Marseille pillée. Entretien avec Marie-Pierre Cartier : « Des dizaines de commerces ne se relèveront pas… » 

Publié le 20 octobre 2026 à 12h35 - Dernière mise à jour le 20 octobre 2026 à 12h35

Réunion de crise ce lundi en préfecture autour des commerces sinistrés. Toutes les institutions et les acteurs du monde économique étaient présents. « On a senti un vrai soutien, une vraie mobilisation, estime Marie-Pierre Cartier, présidente de l’association Commerces positifs, mais des dizaines de commerces ne se relèveront pas. » Entretien.

Destimed cartier
Marie-Pierre Cartier, présidente de l’association Commerces positifs, alerte sur les conséquences économiques des pillages pour les commerçants marseillais.

Vous sentez une vraie solidarité après ces pillages ?

Oui, et elle provient déjà des Marseillais. Certains sont venus spontanément donner un coup de main aux commerçants vandalisés pour nettoyer, remettre en état ce qui peut l’être. Lors de la réunion en préfecture, on a vu aussi une mobilisation des institutions et des grandes entreprises autour des commerces. Une cellule psychologique et un numéro vert ont été mis en place.

Combien de commerces ont été touchés par ce saccage à Marseille ?

Aujourd’hui, on recense 500 commerces impactés, dont 317 totalement pillés, où il ne reste plus rien à vendre. Pour l’hypercentre, cela représente environ un commerce sur trois.

Dans l’immédiat, que faut-il mettre en place ?

La priorité, c’est la sécurisation des commerces. Il faut mettre en place des patrouilles pour rassurer les commerçants qui ont été traumatisés par ces pillages. Ensuite, il faudra que les aides arrivent vite.

En juillet 2023, des jours de pillages avaient suivi la mort de Nahel à Nanterre. Marseille n’avait pas été épargnée. Trois ans après, c’est à nouveau le chaos.

On a vécu quelque chose de terrible. La situation est bien pire qu’en 2023. Il y a eu plus de violences, plus de magasins pillés. Les émeutiers ont souvent tout saccagé, pris les caméras de surveillance, les ordinateurs, toutes les collections, les montres, les bijoux, les chaussures de sport… Ils ont tout emporté.

Ces pillages tombent mal, à deux mois de Noël.

C’est là le drame. Des boutiques ne pourront pas refaire leurs collections d’ici les fêtes. C’est trop tard. Or, les pillards n’ont souvent strictement rien laissé. Ces commerçants ne pourront réaliser aucun chiffre d’affaires, sans compter le coût de la remise en état. Je vous rappelle que Noël représente en moyenne 30 % du chiffre d’affaires annuel pour la majorité des commerçants.

Certains risquent de mettre la clé sous la porte ?

Plusieurs dizaines de commerçants ne se relèveront pas d’un tel chaos, faute d’avoir des produits à vendre, et devront se résoudre à fermer boutique. Et le problème sera plus large. Des boutiques fermées ont un impact sur la fréquentation globale des commerces et des services. Les gens iront moins chez le coiffeur ou au restaurant, faute de trouver des magasins où acheter des vêtements, des chaussures ou des bijoux.

Il va falloir impérativement un plan d’urgence ?

Oui, il faut que des aides soient rapidement débloquées pour venir en aide aux sinistrés et limiter la casse.

Propos recueillis par Joël BARCY

Articles similaires