OFF d’Avignon. À 60 ans, le festival de tous les possibles à l’épreuve de son avenir

Publié le 16 juillet 2026 à 10h36 - Dernière mise à jour le 16 juillet 2026 à 10h36

Le Festival OFF d’Avignon célèbre cette année ses 60 ans. En six décennies, il est devenu la plus grande vitrine du spectacle vivant en France et un passage obligé pour des milliers d’artistes. Derrière cette réussite, pourtant, les interrogations demeurent. Économie des compagnies, diffusion des œuvres, ouverture à l’international et avenir des politiques culturelles : Harold David, directeur délégué d’Avignon Festival & Compagnies (AF&C), dresse le portrait d’un festival à un moment charnière de son histoire.

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Le Festival OFF est devenu une plateforme incontournable de diffusion du spectacle vivant, tout en restant confronté aux fragilités économiques des compagnies (photo Joël Barcy)

1 400 compagnies

. Environ 150 théâtres, dont certains éphémères, accueillent les 1 800 spectacles programmés cette année. Une effervescence permanente, une véritable ruche, reflet de la richesse et de la vitalité de la création artistique française. À elle seule, la France compte près de 8 000 compagnies. Mais Avignon est aussi l’arbre qui cache la forêt. Harold David résume cette réalité en une formule : « Avignon est le miroir inversé des difficultés du spectacle vivant. Il y a un climat de liesse, d’allégresse pour ces 60 ans, mais en même temps cette joie est tempérée par les réalités concrètes que vivent les filières du spectacle vivant, qui sont assez sombres. »

Jungle républicaine 

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(Photo Joël Barcy)

L’auteur et metteur en scène à succès Alexis Michalik résume le Festival OFF en une formule lancée lors d’une table ronde : « une jungle républicaine ». « Un qualificatif dont j’aurais aimé être l’auteur », sourit Harold David, directeur délégué d’AF&C. « C’est un espace assez unique. Le OFF est très démocratique : il n’y a pas de sélection. Tout le monde a sa chance de séduire le public, c’est d’ailleurs pour cela que les compagnies viennent à Avignon. Bien sûr, sur la ligne de départ, elles ne disposent pas toutes des mêmes moyens financiers pour se faire connaître et ne jouent pas toutes dans des lieux réputés. »

Une plateforme de diffusion

En juillet 1966, alors que le Festival IN est déjà une institution, André Benedetto décide de bousculer les codes en présentant sa propre pièce dans son théâtre, en marge de la programmation officielle. Sans le savoir, il vient de poser les bases de ce qui deviendra le Festival OFF. Les années suivantes, d’autres compagnies, comme celle de l’Avignonnais Gérard Gélas, revendiquent à leur tour un théâtre engagé et alternatif. D’une seule compagnie à l’origine, le OFF est passé à près de 1 500 aujourd’hui. En six décennies, il a profondément changé de dimension. « Le Festival OFF est devenu une plateforme de diffusion incontournable. C’est un espace où les compagnies rencontrent le public, mais aussi les programmateurs, avec l’espoir de décrocher des tournées. Je prends l’exemple d’une compagnie qui a créé un spectacle en résidence dans sa région. Elle l’a joué trois fois et aucune autre représentation ne lui a été proposée. En venant à Avignon, elle espère faire reconnaître son spectacle, être repérée et obtenir des dates de diffusion ailleurs. »

Tronçonner le calendrier

Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas d’inflation des levers de rideau. « Le nombre de représentations est stable depuis plusieurs années, mais les spectacles sont nettement plus nombreux, indique Harold David. Faute de moyens, une partie des compagnies ne reste plus pendant toute la durée du festival. Un même théâtre peut ainsi découper sa programmation en trois périodes afin d’accueillir plusieurs compagnies à des dates différentes. Le Festival d’Édimbourg  (deux fois plus important qu’Avignon  NDLR)  fonctionne de cette manière depuis des années. Mais il ne faut pas être naïf : ce n’est pas un choix. Les compagnies préféreraient rester pendant toute la durée du festival si elles en avaient les moyens

Vendre à l’étranger

Aujourd’hui, le marché national ne suffit plus à absorber la richesse de la création. AF&C s’attache donc à ouvrir davantage le Festival OFF vers l’international. « Nous faisons venir des programmateurs étrangers afin de leur faire découvrir les spectacles des compagnies, et cette démarche commence à porter ses fruits. Nous accueillons de plus en plus de délégués internationaux qui identifient désormais le OFF comme une plateforme incontournable dans leur agenda. C’est une bonne manière d’élargir les possibilités de diffusion », explique Harold David. Aujourd’hui, 80 % des compagnies présentes au OFF ne disposent que de 10 à 15 dates de tournée pour 2027. Une sur cinq n’en compte même qu’entre zéro et cinq. Or, il faut généralement entre 15 et 20 représentations pour qu’un spectacle atteigne son équilibre économique.

La crainte de 2027

Au-delà des enjeux de diffusion, Harold David voit poindre une autre source d’inquiétude : l’élection présidentielle de 2027. « Selon les choix que feront les Français, le monde de la culture pourrait être profondément impacté. C’est annoncé, c’est inscrit dans certains programmes. Nous savons quelles politiques culturelles les partis nationalistes ont mises en œuvre dans plusieurs pays européens. Elles sont fondamentalement différentes de celles que la France connaît depuis André Malraux et les grandes politiques de décentralisation culturelle. Il suffirait de deux ou trois mesures radicales pour bouleverser tout le système. » À l’heure de souffler ses soixante bougies, le Festival OFF apparaît comme un colosse aux pieds d’argile.

Reportage Joël BARCY

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