Région Sud. François de Canson entre urgences, souveraineté économique et finances sous tension

Publié le 22 octobre 2026 à 21h16 - Dernière mise à jour le 22 octobre 2026 à 21h16

En amont  de la séance plénière qui se tiendra ce vendredi 23 octobre, François de Canson a détaillé les grandes orientations de sa présidence et les décisions qui seront soumises au vote des élus régionaux. Lycées, soutien aux commerçants victimes des pillages, souveraineté économique, santé, transports et finances publiques composent une feuille de route ambitieuse, mais déjà confrontée à la réalité des contraintes budgétaires. Mais au-delà des annonces, le nouveau président de la Région Sud affiche sa méthode, son caractère et ses convictions. « Je ne suis pas venu pour faire de l’intérim », prévient-il. Le décor est planté.

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François de Canson, président de la Région Sud, détaille ses priorités et affiche sa volonté d’imprimer sa marque à la tête de l’exécutif régional. (Photo Patricia Caire)

Dix jours après son élection à la présidence de Provence-Alpes-Côte d’Azur, François de Canson a déjà dû affronter plusieurs crises. La mobilisation lycéenne, les violences et les pillages du 17 octobre à Marseille, puis les intempéries meurtrières qui ont frappé le Sud-Est, ont bouleversé son entrée en fonction. « Il vaut mieux avoir tout dans les trois premières semaines », glisse-t-il avec humour. Mais il entend surtout montrer que la Région sait répondre aux urgences sans renoncer à ses ambitions. « Ma méthode, vous l’avez compris : l’écoute, le dialogue, les résultats. »

Vingt-huit rapports figurent à l’ordre du jour de la plénière. Ils traduisent les priorités annoncées lors de son investiture, avec une place importante accordée à la souveraineté économique, à la santé et à l’adaptation au changement climatique. Le président revendique aussi une manière de gouverner directement inspirée de son expérience de maire. « Moi, je ne suis pas un élu de stature nationale. Je suis un élu qui a grandi dans les territoires. »

Marseille. Un fonds de solidarité qui pourrait atteindre 12 millions d’euros

Les violences du 17 octobre constituent l’une des premières urgences auxquelles la Région a dû répondre. François de Canson décrit une situation d’une exceptionnelle gravité, avec des commerces dévastés et des professionnels qui ont parfois perdu en quelques heures le fruit de plusieurs années de travail. « Du jamais vu. De l’inadmissible, de l’incompréhension. »

Dès le lendemain des événements, il s’est rendu dans le centre-ville de Marseille avec le préfet, les représentants consulaires et les associations de commerçants. « Je crains beaucoup pour le centre-ville de Marseille. Je crains beaucoup pour l’avenir du centre-ville de Marseille. »

Une enveloppe de 5 M€ doit être soumise au vote de l’assemblée régionale. Elle permettra d’accorder jusqu’à 10 000 euros par commerce touché, pour réparer les locaux, reconstituer les stocks ou améliorer la protection des établissements. D’autres partenaires devraient rejoindre le dispositif. Le Département des Bouches-du-Rhône prévoit, selon François de Canson, une participation de 5 M€. La Métropole Aix-Marseille-Provence pourrait apporter un million supplémentaire et CMA CGM envisage également une contribution d’un million d’euros. Le fonds pourrait ainsi atteindre 12 millions d’euros, sous réserve de la confirmation de ces engagements.

Un guichet unique doit faciliter l’accès aux aides. La Région mobilisera également Sud Garantie pour les besoins de financement et Sud Prévention pour accompagner les entreprises en difficulté. « On répare, on aide, on apporte de la dynamique et on fait en sorte que les commerces puissent rouvrir le plus vite possible. Même si ce sera extrêmement dur. » À l’approche des fêtes de fin d’année, la reconstitution des stocks représente un enjeu majeur. CMA CGM pourrait apporter un soutien logistique aux commerçants confrontés à des difficultés de transport ou d’approvisionnement.

Les aides municipales de 2023. De Canson annonce l’arrêt du contentieux

La question des aides versées par la ville de Marseille après les émeutes de 2023 a donné lieu à une clarification importante. À l’époque, la municipalité avait mobilisé 2 M€ pour soutenir les commerces touchés. La Région avait contesté le dispositif devant la justice administrative, au nom de sa compétence économique. Alors que la procédure est toujours en cours et que le rapporteur public s’est prononcé en faveur d’une annulation, François de Canson annonce qu’il ne souhaite pas poursuivre le contentieux. « Bien évidemment, nous n’irons pas au bout de la démarche. Et bien évidemment, nous ne demanderons pas aux commerçants de rembourser. Au contraire, nous allons renforcer nos aides pour que les commerçants puissent se redresser. »

Le président réaffirme cependant la compétence régionale en matière de développement économique et invite les autres collectivités à s’associer aux dispositifs pilotés par la Région. Cette position marque une inflexion dans les relations institutionnelles autour du soutien aux commerçants. Ses conséquences juridiques devront toutefois être précisées.

Maintien de l’ordre

François de Canson ne cache pas ses interrogations sur l’anticipation des violences du 17 octobre. Selon les éléments qu’il rapporte, la mobilisation avait initialement été évaluée à 7 000 personnes. Elle aurait finalement rassemblé entre 20 000 et 30 000 manifestants, une estimation qu’il présente lui-même avec prudence. Le début des rassemblements, plus précoce que prévu, aurait également compliqué le déploiement des forces de sécurité. « Je pense que le renseignement n’a pas transmis la bonne information ou elle n’a pas été bien interprétée. » Il rend hommage aux policiers et aux gendarmes mobilisés, mais estime que l’ampleur des événements a dépassé les prévisions.

« Ils ont été submergés »

Le président considère également que certains pillages révèlent une préparation et une organisation. Il appelle l’État à renforcer sa réponse, tout en distinguant les manifestations déclarées et encadrées des rassemblements non autorisés. « Je dis ça suffit. C’est inadmissible. Chacun doit prendre ses responsabilités. » Il redoute les conséquences d’une nouvelle flambée de violences, notamment pour les commerçants qui ont déjà subi plusieurs épisodes de dégradations depuis 2023. La Région se dit également prête à financer le remplacement des équipements de vidéoprotection endommagés dans les communes.

La visite de Laurent Nuñez suscite son agacement

François de Canson ne cache pas son mécontentement concernant les conditions de la venue à Marseille du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, après les pillages du 17 octobre. Il regrette que celui-ci n’ait pas rencontré l’ensemble des acteurs institutionnels et économiques mobilisés pour venir en aide aux commerçants sinistrés. Une cinquantaine de représentants des collectivités et du monde économique avaient notamment participé à une réunion organisée à l’Hôtel de Région, avec une intervention en visioconférence du ministre chargé du Commerce, Serge Papin. « Quand on fait un déplacement ministériel, la correction, c’est de parler à tout le monde », estime François de Canson, qui ne dissimule pas son agacement devant les conditions de cette visite. Il reconnaît les difficultés d’organisation liées à la crise, mais considère que les représentants des collectivités et du monde économique auraient dû être associés plus largement. « Je trouve que c’est une erreur. »

Sur ses relations avec Benoît Payan, le président de région revendique le dialogue institutionnel, sans confusion politique. « Je parle à tout le monde, mais parler à tout le monde ne veut pas dire partager. »

Lycées. Six millions d’euros pour l’urgence, dix millions contre la chaleur

La crise lycéenne a constitué le premier dossier majeur de cette présidence. La Région est responsable de 174 lycées, qui accueillent 160 000 élèves et emploient 4 000 agents régionaux. François de Canson rappelle que les premières revendications portaient principalement sur les emplois du temps, les enseignants absents et Parcoursup. Mais la question de l’état des bâtiments a rapidement pris une place importante. Il a donc lancé une plateforme de signalement, « Allô Lycées », pour recueillir directement les observations des élèves et des personnels. En moins d’une semaine, 600 contributions auraient été enregistrées. Selon le président, la moitié des signalements concernerait essentiellement trois lycées, tandis que l’autre moitié porterait principalement sur les problèmes de chaleur. « Moi, je veux comprendre. Je veux savoir. L’argent public a un sens si on sait où il va, comment il est utilisé et ce qui se passe derrière. » Une enveloppe de 6 M€ est annoncée pour les interventions urgentes. Dix millions d’euros supplémentaires doivent être consacrés à l’adaptation des établissements aux fortes températures d’ici la fin de l’année. Trois millions sont déjà ciblés sur une cinquantaine de lycées et sept millions supplémentaires doivent être proposés lors de la session de décembre.

François de Canson veut notamment permettre à chaque établissement de disposer d’un espace climatisé. À plus long terme, il annonce 1,9 milliard d’euros d’investissements d’ici 2035. Mais les chiffres de l’investissement régional dans les lycées ont suscité des interrogations, notamment en raison des montants différents communiqués selon les documents et des comparaisons avec les autres régions. François de Canson invoque les différences entre dépenses de fonctionnement et d’investissement ainsi que les particularités des périmètres régionaux. Il reconnaît cependant qu’il reste du retard à combler. « On a rattrapé le retard, mais on ne peut pas tout rattraper en un coup de baguette magique. » Il défend le bilan de la majorité régionale depuis 2016 et salue le travail des agents qui ont protégé les établissements pendant les événements. Sur les dégradations, il annonce le dépôt de plaintes et la mise à disposition de la justice de 10 000 heures de travaux d’intérêt général. Il souhaite également que les jeunes sanctionnés pour des dégradations ne puissent plus bénéficier de certaines aides régionales. La question de la transmission des identités reste toutefois à résoudre. « On va les demander à l’Éducation nationale. Si le parquet ne peut pas les donner, peut-être que l’Éducation nationale pourra nous les transmettre. »

Souveraineté économique. Le fonds régional passe à la vitesse supérieure

Parmi les 28 rapports présentés à la plénière, la souveraineté économique occupe une place centrale. François de Canson propose de porter de 2 à 5 millions d’euros le plafond d’intervention du fonds souverain régional pour les projets stratégiques. « J’ai jugé que c’était un petit peu insuffisant. J’ai souhaité qu’on puisse porter à 5 millions l’engagement sur les projets. » Une enveloppe de 25 millions d’euros est déjà identifiée pour accompagner les entreprises souhaitant s’implanter ou se développer en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La séance doit également adopter la feuille de route de l’Opération d’intérêt régional Défense. Le président cite l’exemple de Naval Group à La Londe-les-Maures, avec un investissement industriel annoncé de 140 millions d’euros et 7 millions d’euros de financements publics mobilisés dans le cadre du contrat de plan État-Région. Le projet doit permettre la création de 550 emplois dans un premier temps, puis 700 à terme. François de Canson entend faire de la réindustrialisation et de la souveraineté des axes majeurs de son action, en privilégiant les projets associant investissements publics et privés.

L’intelligence artificielle figure également à l’ordre du jour, avec l’acte II du plan régional. La formation et l’accompagnement des TPE et PME doivent être renforcés, notamment en s’appuyant sur les initiatives développées à Sophia Antipolis.

Santé. Une priorité qui prend forme

François de Canson confirme vouloir renforcer l’action régionale dans le domaine de la santé. Il évoque le soutien à l’installation de médecins généralistes, l’accompagnement à l’achat de matériel médical et le développement de la télémédecine. Les dispositifs mobiles, notamment les médicobus et les mammobiles, doivent permettre d’améliorer l’accès aux soins dans les territoires les moins bien desservis. Cette politique doit s’inscrire parmi les priorités du mandat, même si les modalités financières de l’ensemble des dispositifs restent à préciser.

Intempéries. La Région mobilisée auprès des territoires sinistrés

Les intempéries meurtrières qui ont frappé le Sud-Est ont également été évoquées. François de Canson exprime sa solidarité avec les familles des victimes et les élus des communes touchées. Il rappelle son expérience des inondations à La Londe-les-Maures, où il a lui-même dû gérer des catastrophes naturelles et leurs conséquences humaines et économiques. « Je suis un mairede proximité. Je sais ce que c’est quand vous êtes maire de vous retrouver avec toute la population qui est dans la détresse. » La Région entend intervenir auprès des entreprises et des exploitations agricoles sinistrées, après évaluation des besoins avec les communes et les chambres consulaires. « La Région sera, encore une fois, aux côtés de ceux qui ont été touchés. » Le président réaffirme parallèlement l’importance des politiques d’adaptation au changement climatique et de prévention des incendies.

Finances régionales. « On est cuit »

Le contraste est saisissant entre les annonces d’investissement et le constat dressé sur les finances régionales. François de Canson chiffre à 150 millions d’euros les contraintes supplémentaires supportées par la Région au cours des deux dernières années. Il estime que le projet de loi de finances pourrait entraîner 50 millions d’euros de charges ou de pertes de ressources supplémentaires. « En deux ans, on a pris 150 millions. Cette année, on dit qu’on va prendre 50 millions. » Quant aux marges de manœuvre disponibles, sa réponse est sans détour. « On est cuit. Il n’y a pas de marge. Il n’y a plus de marge. »

Le président dénonce une politique nationale qui, selon lui, fait supporter aux collectivités les conséquences des déséquilibres budgétaires de l’État. « L’État s’exonère d’un budget en équilibre et va chercher dans les collectivités ce qu’il lui manque. » Dans ces conditions, certaines politiques régionales pourraient être revues. François de Canson indique, dans ce cadre, travailler avec la direction générale des services à une analyse de la maquette budgétaire. Il n’exclut pas de revenir sur des interventions exercées en dehors des compétences obligatoires ou de décaler certains projets. « Peut-être qu’on avait fait le choix d’agir hors compétence. Peut-être qu’il va falloir revenir sur nos compétences de base. » Il précise qu’aucun arbitrage définitif n’a encore été rendu. L’exercice s’annonce délicat pour une Région qui entend maintenir un niveau élevé d’investissement tout en répondant aux demandes croissantes des communes et des entreprises.

Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur. L’incertitude sur la deuxième phase

La Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur figure parmi les grands projets confrontés aux contraintes financières. François de Canson rappelle que la première phase bénéficie d’un montage associant l’État, l’Europe et les collectivités, pour un coût qu’il situe autour de 900 millions d’euros. Mais la deuxième phase, qui comprend notamment la traversée souterraine de la gare Saint-Charles à Marseille, soulève des difficultés supplémentaires. Le président de Région fait état d’une possible augmentation du coût du projet de 30 à 40 % « Aujourd’hui, il faut qu’il y ait rapidement un arbitrage. Il faut qu’on puisse y voir clair. » Des échanges sont annoncés avec le préfet de région et le ministre des Transports, Philippe Tabarot.

Métropole et Méditerranée. Continuité et prudence

Sur l’avenir institutionnel de la Métropole Aix-Marseille-Provence, François de Canson refuse de prendre position. « Ce n’est pas à moi de juger. Il y a des maires qui sont dans cette métropole, ce n’est pas une compétence régionale. » Il indique néanmoins avoir échangé avec Nicolas Isnard et se dit prêt à soutenir financièrement la Métropole. Concernant les relations européennes et méditerranéennes, le président revendique la continuité avec Renaud Muselier. Il salue notamment l’ouverture de la Région sur la Méditerranée et la mobilisation des financements européens, tout en confirmant son intérêt pour la poursuite de « Méditerranée du futur ».

Une majorité à rassembler et quelques piques politiques

François de Canson entend également donner une place plus importante aux élus de sa majorité dans le fonctionnement de l’institution. Il annonce des réunions mensuelles permettant aux vice-présidents et aux conseillers régionaux de suivre les dossiers et de faire remonter les préoccupations de leurs territoires. « Je veux que tout le monde ait sa place. Je veux qu’il y ait vraiment une participation de tous. » La diversité des sensibilités politiques représentées au sein de la majorité impose, selon lui, une méthode fondée sur l’écoute et la recherche d’unité. Le président n’évite pas pour autant les échanges plus politiques. À propos des propositions du Rassemblement national sur les aides aux jeunes impliqués dans des dégradations, il estime avoir déjà annoncé des mesures similaires et reproche à Franck Allisio de reprendre ses initiatives. « C’est facile de répéter ce qu’on a annoncé. » Il souligne également les divisions apparues au sein du groupe RN lors des votes à la commission permanente, notamment autour de Philippe Vardon. Sur la présidentielle, François de Canson plaide pour un candidat unique de la droite et du centre, sans désigner de personnalité. Il insiste sur les conséquences des divisions électorales, citant notamment les dernières élections sénatoriales.

Les territoires comme ligne directrice

Le 17 novembre, la Région organisera à Aix-en-Provence une convention des maires, avec Jean-Louis Borloo comme invité d’honneur. François de Canson veut y ouvrir une réflexion sur l’organisation territoriale, les compétences des collectivités et les difficultés administratives rencontrées par les élus locaux. Il souhaite que les propositions issues de cette rencontre puissent être portées dans le débat présidentiel. « Je tiens particulièrement au poids des territoires. » Le président revendique une méthode construite autour de l’expérience des élus de terrain et du dialogue avec les communes. « Moi, je suis maire, je suis président d’interco. Je veux comprendre, je veux savoir. »

« Je ne suis pas venu pour faire de l’intérim »

François de Canson revendique l’héritage de ses prédécesseurs sans vouloir s’y limiter. À Christian Estrosi, il reconnaît le développement des opérations d’intérêt régional. À Renaud Muselier, il attribue notamment le renforcement de l’ouverture européenne et méditerranéenne. Il entend désormais apporter sa propre contribution, en plaçant les territoires, la souveraineté économique, la santé et l’adaptation climatique au centre de son action. « Je ne suis pas venu pour faire de l’intérim. Je suis venu pour faire mon travail, pour faire avancer les dossiers et pour montrer que la majorité est efficace. »

La première plénière de ce vendredi permettra de traduire une partie de ces orientations en décisions. Mais l’équation financière demeure entière. François de Canson veut agir vite, soutenir les entreprises, répondre aux besoins des lycées et renforcer la proximité avec les territoires. Il reconnaît pourtant que les marges budgétaires sont épuisées. Entre les urgences du présent et les ambitions du mandat, les prochains arbitrages révéleront la portée réelle de cette nouvelle présidence.

Patricia CAIRE 

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