Organisation météorologique mondiale . Les réserves d’eau douce de la planète s’épuisent

Publié le 18 septembre 2026 à 7h14 - Dernière mise à jour le 18 septembre 2026 à 7h14

Le dérèglement du cycle de l’eau n’est plus une anomalie passagère. Débits des fleuves en baisse, nappes phréatiques qui reculent, glaciers qui fondent et réserves terrestres qui diminuent depuis une décennie. Dans son dernier rapport sur l’état des ressources en eau mondiales, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) avertit que les pays doivent désormais apprendre à vivre avec des conditions hydrologiques profondément modifiées.

Pour la septième année consécutive, les cours d’eau présentant des débits proches de la normale sont restés minoritaires ©Destimed/RP
Pour la septième année consécutive, les cours d’eau présentant des débits proches de la normale sont restés minoritaires ©Destimed/RP

« Il ne s’agit pas d’une simple mauvaise année, mais d’un signal persistant depuis une décennie. » L’avertissement lancé par Celeste Saulo, Secrétaire générale de l’Organisation météorologique mondiale, résume l’ampleur du changement observé. L’année 2025 a été l’une des plus sèches de ces 35 dernières années pour les débits fluviaux à l’échelle mondiale. Sur 36 % de la superficie des bassins fluviaux de la planète, les débits ont été inférieurs à la normale. Et, pour la septième année consécutive, les cours d’eau présentant des débits proches de la normale sont restés minoritaires. Pour l’OMM, ces données témoignent d’un cycle de l’eau devenu plus irrégulier et plus difficile à prévoir. « Les événements extrêmes liés à l’eau continuent de dévaster les communautés et les économies », souligne Celeste Saulo.

Le « compte d’épargne » de la planète se vide

L’image employée par la responsable de l’OMM est parlante. Les nappes phréatiques, glaciers, lacs, neige et humidité des sols constituent en quelque sorte le « compte d’épargne » en eau douce de la planète. Des réserves qui permettent traditionnellement d’amortir les périodes de sécheresse et d’éviter qu’une mauvaise saison ne se transforme immédiatement en crise.

Mais ce capital diminue. Selon l’OMM, le stockage terrestre de l’eau recule depuis environ 2014-2016 et les niveaux des nappes phréatiques baissent dans de nombreuses régions. En 2025, près des deux tiers des puits d’eau souterraine surveillés se situaient en dehors de leur fourchette normale, avec une tendance davantage orientée vers le déficit que vers la reconstitution des réserves. La situation n’est toutefois pas uniforme. Certaines régions d’Amérique du Sud ont connu une reprise partielle après plusieurs années de déficit hydrique. En Afrique centrale et australe, plusieurs grands lacs ont également conservé des niveaux d’eau nettement supérieurs à la normale.

408 milliards de tonnes de glace perdues en un an

La situation des glaciers constitue un autre signal majeur. Pour la quatrième année consécutive, les 19 grandes régions glaciaires observées dans le monde ont toutes perdu de la glace. En 2025 seulement, quelque 408 gigatonnes, soit 408 milliards de tonnes de glace, ont disparu. Entre 2023 et 2025, les pertes cumulées atteignent environ 1 400 gigatonnes. Cela représente, selon l’OMM, l’équivalent d’environ un tiers de l’eau douce prélevée dans le monde pendant une année.

En Asie centrale, en Islande, dans l’Arctique russe ainsi que dans l’Ouest du Canada et des États-Unis, 2025 se classe parmi les trois plus mauvaises années jamais enregistrées. La disparition progressive des glaciers pose un problème qui dépasse largement l’élévation du niveau des mers. Dans certaines régions où ils sont plus petits, notamment en Europe centrale, dans le Caucase et dans l’Ouest de l’Amérique du Nord, le « pic hydrique » pourrait déjà avoir été franchi.

Une fois ce seuil dépassé, explique Wayne Jenkinson, directeur de l’hydrologie et de la cryosphère à l’OMM, « le glacier fournit chaque année moins d’eau de fonte, tout simplement parce qu’il reste moins de glace à fondre ». Avec des conséquences directes pour les populations situées en aval qui dépendent de cette ressource durant les périodes chaudes et sèches.

La disparition complète des glaciers n’est cependant pas considérée comme inéluctable. « Une certaine perte de glaciers est inévitable, mais leur disparition totale ne l’est pas encore », rappelle Narelle van der Wel, responsable à l’OMM de la surveillance, des prévisions et des services relatifs à la cryosphère. La réduction des émissions reste déterminante pour limiter les pertes futures.

Les références du passé ne suffisent plus

L’OMM ne fait pas du changement climatique l’unique responsable des évolutions constatées. La pression croissante exercée par les activités humaines sur les ressources en eau et la variabilité naturelle participent également au phénomène. Mais une conséquence s’impose déjà aux États. Les références historiques sur lesquelles ils ont longtemps fondé la gestion de l’eau deviennent de moins en moins pertinentes pour prévoir l’avenir. « La situation d’il y a 30 ans n’est plus celle d’aujourd’hui », insiste Wayne Jenkinson. Les gouvernements doivent donc se préparer à des transformations qui ne relèvent plus seulement de projections futures mais « sont en réalité déjà là ».

L’inégalité devant ces bouleversements est également considérable. Au cours des cinq dernières années, l’Asie et l’Afrique ont concentré au moins la moitié des événements extrêmes liés à l’eau recensés dans le monde et plus de 80 % des décès qui leur sont associés. Or ces deux continents figurent toujours parmi ceux où les lacunes dans les observations hydrologiques sont les plus importantes.

Des progrès ont néanmoins été accomplis. Alors que seuls sept pays et 14 stations fournissaient leurs données lors de la première édition du rapport il y a cinq ans, ils sont aujourd’hui 52 pays et plus de 3 100 stations de mesure des débits fluviaux.

S’adapter à un monde où l’eau devient moins prévisible

L’enjeu n’est donc plus seulement de constater le changement mais de pouvoir l’anticiper. L’OMM appelle à renforcer les réseaux de surveillance, à améliorer le partage international des données et à développer les systèmes d’alerte précoce. La récente catastrophe survenue à la frontière entre la Chine et le Népal, mêlant éboulement rocheux et effondrement glaciaire, illustre la complexité croissante de ces phénomènes combinés et la difficulté à prévoir leurs conséquences. Car les bouleversements hydrologiques ignorent les frontières politiques. « L’eau ne connaît pas de frontières », rappelle Celeste Saulo. D’où, selon elle, la nécessité de disposer « de données partagées, de normes communes et d’alertes précoces partagées ». À mesure que les réserves qui permettaient jusqu’ici d’amortir les crises s’amenuisent, la question n’est donc plus seulement de savoir comment préserver l’eau. Elle est aussi de savoir comment adapter les sociétés à un monde où sa disponibilité devient plus incertaine.

Anna CHAIRMANN avec ONU Info

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