Marseille. Bernard Cazeneuve veut restaurer la France, convaincre plutôt que séduire

Publié le 18 juillet 2026 à 22h03 - Dernière mise à jour le 18 juillet 2026 à 22h05

On se souvient de Bernard Cazeneuve au ministère de l’Intérieur, confronté aux attentats de 2015, puis à Matignon aux côtés de François Hollande. Redevenu avocat en 2017, il n’a pourtant jamais quitté le terrain politique. Vendredi, à Marseille, il est venu rencontrer un panel de citoyens pour mesurer l’écho de sa « Lettre aux Français », un texte de 86 pages publié la veille en ligne, qui s’apparente à un véritable programme présidentiel.

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Bernard Cazeneuve (Photo Joël Barcy)

Une lettre aux Français

En 2022, Bernard Cazeneuve a quitté le parti socialiste pour s’opposer à l’accord de la NUPES, l’alliance scellée entre la direction du PS et LFI. Dans la foulée il a créé le mouvement politique « La Convention » qui revendique 15 000 adhérents. Aujourd’hui, à l’instar de François Mitterrand, mais avec des moyens modernes, il publie en ligne, en accès libre, une lettre longue lettre aux Français de 86 pages. Une sorte de contrat moral et programmatique en vue d’une candidature à la présidentielle à rebours du mouvement actuel. « La politique aujourd’hui c’est de la séduction et je ne suis pas un séducteur, j’ai des convictions. Je ne veux pas séduire, je veux dire aux français ce que je pense et par la force de mes convictions leur montrer un chemin, pas proposer le grand soir. »

Assurer le service après-vente

 La lettre publiée, l’ancien Premier ministre, effectue une tournée qu’il commence par Marseille pour assurer le « service après-vente » de sa lettre et mesurer l’écho qu’elle produit. Bernard Cazeneuve écoute les interrogations de son auditoire, apporte des réponses tout en nuance. Il montre son attachement à la laïcité, à l’idée de République, aux institutions, malmenées par Emmanuel Macron. « Quand on a commencé à dire qu’on pouvait tout à la fois en même temps, qu’on a effacé tous les clivages, que le nouveau monde balayait le reste, ça s’est traduit par les pires travers de l’ancien monde, c’est-à-dire le retour de la 4e République et nous en sommes là. » Et Bernard Cazeneuve de citer les affaissements en série. «Combinaison entre les partis, instabilité gouvernementale, instabilité ministérielle, affaissement de l’autorité du président de la République, effacement de la fonction du Premier ministre, disparition des ministres et transformation du Parlement en un théâtre d’ombre. On ne peut pas revenir à des politiques qui ont un impact si on ne redonne pas aux institutions un sens, une tenue, un équilibre. »

Social-démocratie

La social-démocratie a tendance à s’effondrer dans le monde et en Europe, mais l’ancien ministre continue d’y croire. « Si on pense qu’on construira la justice sociale en tapant comme des sourds sur les entreprises et ceux qui les dirigent, on se trompe. Et si on considère que le fait de faire confiance à ceux qui dirigent les entreprises suffit à réaliser la justice sociale on se trompe aussi parce que le ruissellement ne va pas sans politique publique. Cet équilibre entre justice sociale et efficacité économique ça s’appelle la social-démocratie. »

 Universalisme

 Laïcité, lutte contre les discriminations, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur qui a été confronté aux plus gros drames liés aux attentats terroriste met en avant la laïcité. « C’est elle qui protège les musulmans contre les terroristes islamistes qui veulent que la loi religieuse s’impose dans l’espace public. » L’avocat met aussi en avant son universalisme « On a perdu l’habitude de s’entendre et de se comprendre, on a perdu l’habitude d’avoir le minimum de bienveillance envers l’autre qui consiste à rechercher dans la pensée de l’autre ce qui peut nous rapprocher. Moi c’est dans l’universalisme que je puise mon combat contre les discriminations. »

Course contre la montre

Dans l’assistance, le courage de la nuance revendiqué par Bernard Cazeneuve est salué. Mais un participant l’interroge : « Comment, dans un paysage médiatique où la nuance n’a plus sa place, espérez-vous mobiliser en aussi peu de temps ? » L’ancien Premier ministre a désormais neuf mois pour convaincre.

Reportage Joël Barcy

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