Publié le 3 juin 2026 à 22h19 - Dernière mise à jour le 3 juin 2026 à 22h19
Moins de deux ans après sa reprise par ses salariés, Duralex traverse une nouvelle période d’incertitude. La verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans, devenue en juillet 2024 une société coopérative et participative (Scop), a sollicité son placement en redressement judiciaire afin de faire face à des difficultés financières persistantes.

L’annonce surprend d’autant plus que la reprise par les salariés avait été saluée comme l’un des symboles du renouveau industriel français. Confrontée à une flambée des coûts énergétiques après la guerre en Ukraine et placée en redressement judiciaire au printemps 2024, l’entreprise semblait pourtant avoir trouvé une voie de rebond grâce à la mobilisation de ses salariés, des collectivités territoriales, de l’État et de milliers de citoyens.
La reprise sous forme coopérative avait alors suscité un important élan de soutien. Au-delà de la sauvegarde de plus de 200 emplois, elle incarnait la volonté de préserver une marque emblématique du patrimoine industriel français. Les célèbres verres Duralex, présents depuis des décennies dans les cantines, les foyers et les cafés, demeurent l’un des symboles de l’industrie verrière française.
Pour assurer son redémarrage, l’entreprise avait multiplié les sources de financement. Une levée de fonds citoyenne avait notamment permis de recueillir plusieurs millions d’euros, témoignant de l’attachement du public à cette marque devenue au fil du temps un véritable objet patrimonial. Mais malgré cette mobilisation, les besoins financiers demeuraient importants pour accompagner la relance de l’activité et moderniser l’outil industriel.
Au fil des mois, plusieurs fragilités sont apparues. Besoins de financement élevés, tensions de trésorerie, difficultés de pilotage financier et contexte économique international instable ont progressivement pesé sur l’entreprise. Un changement de direction est également intervenu récemment alors que des interrogations émergeaient sur la gestion de la société.
C’est dans ce contexte que la Confédération générale des Scop et des Scic a décidé de prendre publiquement la parole. Dans un communiqué l’organisation rappelle avoir accompagné financièrement la transformation de Duralex en Scop ainsi que la structuration de sa gouvernance. Elle précise toutefois avoir constaté « un écart entre ses préconisations et la manière dont la transition coopérative s’est opérée ». Elle évoque notamment une sous-capitalisation initiale, des difficultés de pilotage financier ainsi qu’un contexte international défavorable pour expliquer la situation actuelle.
La CG Scop souligne également avoir été alertée lors du changement de direction et indique avoir formulé des recommandations à la gouvernance de l’entreprise ainsi qu’à la Mission interministérielle aux restructurations d’entreprises (MIRE). Elle affirme poursuivre son accompagnement aux côtés de Duralex et avoir dépêché une équipe d’experts pour contribuer à la recherche de solutions.
Pour autant, le mouvement coopératif refuse tout amalgame entre les difficultés rencontrées par la verrerie et le modèle Scop lui-même. Il rappelle qu’un éventuel redressement judiciaire constitue avant tout une procédure destinée à protéger l’entreprise et à lui permettre de retrouver un équilibre. « Il existe un chemin permettant à la Scop de faire face à la crise qui la menace, de sécuriser ses salariés et d’honorer ses engagements », assure la Confédération.
Cette mise au point intervient alors que certains observateurs s’interrogent déjà sur la pertinence du modèle coopératif dans le cas de Duralex. Pourtant, il serait réducteur de voir dans les difficultés de la verrerie l’échec d’un statut qui a permis, au fil des décennies, de sauver des milliers d’emplois et de nombreuses entreprises en France. Les problèmes de gouvernance, les erreurs stratégiques ou les tensions financières n’épargnent aucune forme d’entreprise. Pour Duralex, la question n’est donc pas tant celle de son statut juridique que de sa capacité à retrouver un équilibre économique durable. Derrière les chiffres et les procédures, c’est l’avenir d’un savoir-faire industriel reconnu, d’une marque emblématique et de plusieurs centaines d’emplois qui se joue aujourd’hui.
Patricia CAIRE
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