Aix-Marseille Université. Humains et animaux : quatre jours pour repenser une « aventure commune »

Publié le 14 septembre 2026 à 16h45 - Dernière mise à jour le 14 septembre 2026 à 16h45

Et si parler des animaux était aussi une manière de parler de nous ? Du 15 au 18 septembre, le Festival des Sciences et des Arts d’Aix Marseille Université investit Aix-en-Provence, Arles, Aubagne et Marseille autour d’une question : « Humain / Animal. Une aventure commune ? ». Droit des animaux, émotions, expérimentation scientifique, préhistoire, biodiversité marine, zoonoses, place de l’animal dans la famille ou dans la ville, mais aussi racisme et antisémitisme : plus de 120 intervenants et 70 événements croiseront sciences, sciences humaines et arts pour explorer une relation devenue l’un des grands enjeux de société.

Destimed Festival AMU 2026

L’animal, ce miroir tendu à l’être humain

Compagnon de vie pour les uns, ressource économique pour les autres, objet de recherche, espèce sauvage à protéger, menace parfois désignée lors des crises sanitaires : notre rapport à l’animal est pétri de contradictions. C’est précisément dans cet espace que le Festival des Sciences et des Arts d’Aix Marseille Université a choisi d’installer sa septième édition.

L’ambition dépasse largement la question du bien-être animal. Il s’agit de confronter les connaissances et les représentations, de la domestication à l’élevage, de la chasse aux pratiques sportives, mais également de comprendre comment les animaux façonnent nos paysages, nos économies et nos cultures. Littérature, cinéma, théâtre, arts visuels, éthologie ou génétique viennent compléter ce regard sur un animal tour à tour compagnon, symbole, objet de peur, être vulnérable ou vivant capable de communiquer.

Cette interrogation est aussi juridique. La reconnaissance croissante de l’animal et l’évolution de son statut posent désormais la question de sa place dans la famille et de la responsabilité des humains à son égard. Elles font également apparaître les différences considérables de traitement entre les espèces, selon leur utilisation, leur valeur économique ou le lien affectif que nous entretenons avec elles.

C’est à la Faculté de droit d’Aix-en-Provence que cette question ouvrira notamment le festival, mardi 15 septembre. Tables rondes et consultations juridiques seront consacrées à la place croissante de l’animal dans le droit. Olivier Le Bot, professeur de droit public à AMU et responsable du diplôme universitaire en droit de l’animal, participera à ces échanges. La place de l’animal dans la recherche sera également abordée avec Sophie Chauvet, vice-présidente déléguée sciences et biologie d’AMU, et le vétérinaire Ivan Balansard, du Bureau Éthique et Modèles Animaux du CNRS et président du GIRCOR.

De l’émotion animale à « One Health »

Mercredi 16 septembre, Aix-en-Provence accueillera une journée où sciences et arts se répondront. Au 3 bis f, la création artistique sera confrontée à notre relation à l’animal. Sur le campus Schuman, au Cube et au Théâtre Vitez, ateliers d’écriture, lectures, danse, tables rondes et spectacle permettront d’explorer les représentations que nous construisons autour des animaux. La pièce « Garder » mettra notamment en scène la relation entre un berger et son chien.

L’éthologue Pascal Carlier, du Laboratoire Population Environnement Développement (AMU-IRD), abordera les comportements et les émotions animales, tandis que Thierry Tatoni, professeur en écologie à AMU, chercheur à l’IMBE et membre de l’Académie des sciences, lettres et arts de Marseille, interviendra autour de l’approche « One Health », « une seule santé ».

Cette notion prend une place particulière dans un festival qui refuse précisément de séparer les destins humains, animaux et environnementaux. L’observation des migrations, des comportements et de la vulnérabilité des espèces peut renseigner sur les transformations des milieux, tandis que l’expérimentation animale oblige la recherche à questionner la nécessité de ses protocoles, la réduction de la souffrance et le développement de méthodes alternatives.

À Marseille, de la grotte Cosquer aux espèces marines

Jeudi 17 septembre, le festival s’installera à Marseille. Pour la première fois, Cosquer Méditerranée accueillera une matinée consacrée aux hybridités entre l’humain et l’animal, de la préhistoire à aujourd’hui. Le préhistorien Jean-Pierre Bracco, professeur à AMU et chercheur au Laboratoire méditerranéen de Préhistoire Europe-Afrique, reviendra notamment sur la relation entre humains et animaux dans les sociétés préhistoriques.

Le regard se déplacera ensuite vers la Méditerranée. Au Mucem, collections, rencontres, projections et théâtre permettront d’aborder la préservation de la faune marine et la raréfaction des espèces. Jean-Christophe Milliat, secrétaire général de Longitude 181 et responsable du programme Voil’Océan, évoquera la protection des baleines et des cétacés. Daniela Bănaru, chercheuse en biologie marine et maîtresse de conférences à AMU au sein de l’Institut méditerranéen d’océanologie, abordera les conséquences de la surpêche et du réchauffement climatique en Méditerranée.

Quand l’animal sert à déshumaniser l’autre

La dernière journée, vendredi 18 septembre à Marseille, aborde un versant beaucoup plus sombre de cette relation. L’animal n’est plus seulement celui que l’homme protège, exploite ou côtoie : il peut devenir l’instrument d’une violence exercée contre d’autres êtres humains.

Le festival s’intéressera ainsi à la comparaison des humains avec des animaux dans les discours racistes et antisémites. Les historiens Mathias Dreyfuss, Stéphane Mourlane et Delphine Peiretti-Courtis analyseront ces mécanismes de déshumanisation. Alors même que l’animal bénéficie d’une reconnaissance croissante, les représentations animales peuvent continuer à être utilisées pour désigner et dégrader des groupes humains.

Autre frontière mise à mal : celle de la santé. Marine Combe, Marion Di Ciaccio et Manon Lounnas interviendront sur la transmission des maladies des animaux aux humains et les enjeux liés aux zoonoses. La place nouvelle des animaux dans les familles sera étudiée par Coline Reille ; Emilie Dardenne interrogera la possibilité de prendre en compte leur propre point de vue ; la philosophe Joëlle Zask s’intéressera à la place de l’animal dans la ville, notamment à Marseille. Enfin, l’historien Pierre-Olivier Dittmar posera une question qui résume peut-être tout le festival : depuis quand avons-nous séparé les humains des animaux ?

Sciences et arts pour décloisonner les savoirs

Créé en 2019 sous le nom de Festival Jeu de l’Oie, à l’initiative de Maryline Crivello, vice-présidente du conseil d’administration d’AMU chargée de la stratégie interdisciplinaire, le Festival des Sciences et des Arts revendique précisément ce décloisonnement. Recherche scientifique, sciences humaines et sociales et création artistique ne sont pas juxtaposées : le principe consiste à les faire dialoguer pour aborder des questions qu’aucune discipline ne peut épuiser seule.

Après « La mer comme avenir » en 2022, « Se nourrir en Méditerranée » en 2023, « Corps-à-corps » en 2024 et « Science et croyances » en 2025, cette édition consacrée à l’humain et à l’animal poursuit cette démarche. L’édition 2025 avait accueilli plus de 6 000 participants autour d’une soixantaine de propositions.

Cette année, Arles rejoint pour la première fois le festival avec, dès le 15 septembre, une journée autour de l’oiseau et du patrimoine camarguais. La manifestation s’achèvera vendredi soir sur le toit-terrasse du Mucem avec un « Apéro Mundi » consacré à « l’invention de l’animal », suivi de « L’Oiseau de feu » de Stravinsky interprété par le saxophoniste Lionel Martin.

Patricia CAIRE

L’ensemble du festival est gratuit et ouvert à tous  – Plus d’info  : festival-sciences-arts.univ-amu.fr

 

 

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