Publié le 20 avril 2026 à 21h24 - Dernière mise à jour le 20 avril 2026 à 21h24
Il y a des œuvres qui se regardent. D’autres qui s’écoutent. Una Lunghissima Ombra, présentée à la Fondation Vasarely dans le cadre de la Biennale d’Aix 2026, tente autre chose : faire éprouver le son comme un espace, presque comme une matière.

Du 25 au 27 avril, l’artiste italien Andrea Laszlo De Simone investit le lieu avec une installation audiovisuelle pensée comme une expérience immersive, à la croisée de la musique, de l’image et de la perception collective. Une proposition qui s’inscrit dans le mouvement d’ouverture de la Biennale, cette année tournée vers l’Italie, et qui confirme son ambition : faire dialoguer les scènes artistiques au-delà des frontières.

Dès l’entrée dans l’installation, le spectateur est invité à ralentir. Ici, pas de narration linéaire ni de performance spectaculaire. L’œuvre repose sur une tension plus subtile : celle d’un environnement sonore qui se déploie dans l’espace, se rapproche, s’éloigne, enveloppe. Voix et instruments s’entrelacent pour composer un paysage à la fois intime et mouvant, où chacun est libre de circuler, d’écouter, de ressentir.
Conçue en lien avec son album éponyme sorti en 2025, Una Lunghissima Ombra prolonge la recherche d’Andrea Laszlo De Simone sur la manière dont la musique peut être perçue collectivement. Réalisée en collaboration avec le studio Pase, l’installation explore ce que devient le son lorsqu’il quitte le cadre frontal du concert pour se diffuser dans un espace partagé.
Le choix de la Fondation Vasarely n’est pas anodin. L’artiste revendique une proximité avec l’univers du maître de l’art optique, non pas dans la forme, mais dans l’attention portée à la perception. Là où Vasarely travaillait la vibration visuelle, De Simone tente d’en déplacer les effets vers le champ sonore, en jouant sur les distances, les superpositions et les sensations.

Né à Turin, Andrea Laszlo De Simone s’est imposé en une dizaine d’années comme une figure singulière de la scène italienne. À rebours des logiques de visibilité immédiate, il construit une œuvre lente, marquée par une écriture introspective et une esthétique qui mêle pop orchestrale, lyrisme classique et imaginaire cinématographique. Son travail pour le film Le Règne animal de Thomas Cailley, récompensé par le César de la meilleure musique originale en 2023, a élargi son audience sans altérer cette exigence.
Son dernier album, dont l’installation tire son origine, s’inscrit dans cette continuité. Une matière dense, traversée par des thèmes récurrents -le temps, la mémoire, la solitude- où se mêlent désirs, doutes et formes de culpabilité. Autant d’éléments que l’artiste ne cherche pas à résoudre, mais à faire exister dans un espace sensible.
À Aix, cette « très longue ombre » ne se contente donc pas de prolonger un disque. Elle en déplace l’écoute, en fait une expérience physique et collective, presque méditative.
Preuve de l’intérêt suscité, les créneaux ouverts au public affichent complet. Une rencontre avec l’artiste est toutefois prévue le 27 avril, dans un format plus confidentiel. Reste cette impression, en sortant : Reste cette impression, en sortant : celle d’avoir traversé une œuvre plus que d’y avoir assisté. Une proposition qui ne cherche pas à s’imposer, mais à s’installer -lentement- dans la perception.
La rédaction



