(FR/EN) Brussels This Week par Harry Tuinder. Le budget à long terme de l’Union européenne sous pression

Publié le 13 octobre 2026 à 12h08 - Dernière mise à jour le 13 octobre 2026 à 12h08

Bruxelles n’est pas seulement le siège des institutions européennes. C’est aussi le lieu où se confrontent les ambitions, les intérêts et les contradictions d’une Europe en perpétuelle construction. Avec « Brussels This Week », Harry Tuinder nous invite chaque semaine à regarder l’actualité européenne autrement, à comprendre ce qui se joue derrière les décisions et à interroger les choix qui dessinent notre avenir. Une chronique libre, au plus près de l’Europe et de ses réalités.

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Le budget européen 2028-2034 au cœur des négociations entre les États membres et les institutions de l’Union européenne. (Illustration générée par IA)

Depuis 1988, l’Union européenne fonctionne avec des budgets à long terme, appelés cadres financiers pluriannuels (CFP). Ces CFP sont préparés et proposés par la Commission européenne et font l’objet d’une décision du Parlement européen, qui peut les approuver ou les rejeter, et du Conseil, qui statue à l’unanimité.

Négociations sur le prochain CFP

Les discussions sur le prochain CFP, qui couvrira la période 2028-2034, sont en cours et s’accélèrent sous l’actuelle présidence irlandaise de l’Union. La Commission européenne a présenté sa proposition en juillet de l’année dernière. Elle s’élève à près de 2 000 milliards d’euros, soit moins de 1,3 % du revenu national brut estimé des États membres sur cette période, et représente une augmentation proposée de 40 % en termes réels par rapport au CFP actuel.

À la suite de cette proposition, les discussions ont commencé au sein du Conseil de l’Union européenne et du Parlement européen, qui devront s’accorder sur le budget définitif et le décider. Le Parlement européen propose d’augmenter le budget de 10 %, ce qui représenterait environ 2 010 milliards d’euros en valeur courante, tandis que certains États membres au sein du Conseil, les pays dits « frugaux » -l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède, le Danemark et la Finlande-  demandent des réductions de plusieurs centaines de milliards d’euros par rapport au budget proposé. Ces pays frugaux sont des contributeurs nets au budget de l’Union européenne, tout comme la France, l’Italie, l’Espagne et l’Irlande.

Costa cherche un terrain d’entente

Le président du Conseil, António Costa, ancien Premier ministre du Portugal, a effectué une tournée des capitales des États membres afin de construire une position commune de négociation pour le Conseil, avant que les discussions avec le Parlement européen et la Commission, appelées « trilogue », puissent commencer. Cette position commune doit être discutée lors du prochain sommet du Conseil, en octobre de cette année. Le défi auquel il est confronté est de parvenir à un éventuel compromis avec le Parlement européen et les États membres. Lorsqu’il a consulté les capitales sur les réductions possibles du budget proposé par la Commission, il est apparu clairement que les positions étaient très divisées : certains souhaitent des réductions dans l’ensemble des programmes et activités proposés, car tous les États membres sont confrontés à des problèmes budgétaires nationaux, tandis que d’autres souhaitent des réductions uniquement dans certains programmes spécifiques, tels que les fonds régionaux et de cohésion ou la politique agricole. Cette dernière option rencontrerait une forte opposition des États membres de l’Est et du Sud.

De nouvelles recettes européennes sur la table

En outre, la proposition de la Commission européenne comprend de nouvelles taxes européennes sur le tabac, le système européen d’échange de quotas d’émission (ETS) pour les grandes installations industrielles et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) pour les marchandises importées dans l’Union européenne. Ces nouvelles ressources propres faciliteraient les discussions sur le montant des contributions que les États membres doivent apporter au budget, mais elles rencontrent l’opposition de nombreux États membres.

Une course contre la montre

Il semble très peu probable que le Conseil parvienne à une position commune en octobre et que le dialogue trilatéral avec le Parlement européen et la Commission européenne puisse commencer cette année. Le retard dans les discussions budgétaires compliquera l’adoption en 2027, car les positions des États membres seront fortement influencées par les élections nationales en France, en Italie, en Pologne et en Espagne, où les partis eurosceptiques devraient prendre davantage d’importance.

Pourquoi cet accord est important

Il est à espérer que le prochain budget du CFP puisse faire l’objet d’un accord au niveau politique entre le Conseil et le Parlement avant la fin de cette année, ce qui permettrait au CFP d’être formellement adopté en 2027. Cela éviterait des interruptions dans les activités de l’Union lors de l’entrée en vigueur du prochain CFP et enverrait un signal politique fort indiquant que l’Union européenne est prête à relever des défis stratégiques croissants tels que la compétitivité, les migrations, le changement climatique, l’intelligence artificielle et les technologies quantiques, la sécurité, la défense et l’élargissement, tout en continuant à soutenir les priorités actuelles telles que le développement régional, l’innovation et le soutien à l’agriculture.

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Harry Tuinder est un expert international en droit et en politiques publiques, fort de plus de 25 ans d’expérience au sein de la Commission européenne, avec une spécialisation dans la coopération scientifique européenne et internationale. Il a été le premier conseiller juridique de l’Organisation internationale ITER pour l’énergie de fusion et a dirigé l’équipe de négociation de la Commission européenne chargée de la rédaction de l’Accord ITER, un accord international majeur encadrant la recherche mondiale sur l’énergie de fusion. Il a également été secrétaire exécutif du European Centre for Space Law à l’Agence spatiale européenne et membre associé du corps professoral de l’International Space University à Strasbourg. Il a enseigné le droit spatial et le droit des télécommunications dans des universités et instituts aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Autriche, en Suède, en Allemagne, en Thaïlande, en France, au Chili et au Canada.

 

🇬🇧 English version

What is really being decided in Brussels? Behind the European Commission’s announcements, negotiations between Member States and debates in the European Parliament lie decisions that will shape our future. With « Brussels This Week », Harry Tuinder, a former senior EU official, offers a weekly analysis of European Union affairs, exploring the issues at stake, the contradictions and the balance of power. An independent and insightful perspective, informed by more than twenty-five years of experience at the heart of the European institutions.

Brussels This Week by Harry Tuinder. EU long-term budget under pressure

Since 1988, the EU has been functioning with long-term budgets, known as Multiannual Financial Frameworks (MFFs). These MFFs are prepared and proposed by the European Commission and decided by the European Parliament, which can approve or reject them, and by the Council, which decides by unanimity.

Negotiations on the next MFF

The discussions on the next MFF, which will run from 2028 to 2034, are ongoing and are accelerating under the current Irish Presidency of the Union. The European Commission presented its proposal in July last year. It amounts to almost EUR 2 trillion, or less than 1.3% of the estimated gross national income of Member States over that period, and represents a proposed increase of 40% in real terms compared with the current MFF. Following that proposal, discussions started within the EU Council and the European Parliament, which will have to agree on and decide the final budget.

The European Parliament proposes to increase the budget by 10%, which would represent around EUR 2,010 billion in current terms, while some Member States in the Council, the so-called “frugal countries” -Germany, the Netherlands, Austria, Sweden, Denmark and Finland- are asking for cuts of hundreds of billions of euros to the proposed budget. These frugal countries are net contributors to the EU budget, together with France, Italy, Spain and Ireland.

Costa seeks common ground

The president of the Council, Antonio Costa, former Prime Minister of Portugal, has toured the capitals of the Member States in order to build a common negotiation position for the Council before discussions with the European Parliament and the Commission, the so-called trialogue, can start. This common position is to be discussed at the next Council summit in October this year.

The challenge he faces is how to reach a possible compromise with the European Parliament and the Member States. When he consulted the capitals on possible cuts to the Commission’s proposed budget, it became clear that the positions are very divided: from cuts across all proposed programmes and activities, because all Member States are facing national budget issues, to cuts only in some specific programmes such as regional and cohesion funds or agricultural policy. The latter would be strongly opposed by the eastern and southern Member States.

New EU revenues on the table

In addition, the European Commission’s proposal includes new European taxes on tobacco, the European Emissions Trading System (ETS) for large industrial installations and the Carbon Border Adjustment Mechanism (CBAM) for goods imported into the EU. These new own resources would ease the discussions on the size of the contributions to be made by Member States to the budget, but they are opposed by many Member States.

A race against the clock

It seems very unlikely that the Council will reach a common position in October and that the trilateral dialogue with the European Parliament and the European Commission can start this year. The delay in the budget discussions will complicate adoption in 2027, as the positions of the Member States will be strongly influenced by national elections in France, Italy, Poland and Spain, where Eurosceptic parties are expected to become more important.

Why the agreement matters

It is hoped that the next MFF budget can be agreed at political level between the Council and Parliament before the end of this year, which would allow the MFF to be formally adopted in 2027. This would avoid gaps in Union activities when the next MFF starts and would send a strong political signal that the EU is ready to face increasing strategic challenges such as competitiveness, migration, climate change, artificial intelligence and quantum technologies, security, defence and enlargement, while continuing to support current priorities such as regional development, innovation and agricultural support.

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Harry Tuinder is an international legal and policy expert with over 25 years of experience at the European Commission, specializing in European and international scientific cooperation. He served as the first Legal Advisor to the ITER International Fusion Energy Organisation and led the European Commission’s negotiating team in drafting the ITER Agreement, a major international agreement governing global fusion energy research. He also served as Executive Secretary of the European Centre for Space Law at the European Space Agency and has been an Associate Faculty member of the International Space University in Strasbourg. He has lectured on space and telecommunications law at universities and institutes in the Netherlands, the United States, Austria, Sweden, Germany, Thailand, France, Chile, and Canada.

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