Aix-Marseille Université. Éric Berton veut faire de la jeunesse une voix qui compte en 2027
Publié le 10 septembre 2026 à 10h30 - Dernière mise à jour le 10 septembre 2026 à 12h28
Précarité étudiante, accueil des scientifiques et des étudiants étrangers, défense de la recherche, engagement contre les discriminations mais aussi présidentielle de 2027 : pour la rentrée solennelle d’Aix-Marseille Université, son président Éric Berton a livré un discours qui dépasse largement les frontières des campus. À la tête d’une université de plus de 80 000 étudiants, il revendique une institution « socialement engagée », capable de protéger, d’agir et de prendre toute sa place dans la cité. Avec une conviction : la jeunesse n’est ni désengagée ni dépolitisée, mais elle attend qu’on lui donne réellement la parole.
« Dans ce désordre, j’ai souhaité qu’AMU reste un sanctuaire. » Le mot revient comme un fil rouge dans le discours prononcé par Éric Berton à l’occasion de la rentrée solennelle d’Aix-Marseille Université. Un sanctuaire non pas pour s’isoler du monde, mais, au contraire, pour tenter de répondre à ses bouleversements. Le président d’AMU évoque les conflits qui se multiplient, l’aggravation des crises climatiques et les « crispations politiques et identitaires » françaises. Face à cette situation, il défend une université qui protège la liberté de la recherche, accompagne ses étudiants et assume son rôle dans la société.
Une université qui revendique sa solidité financière
Pour Éric Berton, cette ambition repose d’abord sur la capacité financière de l’établissement. Il souligne qu’AMU fait partie des « très rares universités avec un budget excédentaire », une situation qui permet, selon lui, de préserver la recherche et d’aller au-delà des seules missions académiques. Le président met notamment en exergue le Contrat d’objectifs, de moyens et de performance (COMP) 2026-2030 signé le 16 juillet avec l’État. Le COMP doit apporter près de 30 M€ supplémentaires sur cinq ans : 8 M€ la première année puis 5,4 M€ pour chacune des quatre suivantes. Ces moyens doivent être consacrés à quatre grands domaines : formation, vie étudiante, recherche et innovation, gouvernance et pilotage. Un autre chantier majeur est annoncé pour un montant de 150 M€ , celui de la rénovation du campus Saint-Jérôme. Éric Berton présente cette opération comme une nouvelle marque de confiance de l’État et souligne qu’AMU est, selon lui, la seule université sélectionnée par le ministère des Finances pour bénéficier de ces financements supplémentaires dans le cadre du CPER.
De nouvelles réponses à la précarité étudiante
Mais le « sanctuaire » défendu par le président d’AMU concerne d’abord les étudiants. Et, sur ce terrain, la précarité occupe une place importante dans cette rentrée. Après l’ouverture d’une cinquième épicerie sociale et solidaire sur le campus Saint-Charles, une sixième doit voir le jour à Luminy. Avec le soutien de la Fondation CMA CGM, l’université travaille également à la création d’une épicerie itinérante, destinée notamment aux campus plus éloignés de Marseille et d’Aix-en-Provence, comme Digne, Gap ou Arles. L’accueil revendiqué par AMU se veut aussi celui de tous les étudiants « quelles que soient leurs origines, leurs religions, leur conviction, leur sexe ou leur genre ». L’université s’appuie notamment sur ses partenariats avec SOS Racisme et la Licra, qui s’ajoutent à celui noué avec le Camp des Milles, pour sensibiliser étudiants et personnels à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.
Étudiants étrangers : « Une fausse bonne idée »
Éric Berton réserve l’un des passages les plus politiques de son intervention aux droits d’inscription différenciés imposés aux étudiants extracommunautaires. Sur le fond, son opposition est nette : « Cette mesure est une fausse bonne idée », affirme-t-il. Selon lui, «l’augmentation des droits peut affaiblir l’attractivité internationale de la France mais également fragiliser certaines formations stratégiques accueillant une proportion importante d’étudiants étrangers.» Pour autant, le président d’AMU écarte les postures consistant à annoncer que l’université n’appliquera pas le décret. « Un décret ne se choisit pas à la carte. Il s’applique. Le reste, c’est de la littérature », tranche-t-il. L’établissement entend donc utiliser les marges d’autonomie qui lui restent pour maintenir sa politique d’accueil.
Sur quelque 5 500 étudiants concernés, AMU estime pouvoir en exonérer environ 1 800. Sont notamment concernés les étudiants poursuivant leur cursus après avoir déjà bénéficié d’une exonération, ceux provenant de zones de conflit – étudiants libanais, palestiniens et déplacés d’Ukraine- ainsi que les lauréats des bourses d’excellence Tiger et Amidex.
À l’approche de 2027, « une grande absente : la jeunesse »
Puis le discours change d’échelle. Éric Berton regarde vers la prochaine élection présidentielle et constate : « Nous voyons une grande absente : la jeunesse. Parce que les candidats, eux, ne manquent pas. » C’est de ce constat qu’est né Jeunesse 2027, lancé lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. L’objectif est de permettre aux jeunes de formuler eux-mêmes des propositions et de les porter dans le débat public jusqu’aux candidats à l’élection présidentielle.
Éric Berton s’en prend au passage aux représentations d’une génération qui serait « désenchantée », « paresseuse » ou « individualiste ». Pour tenter de mesurer la réalité de son engagement, AMU a interrogé ses étudiants dans le cadre d’une enquête menée avec la Fondation Jean-Jaurès. Le résultat dessine un paradoxe : deux tiers des étudiants interrogés sont concrètement engagés dans de grandes causes, au premier rang desquelles l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre le dérèglement climatique. Mais ils sont presque aussi nombreux à déclarer ne pas vouloir se déplacer pour voter. Pour Éric Berton, il ne s’agit donc pas d’une disparition de l’engagement. Plus de 70 % des répondants indiquent qu’une offre politique correspondant davantage à leurs attentes pourrait les conduire à renouer avec le vote. « Ce n’est pas la disparition du désir d’engagement mais la fin de son monopole institutionnel », analyse le président d’AMU.
200 jeunes pour faire émerger des propositions
Avec le Cercle des économistes, HugoDécrypte, Ipsos et l’ONG A Voté, AMU a donc réuni 200 jeunes venus de toute la France, d’âges et de profils différents. Ils ont travaillé sur dix thématiques afin de faire émerger vingt priorités, accompagnés par des enseignants-chercheurs et spécialistes de l’université dans des domaines allant de la santé au logement, de la formation à l’écologie, en passant par les inégalités, l’intelligence artificielle ou le travail. Et Éric Berton assume le caractère politique de la démarche. « J’ai l’habitude de dire qu’à Aix-Marseille Université, nous ne faisons pas de politique. J’ai peut-être un peu menti… » S’intéresser, poursuit-il, « à la vie de la cité, du pays », agir pour la santé, le logement, l’emploi, l’égalité entre les femmes et les hommes ou contre les discriminations, c’est bien, selon lui, faire de la politique. Mais il trace aussitôt une ligne rouge : l’université n’est pas là pour donner aux jeunes des « leçons de morale », et encore moins des « consignes de vote infantilisantes ». Son rôle, ajoute-t-il, est ailleurs : donner aux étudiants les moyens de voter en connaissance de cause, de décrypter le monde, d’acquérir « le sens de la nuance et de l’exigence, le goût du doute et du contradictoire ». Une conception de l’université qui résonne singulièrement à l’approche d’une présidentielle où la mobilisation des jeunes constituera l’un des enjeux du scrutin.
Rendez-vous le 6 octobre
La prochaine étape est déjà fixée. Le 6 octobre seront dévoilées les dix propositions retenues dans le cadre de Jeunesse 2027, après avoir été soumises à un panel représentatif de 3 000 jeunes Français. Éric Berton termine son intervention par l’histoire d’une étudiante à laquelle il demandait quel métier elle souhaitait exercer. Elle lui répond qu’elle veut « travailler sur des solutions pour la transition écologique ». En fait, signale-t-il : « Je lui demandais ce qu’elle voulait faire. Elle, me répondait ce qu’elle voulait apporter. » Pour le président d’Aix-Marseille Université, toute la différence est là. Une jeunesse moins préoccupée par la place qu’elle occupera que par celle qu’elle entend prendre dans la construction du monde qui vient. Et une université qui entend lui en donner les moyens.
Astrophysicien de renommée internationale, Kartik Sheth est spécialiste de la formation et de l’évolution des galaxies, de la formation des étoiles et du milieu interstellaire. Ses travaux l’ont notamment conduit à utiliser les observations des télescopes spatiaux Hubble, Spitzer et James Webb ainsi que celles de grands radiotélescopes. Après près de vingt ans de carrière académique, il rejoint l’administration américaine et exerce pendant une dizaine d’années des responsabilités scientifiques de premier plan. À la NASA, il travaille sur l’astrophysique et les sciences de la Terre et devient directeur scientifique adjoint (Deputy Chief Scientist). Il a également travaillé à la Maison-Blanche, notamment à l’Office of Science and Technology Policy et à l’Office of Management and Budget.
Son parcours bascule en mars 2025 lorsque la NASA supprime l’Office of the Chief Scientist ainsi que l’Office of Technology, Policy and Strategy. Kartik Sheth se tourne alors vers la France et les dispositifs Safe Place for Science et Choose France for Science afin de poursuivre ses recherches. Il rejoint en 2026 Aix-Marseille Université et le Laboratoire d’Astrophysique de Marseille (LAM), où il doit notamment développer une équipe de jeunes chercheurs et renforcer les collaborations scientifiques internationales. À l’occasion de la rentrée solennelle d’Aix-Marseille Université, Éric Berton lui a remis la médaille de l’Université, une distinction qui vient aussi symboliser la politique d’accueil des chercheurs défendue par AMU à travers Safe Place for Science.
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