Terrorisme. L’ONU alerte sur la montée en puissance de Daech en Afrique

Publié le 6 août 2026 à 21h27 - Dernière mise à jour le 6 août 2026 à 21h27

Malgré les revers militaires subis en Irak et en Syrie, l’organisation État islamique reste une menace majeure pour la sécurité internationale. Devant le Conseil de sécurité, les Nations unies ont alerté sur le déplacement du centre de gravité du groupe vers l’Afrique, où plusieurs de ses branches gagnent en puissance, tout en s’appuyant de plus en plus sur les nouvelles technologies.

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© Hagay Sobol

Les campagnes militaires menées ces dernières années contre l’organisation État islamique (Daech) ont considérablement affaibli son commandement central. Pour autant, la menace est loin d’avoir disparu. C’est le constat dressé mercredi devant le Conseil de sécurité des Nations unies par les responsables du Bureau de lutte contre le terrorisme (UNOCT) et de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (CTED). « Malgré les efforts internationaux, Daech continue de poser une grave menace à la paix et à la sécurité internationales », a rappelé Oguljeren Niyazberdiyeva, intervenant au nom du chef par intérim de l’UNOCT, Alexandre Zouev.

L’Afrique devient le principal foyer de Daech

Selon le dernier rapport du Secrétaire général des Nations unies, Daech a profondément modifié son organisation. Affaibli au Moyen-Orient, le groupe fonctionne désormais comme un réseau de filiales régionales disposant d’une large autonomie opérationnelle. Cette évolution profite particulièrement au continent africain. Le Sahel et le bassin du lac Tchad sont aujourd’hui identifiés comme les principaux foyers d’expansion du groupe. La Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) est désormais considérée comme la branche la plus active de Daech dans le monde. Les Nations unies soulignent qu’elle renforce continuellement ses capacités militaires et utilise de plus en plus des drones commerciaux pour la surveillance et certaines opérations.

En République démocratique du Congo et au Mozambique, les groupes affiliés poursuivent également leurs offensives malgré les opérations conduites par les armées nationales et les forces régionales. Ils continuent parallèlement à recruter de nouveaux combattants et à renforcer leur implantation locale. Pour l’ONU, ces développements illustrent la capacité de Daech à tirer parti des conflits prolongés, des fragilités institutionnelles et des difficultés économiques pour étendre son influence.

La Syrie et l’Afghanistan restent sous surveillance

Si l’Afrique concentre désormais les principales inquiétudes, le Moyen-Orient et l’Asie demeurent des zones sensibles. En Syrie, les Nations unies s’inquiètent des conséquences de la fermeture du camp d’Al-Hol, dont plusieurs milliers d’anciens résidents ne sont plus localisés. Cette dispersion pourrait favoriser la reconstitution de réseaux liés à Daech. En Irak, les autorités ont fortement réduit les capacités opérationnelles du groupe, mais l’ONU estime que ces progrès devront être consolidés grâce au renforcement des institutions, de la justice et des programmes de réinsertion. En Afghanistan, la branche État islamique au Khorasan (EI-K) conserve, selon le rapport, une capacité à inspirer ou soutenir des attentats au-delà des frontières afghanes.

L’intelligence artificielle, les drones et les cryptomonnaies

L’autre sujet majeur d’inquiétude concerne l’adaptation technologique de l’organisation. Le rapport souligne que Daech exploite désormais l’intelligence artificielle, les plateformes numériques, les communications chiffrées, les actifs virtuels et les drones afin de moderniser sa propagande, son recrutement, son financement et la préparation de ses opérations. Pour les Nations unies, cette évolution impose de renforcer la coopération internationale mais aussi le dialogue avec les entreprises technologiques afin de limiter le détournement de ces outils. Les responsables onusiens rappellent toutefois que ces mêmes technologies peuvent également devenir des instruments efficaces de prévention et de lutte contre le terrorisme lorsqu’elles sont utilisées dans le respect du droit international.

La radicalisation passe aussi par Internet

Devant le Conseil de sécurité, Carmen G. Cantor, directrice exécutive adjointe du Comité contre le terrorisme, a également mis en garde contre l’émergence d’un véritable « écosystème » numérique au service des organisations terroristes. Selon elle, les réseaux sociaux, les plateformes de jeux en ligne et les messageries chiffrées sont désormais utilisés pour diffuser la propagande, recruter de nouveaux membres et collecter des financements. Face à une menace devenue plus diffuse, plus technologique et plus transnationale, les Nations unies appellent les États à maintenir une coopération étroite, combinant sécurité, prévention, développement et respect des droits humains.

Anna CHAIRMANN

 

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