Chronique littéraire de Jean-Rémi Barland. « Le pays des étés » de Pierre Adrian : la mémoire de ceux qui ne reviendront plus

Publié le 3 septembre 2026 à 8h08 - Dernière mise à jour le 3 septembre 2026 à 8h08

Avec « Le pays des étés », Pierre Adrian prolonge en quelque sorte « Que reviennent ceux qui sont loin ». La mort d’une grand-mère, une maison de famille dont il faut se séparer, les étés d’autrefois et ceux qui ne reviendront plus nourrissent un roman sur la mémoire et le temps qui passe. Pierre Adrian le présentera le 24 septembre aux Correspondances de Manosque, lors d’une rencontre avec Marius Loris Rodionof animée par Élodie Karaki.

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Pierre Adrian © Francesca Mantovani/Gallimard

Élégance d’un style débarrassé de tout poncif et de tout pathos, émotion à chaque page, écriture presque panthéiste lorsqu’il s’agit de décrire les lieux traversés par les personnages : « Le pays des étés », qui prolonge en quelque sorte le bouleversant « Que reviennent ceux qui sont loin », publié par Pierre Adrian en 2022, éblouit et serre la gorge.

On y retrouve certains membres d’un cercle familial uni et l’atmosphère, nimbée de nostalgie, d’un monde qui se termine. Il y a chez Pierre Adrian du Michel Déon dans cette manière de décrire sa Bretagne traversée par les vents, baignée de soleils parfois trompeurs. Avec, pour témoin fidèle et silencieux, le chien Victor, « gai, bon, d’une fidélité admirable, toujours content, enthousiaste ». Sa présence apaisante console et sèche les larmes. Comme dans « Un taxi mauve », où Grouse, le setter irlandais du narrateur, se lie d’amitié avec Pack, le labrador de Jerry, permettant ainsi la naissance d’une relation fraternelle entre les deux hommes. De la peine, il y en avait en cascades de larmes à la fin de « Que reviennent ceux qui sont loin ». Il y en aura aussi dès le début du « Pays des étés », puisqu’on apprend que « Grand-mère mourut avant l’été », s’éteignant doucement, entourée des siens, au terme d’une longue vie. Reste alors cette immense maison de famille, celle des vacances et des étés partagés, qui sera vendue avant qu’un fait divers dramatique ne la laisse en cendres.

« On ne choisit pas de se séparer d’une maison ; on le fait pour que la vie continue »

Cette maison familiale où tout le monde se retrouvait l’été, où l’on riait et où l’on traînait le soir, Pierre Adrian lui confère une âme. « Certaines maisons existent aussi parce qu’une personne vous y réunit », écrit-il. Quand cette personne disparaît et que le souvenir devient la seule raison d’être de la maison, les murs finissent par empêcher de vivre. Alors, lorsqu’elle sera vendue, l’auteur-narrateur -dont on devine qu’il a mis beaucoup de sa propre histoire dans ce texte incandescent-  écrira : « On ne choisit pas de se séparer d’une maison ; on le fait pour que la vie continue. »

Et puis il y a le souvenir du petit Jean. « Mais bien sûr qu’il faut parler de Jean », affirme la cousine de Pierre. Avant d’ajouter : « Si on arrête de parler de Jean, il mourra définitivement. » Il y a encore tante Yvonne, que « l’aide-soignante avait retrouvée sans vie dans son fauteuil, un matin, sous ses couvertures ». Comment ne pas être bouleversé ? Avec cette étrange impression de connaître, nous aussi, ceux qui sont partis loin et qui ne reviendront plus. Peut-être parce que chacun peut retrouver dans ces pages quelque chose de ses propres disparus, de ses maisons perdues et de ces moments dont on comprend, souvent trop tard, qu’ils furent heureux. Mais on partage également les joies du narrateur lorsqu’il décrit ce pays qui fut celui de son bonheur.

« Le mois d’août est mémoire »

Jamais sinistre, le roman de Pierre Adrian fait de la mémoire une matière vivante. « Ces souvenirs, je les raconte parce que sans eux l’été n’existerait pas », écrit-il. « Le pays des étés » s’impose ainsi comme un grand livre de la fraternité et de la transmission. Il offre également des épisodes extrêmement romanesques, loin de toute contemplation permanente, avec même un suspense né du trouble provoqué par les nouveaux habitants de la Grande Maison. « Les souvenirs aussi disparaissent, c’est vrai, mais ils ne vieillissent pas », conclut Pierre Adrian, évoquant les ronces encerclant les arbustes, les massifs d’hortensias fanés et les pluies d’automne qui ont nourri la terre, tandis que l’herbe haute envahit peu à peu la pelouse. La maison disparaît, les êtres s’en vont, les étés passent. Restent les souvenirs et les mots pour empêcher qu’ils ne s’effacent tout à fait.

Vous avez dit « chef-d’œuvre » ? On confirme.

Jean-Rémi BARLAND

« Le pays des étés » de Pierre Adrian – Gallimard – 180 pages – 19 €.

Pierre Adrian sera l’invité des Correspondances de Manosque le 24 septembre à 16 h 30, lors d’une rencontre avec Marius Loris Rodionof animée par Élodie Karaki.

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