A 86 ans Daniel Wayenberg enregistre chez Lyrinx, pour la première fois, les Études transcendantes de Liszt

Publié le 22 août 2016 à  19h17 - Dernière mise à  jour le 28 octobre 2022 à  15h33

C’était il y a quelques mois, dans le studio de Lyrinx où Daniel Wayenberg travaillait à la finalisation de l’enregistrement des Études Transcendantes en compagnie de René Gambini (au second plan) et de sa fille Florence. (Photo M.E.)
C’était il y a quelques mois, dans le studio de Lyrinx où Daniel Wayenberg travaillait à la finalisation de l’enregistrement des Études Transcendantes en compagnie de René Gambini (au second plan) et de sa fille Florence. (Photo M.E.)
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«Je suis très joueur; mais le jeu pour le jeu, pas pour l’argent… C’est trop aléatoire.» Du haut de ses 86 printemps, le plus Français, ou presque, des pianistes hollandais poursuit en souriant: «J’aime tous les jeux, même le Monopoly; c’est probablement lié au sang russe qui coule dans mes veines !» Jouer, c’est prendre des risques. Daniel Wayenberg le sait. Et s’il a attendu d’avoir un âge vénérable pour enregistrer les études transcendantes de Liszt c’est qu’il pensait être enfin prêt pour relever le défi. «On cours des risques en les jouant, d’abord car elles sont difficiles, ensuite parce que ce sont des chefs-d’œuvre. Liszt savait très bien rendre la vie dure à ses jeunes collègues dont je fais partie ! Ces études, elles sont à mon répertoire depuis longtemps et aujourd’hui je peux les montrer au public; avant c’était moins bon que ce que je fais maintenant… » Puis, il poursuit: «Certes ce sont des études mais, le fait que Liszt les considérait comme des pièces de concert change pas mal la façon de les aborder.
D’ailleurs dans l’agencement même des pièces, il y a des choses qui s’imposent. La première étude ne dure pas une minute; elle est un prélude, une introduction à ce qui va suivre. Ici on est loin des préludes de Rachmaninov ou de Chopin qui se suffisent à eux-mêmes. Liszt savait très bien ce qu’il écrivait et ses indications sont édifiantes.
» Architecture, indications : l’interprète a-t-il son mot à dire ? Pour Daniel Wayenberg, c’est «non»… «Lorsque l’on joue, il faudrait donner aussi peu que possible de soi-même. Ravel disait: « il ne faut pas interpréter ma musique, il faut la jouer ». Il a même dit un jour à un pianiste: « vous êtes nos esclaves ». Debussy aussi était très exigeant avec ses pièces. Mais d’autres compositeurs laissent une certaine latitude à celui qui les interprète. Rachmaninov est un exemple parmi ces derniers.» Soliste, Daniel Wayenberg est aussi professeur. Il était donc intéressant de connaître son enseignement sur ce sujet bien précis de l’interprétation et du jeu. «J’essaye de les diriger vers le respect absolu du texte tout en les laissant être eux-mêmes. Il faut savoir lâcher le métronome, ce n’est qu’une machine. il y a toujours des fluctuations dans le tempo. C’est comme le rubato; il faut en faire aussi peu que possible. Sauf si le compositeur l’exige.» Amitié de longue date oblige, encore que le vocable obligation n’ait pas cours en la matière, Daniel Wayenberg ne pouvait enregistrer ces 12 études transcendantes qu’avec les Gambini. Car, outre le plaisir qu’il a de venir déguster la bouillabaisse, le pianiste connait la passion de l’humain et la qualité du matériel d’enregistrement mises en œuvre par le label Lyrinx. L’enregistrement en question a été effectué, il y a un peu plus d’un an, sur un Steinway au Musée du terroir marseillais, sous la direction artistique de Florence Gambini et non loin de l’oreille que l’on sait sans faille, de son père René. Il en résulte un bijou, un de plus, où Daniel Wayenberg illumine les pièces de Liszt avec un jeu d’une fraîcheur et d’une jeunesse étonnantes, un toucher précis et sensuel, une virtuosité de tous les instants. Un enregistrement cinq étoiles au niveau technique, aussi, avec des sons limpides et cristallins, de la chair, du volume, de l’émotion. La «patte Gambini», en quelque sorte. De quoi combler les «lisztophiles», les fans de Wayenberg ainsi que tous les amoureux du piano et de la musique.
Michel EGEA
Pratique. Le CD des Etudes d’exécution transcendante de Liszt, par Daniel Wayenberg, sera disponible dans les bacs le 16 septembre prochain.
Lyrinx, Tél. 04 91 54 81 41. info@lyrinx.com. CD disponible en ligne : ledisquaire.com. Toutes les actus de Lyrinx sont sur Facebook.

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