Publié le 4 novembre 2026 à 18h44 - Dernière mise à jour le 4 novembre 2026 à 18h44
Après quatre mois de suspension conservatoire, Pierre-Olivier Costa a annoncé son retour à la présidence du Mucem. Une décision qui a provoqué la colère du personnel, alors qu’une enquête judiciaire pour des faits présumés de harcèlement moral et sexuel est toujours en cours. Les salariés ont suspendu leur grève dans l’attente de son retour physique au musée, mais le préavis reste en vigueur. Les syndicats réclament désormais des décisions du ministère de la Culture.

Le Mucem traverse une nouvelle crise sociale. Suspendu de ses fonctions le 30 juin dernier par le ministère de la Culture, Pierre-Olivier Costa a annoncé, dimanche 1er novembre, sa reprise à la tête du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Sa suspension conservatoire, d’une durée de quatre mois, avait pris fin la veille, sans nouvelle décision du ministère. Cette annonce a provoqué une vive réaction parmi les agents de l’établissement marseillais. Réunis lundi 2 novembre en assemblée générale, plus d’une centaine de salariés ont débattu de la situation. Près de 85 % des votants se sont prononcés en faveur d’une grève reconductible à compter du mardi 3 novembre. Le mouvement a finalement été suspendu dans l’attente du retour physique de Pierre-Olivier Costa au musée. Les représentants du personnel préviennent toutefois que la mobilisation reprendra dès son arrivée.
Une suspension de quatre mois sur fond d’accusations de harcèlement
Nommé à la présidence du Mucem en novembre 2022 et reconduit en novembre 2025, Pierre-Olivier Costa, ancien directeur de cabinet de Brigitte Macron, fait l’objet de deux procédures distinctes. La première est une enquête administrative menée par l’Inspection générale des affaires culturelles (Igac), portant notamment sur les conditions de travail et les pratiques managériales au sein de l’établissement. La seconde est une enquête judiciaire ouverte après un signalement du ministère de la Culture au parquet, au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, concernant des faits présumés de harcèlement moral et sexuel. Selon les organisations syndicales, le rapport de l’Igac ferait état de graves dysfonctionnements et préconiserait la révocation du président. Ses conclusions n’ont toutefois pas été officiellement communiquées aux représentants du personnel. Pierre-Olivier Costa conteste fermement les accusations portées contre lui. Dans un courrier adressé aux agents, il s’est déclaré « innocent des accusations ineptes » le visant et a exprimé sa volonté de renouer le dialogue.
Les syndicats réclament des garanties pour les agents
Dans un communiqué publié mardi 3 novembre, l’intersyndicale CGT, CFDT, SUD, FSU, UNSA et CFTC dénonce le retour du président et réclame le maintien de sa suspension. Les organisations syndicales demandent également la communication des conclusions de l’enquête administrative ainsi que des mesures immédiates de protection des personnels. La représentante de SUD Culture, Léonore Branche, a précisé à l’AFP que les salariés avaient décidé d’attendre le retour éventuel du président avant de reprendre leur mouvement. Le préavis de grève demeure donc en vigueur. Cette mobilisation traduit une crise de confiance persistante entre une partie importante du personnel et la présidence du musée, malgré les quatre mois de suspension qui devaient permettre d’apaiser les tensions.
Le ministère de la Culture face à ses responsabilités
La situation place désormais le ministère de la Culture au centre des interrogations. La suspension conservatoire de Pierre-Olivier Costa a pris fin le 31 octobre, sans qu’une nouvelle mesure ait été annoncée. Le président a donc retrouvé ses fonctions, alors que l’enquête judiciaire se poursuit et que les syndicats continuent de demander son départ. Pour les agents, la question dépasse désormais le seul retour de leur président. Elle concerne les garanties apportées aux personnels et les suites qui seront données aux conclusions de l’inspection administrative. Institution culturelle majeure de Marseille, le Mucem se retrouve ainsi confronté à une crise dont l’issue demeure incertaine. Entre les revendications syndicales, la défense du président et les décisions attendues de l’État, le dialogue reste difficile. Une chose est acquise, la suspension de la grève ne signifie pas la fin du conflit. Les salariés ont choisi de rester mobilisés, dans l’attente d’une clarification de la situation.
Émilie BALLARD



