. »
Jeter le bébé
Avec l’apparition du déficit, du président de la Métropole aux maires, nombreux sont ceux qui veulent aujourd’hui jeter le bébé Métropole avec l’eau du bain. Changer son périmètre, revoir ses compétences, voire repartir d’une page blanche. Une perspective qui risque pourtant de faire perdre encore de précieuses années, à l’heure où le territoire aurait plutôt besoin d’accélérer.
Joël BARCY



