Publié le 10 septembre 2026 à 8h15 - Dernière mise à jour le 10 septembre 2026 à 8h15
Jusqu’au 13 septembre, Perpignan est la capitale mondiale du photojournalisme. Pour sa 38e édition, « Visa pour l’Image » propose 27 expositions gratuites réparties dans les lieux emblématiques de la ville. Le festival documente les fractures et les évolutions du monde. Une édition particulière, marquée par la disparition de son fondateur et directeur historique, Jean-François Leroy.

Un acte de résistance
« Visa pour l’image » est un acte de résistance à l’heure du tout numérique et du virtuel. Le thème de cette édition, « Le réel contre-attaque », résonne comme un cri d’alarme et un acte de foi. Alors que l’œil humain est saturé de contenus fabriqués par des algorithmes, le travail des photojournalistes apporte une vérité fondamentale : celle du terrain, du réel, avec ses risques et son éthique. À travers ces 27 expositions, le festival donne à voir autant de fragments d’un monde traversé par les guerres, les crises et les mutations sociales.
Le contenu et l’esthétique
Qu’il s’agisse de documenter l’effondrement du Soudan, les zones de mort en Ukraine ou les ravages du « kush » en Sierra Leone, les photographes ne livrent pas seulement des documents. Leur présence physique, souvent risquée, est une manière de refuser la désincarnation du monde, de donner de la chair à l’image. Les photojournalistes témoignent du chaos contemporain, mais font aussi surgir une esthétique au milieu des ruines et de la poussière. Ils parviennent à composer des cadres d’une grande force plastique. La lumière crue des zones de conflit sculpte les corps et les décombres.
Brisés par le « kush »

Gaël Turine est allé en Sierra Leone et au Liberia pour voir les ravages du « kush », cette nouvelle drogue synthétique bon marché qui frappe la jeunesse de l’Afrique de l’Ouest. Certaines molécules peuvent être jusqu’à 20 fois plus puissantes que le fentanyl. L’addiction est fulgurante. Le photojournaliste associe contenu émotionnel et esthétique forte. Des milliers de jeunes errent, corps et vies brisés, dans les rues de Freetown et Monrovia ou dans les cimetières transformés en QG. Certains documents sont de véritables tableaux où la composition et la lumière disent tout le drame généré par cette drogue.
Kostiantynivka

Depuis plusieurs années, l’Ukraine est présente à Perpignan. Tyler Hicks, du New York Times, a vécu dans cette ville assiégée par l’armée russe, dans l’est de l’Ukraine. Les bombardements incessants, les frappes de missiles, de drones et d’artillerie ont réduit une grande partie de la ville à l’état de ruines. Sur les 67 000 habitants, 2 000 y vivent, ou plutôt y survivent encore. Tyler Hicks montre la fragilité de la vie face à la violence automatisée des drones.
Des fillettes vendues

Élise Blanchard nous conduit dans la province reculée de Badghis, en Afghanistan. Ici, loin des regards, les fillettes sont devenues une monnaie d’échange pour la survie de familles confrontées aux sécheresses répétées. Certaines sont vendues en mariage de plus en plus jeunes : à 13 ans, parfois à 4 ans, voire dès l’âge de 2 ans. Dès l’adolescence, elles sont parfois déjà épouses et mères, privées de toute éducation et souvent victimes de violences conjugales. Élise Blanchard documente avec pudeur le drame de ces fillettes qui connaissent leur triste avenir dès l’enfance.
Mariages virtuels au Japon

On se frotte les yeux en découvrant l’étrangeté du sujet traité par Jérôme Gence. Il aborde de manière intimiste et décalée les mutations de nos sociétés modernes : l’histoire de femmes et d’hommes qui choisissent, avec tambours et trompettes, d’épouser des personnages de fiction, principalement issus de mangas ou de jeux vidéo. 15 000 euros la cérémonie. Ces mariages virtuels questionnent nos sociétés, la solitude voulue ou subie, la transformation du couple et la notion même de famille.
Une exposition exceptionnelle

Pour la première fois, Raymond Depardon fait partie des invités de « Visa pour l’image ». Étonnamment, l’un des photojournalistes et cinéastes français les plus importants de sa génération n’avait encore jamais participé au festival de Perpignan. Cofondateur de l’agence Gamma avant de rejoindre Magnum, Raymond Depardon a photographié pendant des décennies l’actualité internationale et nationale. Une sélection inédite de photographies emblématiques balaie plusieurs décennies d’actualité. Un regard précieux et singulier. Son écriture visuelle refuse le sensationnel. Il pratique une « distance juste », avec une simplicité du cadre qui laisse toute sa place à la dignité humaine. Une exposition majeure à ne pas manquer.
Reportage Joël BARCY
Festival « Visa pour l’image » jusqu’au 13 septembre à Perpignan. Entrée gratuite.



