Publié le 24 août 2026 à 18h39 - Dernière mise à jour le 24 août 2026 à 18h39
Pour découvrir l’exposition consacrée à Martine Barrat à l’Espace Van Gogh, il faut patienter. Un quart d’heure avant l’ouverture, une file se constitue déjà. Martine Barrat est une artiste au destin hors norme. Elle a arpenté pendant des décennies les rues, les clubs, les appartements et les communautés de New York et de Paris. Ses photographies, faites de sensibilité et de mouvement, impriment la rétine. Les Rencontres d’Arles lui offrent aujourd’hui une reconnaissance qu’elle n’a connue que par intermittence.

Une artiste multicarte
Née à Oran, âgée de 93 ans, la Française vit toujours au mythique Chelsea Hotel à Manhattan. Elle quitte sa ville natale à 15 ans, rejoint la Suède puis Paris avant de s’installer à New York, ville qu’elle ne quittera plus. Elle n’est pas née photographe. Elle a d’abord été danseuse, comédienne, metteuse en scène, vidéaste, avant de se tourner vers la photographie argentique et de partir, appareil en main, à la rencontre de ceux qui deviendront ses sujets.
Le rythme de la rue


Son passé de danseuse se retrouve dans sa manière de photographier. Chez Martine Barrat, le mouvement n’est pas seulement ce que l’on voit : c’est aussi une façon de regarder. Ses clichés sont traversés par le rythme, la gestuelle, l’énergie des corps. Dans le South Bronx, à Harlem ou à la Goutte d’Or, elle est au cœur de l’action. Elle ne photographie pas depuis l’extérieur : elle se déplace avec ceux qu’elle photographie, improvise, saisit un geste, un regard, une attitude. Ses images ont cette force rare de donner l’impression que le mouvement continue au-delà du cadre.
« Soul of the city »


Le titre de l’exposition, « Soul of the city », résume bien son travail. Martine Barrat n’est pas seulement une photographe sociale. Sa manière de cadrer et de se positionner révèle que la photographie ne consiste pas uniquement à montrer une réalité, mais à prendre part à une expérience commune. Entre elle et ses sujets, il y a une proximité, une confiance, une complicité. Elle est acceptée, parfois comme une amie, parfois comme quelqu’un de la famille. C’est cette relation qui donne à ses images leur caractère si particulier : une photographie de la complicité plutôt que de la distance.
Le corps comme outil

Chez Martine Barrat, le corps est à la fois un outil de résistance et un espace de beauté. Ses sujets ne sont jamais réduits à leur marginalité ou à leur vulnérabilité. Ils apparaissent comme des personnes capables d’affirmer leur présence, leur énergie et leur liberté. Danser, boxer, poser ou simplement occuper l’espace devient une manière de s’approprier son corps et son environnement. La beauté que révèle la photographe n’est jamais idéalisée. Elle naît de la spontanéité des gestes, de la force des regards et de la confiance qui unit la photographe à ceux qu’elle accompagne.
Le corps photographié devient ainsi un lieu d’affirmation individuelle et collective. Et cette liberté des corps fait écho à la propre trajectoire de Barrat, artiste en mouvement, toujours passée d’un pays, d’un métier et d’un univers à l’autre, sans jamais se laisser enfermer dans une catégorie.
Un demi-siècle de photos

Le public ne s’y est pas trompé. En se rendant massivement voir « Soul of the city », il découvre une œuvre qui traverse un demi-siècle sans avoir perdu son énergie. Martine Barrat a toujours refusé de rentrer dans les classifications et de se plier aux lois du marché de l’art. Elle a préféré vivre en marge des grands récits de la photographie pour construire, au fil des rencontres, une œuvre à la fois intime, politique et expérimentale. Ses photographies racontent finalement autant ceux qu’elle a accompagnés que celle qui les a photographiés. Une femme rebelle, libre, en mouvement, qui a fait de la proximité avec les autres une manière de regarder le monde. Les Rencontres d’Arles lui offrent enfin une place à la hauteur de cette œuvre singulière.
Reportage Joël BARCY
les Rencontres de la photographie d’Arles Martine Barrat, « Soul of the city », Espace Van Gogh, de 9h30 à 19h30, jusqu’au 4 octobre.





