Violences du 17 octobre. Sébastien Lecornu durcit la réponse sécuritaire et tente de contenir la crise sociale

Publié le 19 octobre 2026 à 19h55 - Dernière mise à jour le 19 octobre 2026 à 19h55

Après les violences et les pillages qui ont frappé plusieurs villes françaises, dont Marseille, Sébastien Lecornu a présenté ce lundi 19 octobre les premières mesures arrêtées par le gouvernement. Couvre-feux ciblés, poursuites judiciaires renforcées, chômage partiel pris en charge à 100 % et fonds de soutien aux commerçants constituent l’essentiel de la réponse immédiate. Mais le Premier ministre va plus loin en accusant l’ultragauche de vouloir déstabiliser le pays jusqu’à l’élection présidentielle de 2027. Une affirmation lourde de conséquences politiques, qui soulève déjà des interrogations.

Des couvre-feux ciblés plutôt qu’un état d’urgence

À l’issue d’une cellule interministérielle de crise, Sébastien Lecornu a annoncé avoir demandé aux préfets de mettre en place, dès ce lundi soir, des couvre-feux partiels et localisés. Il leur revient de déterminer les périmètres concernés, en concertation avec les maires et les chambres de commerce et d’industrie. Le Premier ministre justifie cette décision par la concentration des violences dans certains centres urbains. « Le désordre s’est organisé de manière complètement inédite », explique-t-il, tout en soulignant que les couvre-feux pourront être « très localisés ». Quant à l’état d’urgence, il n’est pas exclu, mais ne constitue pas, pour l’heure, l’option retenue. Sébastien Lecornu le considère comme un dispositif lourd, auquel le gouvernement pourrait recourir si la situation l’exigeait. Cette distinction est importante. Le gouvernement cherche à afficher sa fermeté sans donner le sentiment que l’ensemble du territoire serait plongé dans une situation insurrectionnelle. Reste à savoir si des mesures territorialisées suffiront à prévenir de nouveaux débordements.

Une réponse pénale massive et des enquêtes qui se poursuivront après les violences

Le chef du gouvernement promet une réponse judiciaire d’ampleur, évoquant un taux de poursuites de « pratiquement 80 % » parmi les personnes placées en garde à vue. Il précise que les deux tiers des personnes concernées sont majeures et qu’il s’agit très majoritairement d’hommes. Les investigations ne se limiteront pas aux arrestations effectuées pendant les violences. Les enquêteurs exploiteront les images de vidéosurveillance et celles diffusées sur les réseaux sociaux pour identifier les auteurs de pillages et de dégradations. Sébastien Lecornu cite notamment la mobilisation de près de 200 enquêteurs dans le ressort de la préfecture de police de Paris. De nouveaux dispositifs doivent également permettre aux citoyens de transmettre des éléments utiles aux investigations. Le gouvernement entend par ailleurs faire supporter aux auteurs condamnés le coût des dégradations. Le Premier ministre évoque notamment un projet de loi permettant, sous certaines conditions, de saisir des prestations sociales pour contribuer à la réparation des dommages. Cette volonté de faire payer les responsables s’ajoute aux mécanismes de responsabilité civile existants. Elle devra cependant respecter les garanties judiciaires et les règles applicables aux ressources des personnes condamnées.

Chômage partiel à 100 % et fonds de soutien pour les commerçants

Sur le terrain économique, Sébastien Lecornu veut éviter que les pillages ne provoquent une seconde crise, celle de l’emploi. « Il n’est pas question qu’il y ait de la casse sociale dans cette affaire après avoir connu la casse tout court », affirme-t-il. Le Premier ministre annonce le déclenchement, dès mardi 20 octobre, d’un dispositif exceptionnel de chômage partiel avec une prise en charge annoncée à 100 %, par instruction ministérielle, sans attendre les délais habituels. Il insiste sur la rapidité de la décision : « On ne va pas le faire à 70 %, on le fait tout de suite à 100 %. » Cette annonce devra être précisée pour déterminer exactement ce que couvre ce taux, notamment pour les employeurs et les salariés. Le gouvernement prévoit également un fonds de soutien spécifique aux commerces sinistrés. Sébastien Lecornu privilégie une aide adaptée aux situations individuelles, sans écarter à ce stade les aménagements fiscaux et sociaux. L’urgence est notamment celle de la trésorerie. De nombreux commerçants ont déjà constitué leurs stocks pour les fêtes de fin d’année. Les pertes ne se limitent donc pas aux vitrines brisées ou aux marchandises volées : elles peuvent compromettre plusieurs semaines d’activité et fragiliser durablement les entreprises. « Pas question de paumer la saison », lance le Premier ministre.

Serge Papin, ministre du Commerce et des PME, estime qu’au moins 3 000 commerces ont été touchés à l’échelle nationale. Il évoque également des possibilités de report de charges fiscales et sociales, dont les modalités doivent encore être arrêtées. Enfin, le gouvernement souhaite accélérer les expertises des assurances et favoriser le versement rapide d’acomptes aux professionnels sinistrés.

Ces mesures répondent à une urgence réelle. Mais leur efficacité dépendra de leur rapidité de mise en œuvre, de leur accessibilité aux petites entreprises et du montant des aides effectivement mobilisées.

L’ultragauche accusée de vouloir perturber la présidentielle

C’est sur le terrain politique que Sébastien Lecornu tient ses propos les plus sensibles. Le Premier ministre affirme disposer d’informations selon lesquelles des groupes d’ultragauche chercheraient à entretenir un désordre durable jusqu’à l’élection présidentielle de 2027. « Il y a toute une nébuleuse qui même peut s’activer pour remettre en cause le calendrier même de l’élection présidentielle et la tenue de l’élection présidentielle », affirme-t-il. Il annonce une réunion avec Laurent Nuñez et les services de renseignement pour examiner ces menaces, notamment sous l’angle de la sécurité des candidats et des meetings électoraux. Mais cette accusation appelle une distinction essentielle entre les renseignements invoqués par le gouvernement et les éléments judiciaires actuellement établis. La procureure de la République de Paris, Laure Beccuau, a indiqué ce lundi ne pas pouvoir confirmer que les personnes interpellées appartiennent à l’ultragauche. Certaines gardent le silence et ne revendiquent aucune appartenance politique. Jean-Luc Mélenchon a également contesté les accusations du Premier ministre, lui demandant de les étayer.

Laurent Nuñez conforté, la doctrine du maintien de l’ordre en question

Alors que Laurent Nuñez a proposé sa démission, refusée par Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu réaffirme sa confiance dans son ministre de l’Intérieur. « Est-ce que Laurent Nuñez a ma confiance ? Oui, sinon il ne serait plus à côté de moi », déclare le Premier ministre. Il reconnaît cependant que les opérations de maintien de l’ordre peuvent comporter des réussites comme des défaillances. Le ministre annonce de son côté un renforcement des effectifs de police et de gendarmerie, notamment en prévision du prochain week-end.

Sébastien Lecornu souhaite ouvrir une réflexion avec les formations politiques sur la doctrine du maintien de l’ordre, tout en dénonçant les mises en cause générales des policiers et des gendarmes. Cette question trouve un écho particulier à Marseille, où le maire Benoît Payan conteste les choix opérationnels effectués le 17 octobre. Il demande notamment des explications sur les ordres donnés aux forces de sécurité et leur répartition sur le terrain. La discussion ne peut donc se limiter au nombre de policiers mobilisés. Elle porte également sur les priorités fixées aux unités, la protection des commerces et la capacité à distinguer les manifestants pacifiques des auteurs de violences.

Une réponse à la violence, mais quelle réponse à la colère sociale ?

Sébastien Lecornu insiste sur la nécessité de préserver la liberté de manifester. Il reconnaît que de nombreux participants aux mobilisations du 17 octobre ont défilé pacifiquement et souhaite engager des discussions avec les organisations syndicales, qui ont annoncé une nouvelle manifestation pour le 5 novembre. « Beaucoup de gens ont manifesté dans le calme, il faut le redire quand même, samedi dernier », reconnaît-il. Il entend également réunir les formations politiques afin d’aborder la sécurité de la campagne présidentielle et l’évolution éventuelle des pratiques de maintien de l’ordre.

Mais une question demeure. Si les annonces gouvernementales répondent aux violences et à leurs conséquences économiques, elles apportent peu d’éléments nouveaux sur les revendications sociales qui ont motivé la mobilisation initiale, notamment le pouvoir d’achat et le coût de la vie. La distinction entre manifestants et casseurs, rappelée par le Premier ministre lui-même, doit aussi se retrouver dans la réponse politique. Car rétablir l’ordre et répondre au mécontentement social sont deux exigences différentes. La première appelle des décisions immédiates. La seconde suppose un dialogue et des réponses de fond. En annonçant des mesures de sécurité, des sanctions et des aides économiques, Sébastien Lecornu entend reprendre la maîtrise d’une situation qui a mis l’État en difficulté. Reste à savoir si cette stratégie permettra également d’éviter que les violences ne relèguent durablement au second plan les raisons de la colère exprimée dans la rue.

Patricia CAIRE 

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