Publié le 27 juillet 2026 à 8h49 - Dernière mise à jour le 27 juillet 2026 à 8h50
Il fallait un peu de courage et de l’énergie pour se pointer à 4h45 afin d’assister au dernier spectacle du festival IN dans la cour d’honneur du palais des papes. Un projet né d’un constat : dans un monde saturé de certitudes simplistes, la beauté du doute et la force du questionnement sont un acte démocratique indispensable.

5 heures du mat’

Le choix de l’horaire (5 heures du matin) est symbolique. On passe progressivement de la nuit au jour. L’aube est une promesse de renouveau et d’ouverture. Le gigantesque mur de la cour d’honneur s’éclaire à mesure que les questions s’élèvent. Que le public s’interroge. « On a voulu qu’Avignon soit un espace pour les questionnements, explique Tiago Rodrigues, le directeur du festival. Parfois les questionnements n’ont pas d’espace dans la société ou sont confrontés à des certitudes et des réponses simplistes. On veut un espace de questionnements pas nécessairement pour trouver immédiatement la réponse mais pour vivre ce que l’art et la culture peuvent nous offrir, des moments de plaisirs mais aussi de réflexion. »
Un concept poétique et politique
Conçu et coordonné par Tiago Rodrigues, directeur du festival, l’historien Patrick Boucheron et la journaliste/productrice Aurélie Charon, L’Aube des questions n’était pas un énième débat sur la place de la culture mais une création scénique engagée mêlant théâtre, poésie, musique et danse. Un spectacle engagé comme le directeur du festival. « Je suis très mobilisé avec le festival d’Avignon pour livrer les batailles, avoir les discussions, poser les questions nécessaires pour pas seulement défendre ce service public de la culture mais continuer à le faire évoluer et perfectionner. »
Une forme originale

Sur scène, de nombreuses personnalités venues d’horizons très différents -artistes, scientifiques, philosophes, responsables associatifs ou figures de la société civile- parmi lesquelles Christiane Taubira, Boris Charmatz, Laure Adler, Camille de Toledo, Laetitia Dosch ou encore Philippe Martinez, croisent leurs voix avec celles de jeunes lycéennes d’Avignon et des comédiens des Talents Adami. Les interventions s’enchaînent et forment une sorte de chorale accompagnée par l’orchestre national d’Avignon-Provence. L’ensemble est ponctué par des extraits de grands auteurs et penseurs (Shakespeare, Marguerite Duras, Maurice Blanchot, Edgar Morin, Jacques Prévert).
Réflexion

Cette création devait durer 2 heures, en fait elle se prolongera jusqu’à 8h30 en gardant le public, pourtant frigorifié par la fraîcheur de l’aube. Plus qu’un simple spectacle de clôture, L’Aube des questions se veut une réserve d’idées et de doutes. En laissant 80 interrogations ouvertes, l’événement a invité le spectateur à repartir avec elles pour nourrir sa propre réflexion.
L’an prochain Tiago Rodrigues promet un festival haut en couleur à l’occasion des 80 ans de la manifestation. Les festivals d’Édimbourg et d’Amsterdam seront associés à cet anniversaire. Eux aussi ont été créés en 1947.
Reportage Joël BARCY



