Marseille. Retour sur un conseil municipal électrisé par le rapport de la chambre régionale des comptes

Publié le 20 octobre 2026 à 17h32 - Dernière mise à jour le 20 octobre 2026 à 17h33

Le conseil municipal de Marseille, réuni vendredi 16 octobre, a été marqué par de vives tensions autour du rapport de la chambre régionale des comptes consacré aux finances et à la gestion de la Ville. Tandis que l’opposition dénonçait les insuffisances relevées par les magistrats, Benoît Payan défendait ses choix politiques et les progrès accomplis depuis 2020. La subvention à SOS Méditerranée et le doublement de la taxation des logements vacants ont également alimenté les échanges.

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Le conseil municipal de Marseille, réuni vendredi 16 octobre, a été marqué par de vifs échanges entre la majorité et l’opposition, notamment autour du rapport de la chambre régionale des comptes (Photo Joël Barcy)

La gestion municipale au cœur de la controverse

Avec 167 rapports inscrits à l’ordre du jour, les conseillers municipaux avaient une séance particulièrement chargée. Mais, seuls quelques dossiers ont véritablement provoqué des passes d’armes entre la majorité et l’opposition. Parmi eux, le rapport consacré aux observations de la Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’Azur, aura concentré une bonne partie des tensions. Le document, qui porte sur les exercices 2018 et suivants, couvre la fin de la municipalité de Jean-Claude Gaudin et les premières années du Printemps marseillais. Il pointe plusieurs faiblesses dans le fonctionnement de la collectivité : une progression importante des dépenses de personnel, un absentéisme élevé, des insuffisances dans la fiabilité des comptes et une stratégie financière jugée peu lisible.

Une gestion municipale qui divise

Des constats qui ont fourni à l’opposition l’occasion de demander des comptes à la majorité. Le conseiller municipal RN Thibaut Charpentier a repris plusieurs observations des magistrats financiers, notamment sur l’absentéisme, le contrôle interne et les orientations budgétaires. « Ces mots ne sont pas ceux de l’opposition, ce sont ceux des magistrats financiers », a-t-il insisté, avant de résumer son appréciation de la situation municipale : « La Ville est mal gérée. » L’intervention de Romain Simmarano, élu du groupe Droite et Centre, a porté sur la gestion des ressources humaines de la collectivité. L’élu ne conteste pas le recrutement de policiers municipaux ou le renforcement des effectifs dans les crèches et les écoles. Il dénonce, en revanche, le recours à des chargés de mission et à des chargés de projets au sein de l’administration municipale. Selon lui, certaines de ces fonctions, parfois bien rémunérées, pourraient faire doublon avec celles de fonctionnaires déjà présents. Une critique qui porte donc moins sur le nombre global d’agents que sur l’organisation des services et l’utilisation des moyens humains. Romain Simmarano a également évoqué les insuffisances en matière d’investissement et de déontologie, considérant que les observations de la chambre régionale des comptes devaient permettre à la municipalité d’améliorer sa gestion.

Benoît Payan refuse que les magistrats dictent ses choix politiques

Le maire de Marseille n’a pas contesté l’existence des observations formulées par les magistrats financiers, mais leur appréciation de l’action conduite depuis 2020. Il regrette que le rapport n’ait pas suffisamment pris en considération les progrès accomplis par sa municipalité et la situation héritée de l’ancienne majorité. Après avoir souligné une différence d’appréciation entre le rapport intégral et sa synthèse, qu’il juge plus sévère, le maire a défendu avec vigueur la liberté de décision des élus. « Moi, je n’accepterai jamais qu’un magistrat de la Chambre décide des politiques. Jamais », a-t-il lancé, avant d’ajouter que cela pouvait déplaire, mais qu’il assumait pleinement cette position. Le maire marque ainsi une distinction entre le contrôle de la gestion municipale, qui relève de la mission de la chambre, et les choix politiques, qui appartiennent aux élus. Il met notamment en avant les investissements engagés pour la rénovation des écoles et le renforcement des moyens de sécurité. Il souligne aussi les difficultés financières que représentent, selon lui, les concours insuffisants de la Métropole Aix-Marseille-Provence et du Département des Bouches-du-Rhône. Benoît Payan insiste également sur la diminution du nombre de recommandations formulées par les magistrats, passées de 28 lors du précédent contrôle à sept aujourd’hui. Il y voit le signe d’une amélioration de la gestion municipale et s’engage à mettre en œuvre ces sept recommandations.

SOS Méditerranée, la solidarité au cœur d’une nouvelle passe d’armes

Autre sujet de discorde, la subvention de 130 000 euros à l’association SOS Méditerranée a provoqué une confrontation entre la majorité municipale et le Rassemblement national. Blaise Rosato, conseiller municipal RN, a contesté la priorité accordée à cette aide, estimant que la municipalité devait d’abord répondre aux besoins des Marseillais. « Derrière chaque chiffre, il y a un visage. Une mère, un père, un enfant », a-t-il déclaré, avant d’interroger la majorité sur ses choix budgétaires. « Est-ce que nous avons vraiment fait tout ce que nous devions faire pour ceux qui vivent ici, à côté de nous ? » Benoît Payan lui a répondu en défendant les actions de solidarité engagées par la Ville, notamment en direction des associations et des familles confrontées à la précarité. « Mais, M. Rosato, vous appartenez à un groupe qui a voté contre systématiquement toutes les délibérations qui justement aidaient les Marseillaises et les Marseillais », a répliqué le maire. Derrière le débat sur le montant de la subvention, c’est une conception de la solidarité qui s’est invitée dans l’hémicycle : doit-elle se limiter au territoire communal ou peut-elle également s’exercer au-delà de ses frontières ?

Logements vacants : doublement de la taxe

Autre décision importante de ce conseil municipal, la Ville a adopté une hausse de la taxation des logements vacants, également contestée par le Rassemblement national. Selon les chiffres évoqués au cours de la séance, quelque 15 000 logements seraient concernés à Marseille. Audrey Garino, adjointe au maire chargée du logement, a présenté cette évolution fiscale rendue possible par la loi de finances pour 2026. « La taxe passera à 30 % de la valeur locative annuelle du bien pour la première année d’imposition, contre 17 % actuellement. À partir de la deuxième année, le taux atteindra 60 %, contre 34 % jusqu’à présent.» Cette augmentation doit s’appliquer à compter du 1er janvier 2027. Par cette mesure, la municipalité entend inciter les propriétaires à remettre leurs logements sur le marché, dans une ville où les difficultés d’accès au logement demeurent considérables. La décision s’inscrit dans un plan plus large de lutte contre la vacance immobilière, qui prévoit notamment un meilleur recensement des logements concernés, l’accompagnement des propriétaires et des actions contre l’habitat indigne. Dans une ville où les difficultés d’accès au logement restent particulièrement fortes, cette augmentation de la pression fiscale constitue un choix politique significatif. Son efficacité dépendra néanmoins du nombre de logements effectivement remis en location et de la capacité à distinguer les biens volontairement laissés vacants de ceux dont la remise en état nécessite des travaux importants.

Logement social et pouvoir d’achat également au programme

Le conseil municipal a également adopté plusieurs délibérations concernant les copropriétés dégradées, notamment les conventions relatives aux opérations de requalification d’intérêt national visant quatre ensembles immobiliers dans les 14e et 15e arrondissements. Des garanties d’emprunt ont été approuvées pour accompagner plus de 120 logements dans différents quartiers de Marseille. Enfin, à l’occasion des vacances de la Toussaint, la Ville reconduit la gratuité des piscines, des musées municipaux et des espaces de glace et de glisse du Palais omnisports Marseille Grand Est pour les enfants de moins de 12 ans, en l’étendant à un accompagnateur par enfant.

Reportage Joël BARCY et Patricia CAIRE

 

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