Publié le 15 septembre 2026 à 19h36 - Dernière mise à jour le 15 septembre 2026 à 19h36
« Scandale d’État », « pandémie pure et simple de prostitution » : l’avocat marseillais Michel Amas dénonce depuis plusieurs années avec véhémence la prostitution des enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Reportages, rapports administratifs et parlementaires, témoignages, plaintes… ont documenté un phénomène particulièrement préoccupant à Marseille. À moins de deux semaines des élections sénatoriales et alors que se profile déjà la présidentielle de 2027, le dossier entre désormais dans le champ politique avec un signalement au procureur de la République effectué par quatre élus du Rassemblement national.

Le RN porte le dossier devant la justice
Quatre élus RN ont décidé d’effectuer un signalement collectif, au titre de l’article 40, alinéa 2 du code de procédure pénale, afin de porter à la connaissance du procureur de la République des faits présumés d’exploitation sexuelle et de prostitution de mineurs ainsi que d’éventuelles carences dans leur protection au sein des foyers de l’Aide sociale à l’enfance.
C’est une rencontre, en juillet dernier, avec Michel Amas qui a conduit les élus à engager cette démarche. L’avocat marseillais leur a présenté le dossier sur lequel il alerte depuis plusieurs années. Un document de quatre pages a depuis été adressé au procureur. Le conseiller départemental Cédric Dudieuzère estime qu’« un placement, ce n’est pas seulement un changement d’adresse mais une promesse de protection faite par la République à un enfant ». Sa collègue Monique Griseti, députée RN, considère que « le boulot des élus, c’est d’essayer de trouver des solutions pour arrêter cela ».
« J’ai joué les Perry Mason »
Pour tenter de vérifier les propos de Michel Amas, le conseiller municipal RN Samuel Ben-Hamou s’est lui-même mué en enquêteur aux abords de plusieurs foyers. « J’ai joué les Perry Mason, je suis allé moi-même sur place, je me suis posté devant quelques centres et j’ai pu voir des jeunes filles très apprêtées, de grosses berlines ou de petits véhicules. J’ai vu des hommes venir les chercher. » Ces observations ont conforté les élus dans leur décision de saisir la justice. Elles ne peuvent toutefois, à elles seules, établir l’existence de faits de prostitution. Il appartiendra au parquet de déterminer la réalité et l’éventuelle qualification pénale des faits signalés.
Fermer les foyers à 21 heures ?
Les élus RN avancent plusieurs pistes pour tenter de limiter la prostitution des mineurs, à commencer par la fermeture des foyers en début de soirée. « Nous allons demander au maire de Marseille de fermer les établissements la nuit à partir de 21 heures et que ce dispositif soit étendu à la Métropole et au Département. » Une solution qui peut paraître simple mais dont l’application l’est beaucoup moins. Un foyer de l’Aide sociale à l’enfance n’est pas un lieu de détention et les adolescents qui y sont accueillis ne peuvent être maintenus de force dans les locaux. Les professionnels doivent par ailleurs composer avec les fugues, les addictions et des situations psychologiques et sociales particulièrement complexes, dans un secteur qui manque déjà d’éducateurs spécialisés.
Le parti réclame également une meilleure prise en charge psychiatrique des mineurs concernés, mais les dispositifs de pédopsychiatrie sont eux-mêmes confrontés à une forte saturation. Les pistes avancées se heurtent ainsi rapidement à la réalité du terrain et à une question plus difficile : avec quels moyens humains, éducatifs et sanitaires protéger effectivement ces jeunes de l’emprise des réseaux ?
800 mineurs concernés dans les Bouches-du-Rhône ?
Dans les Bouches-du-Rhône, environ 800 mineurs accueillis dans les foyers de l’ASE se prostitueraient, selon plusieurs sources concordantes . Un chiffre considérable qui reste une estimation et dont le RN demande précisément à la justice de mesurer la réalité. Le parti demande ainsi au procureur « d’enquêter pour mesurer l’ampleur réelle de cette prostitution, si les autorités compétentes en avaient connaissance, si des signalements ont été opérés et si des actions concrètes ont été menées », indique Gisèle Lelouis, députée RN.
En effectuant ce signalement, le Rassemblement national espère que la justice se saisira du dossier, alors que des plaintes visant notamment l’État et le Conseil départemental ont déjà été déposées ces dernières années. À quelques jours des sénatoriales, le RN donne ainsi une dimension politique supplémentaire à un dossier jusqu’alors principalement porté sur les terrains judiciaire, associatif et institutionnel. Mais au-delà du calendrier électoral et des propositions avancées demeure la question essentielle : comment protéger réellement des enfants que la République a précisément placés sous sa responsabilité ?
Reportage Joël BARCY
Sollicité par Destimed, le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône n’a pas répondu à notre demande d’interview au moment de la rédaction de cet article.



