Budget de la Métropole Aix-Marseille Provence : le refus politique avant le choc fiscal

Publié le 29 avril 2026 à 7h28 - Dernière mise à jour le 29 avril 2026 à 7h28

Refuser de voter le budget pour ne pas assumer seuls l’impopularité des hausses d’impôts : c’est le choix politique opéré par les 92 maires de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Privée de 120M€ de dotations de l’État en deux ans, l’institution a décidé de laisser à la chambre régionale des comptes puis au préfet le soin d’arbitrer. Mais une certitude demeure : les contribuables paieront, d’une manière ou d’une autre, la facture de 2026.

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Les 92 maires de la Métropole Aix-Marseille-Provence ont refusé de voter le budget © Joël Barcy

« Nous avons dit stop… »

 Beaucoup d’effets de manche, d’envolée lyriques mais à l’arrivée il faudra trouver les 123 M€ manquants. Après ce refus de Nicolas Isnard, président de la Métropole de présenter le budget, les magistrats de la chambre régionale des comptes vont reprendre la maquette initiale du budget et proposer dans quelques semaines au préfet, un projet de budget équilibré pour la Métropole. « C’est inédit dans l’histoire de notre République qu’une collectivité de cette taille prenne une telle décision, analyse Nicolas Isnard, mais c’est une décision prise en responsabilité… Quand on demande l’impossible, il faut s’attendre à ce qu’il y ait des réactions inédites, c’est ce qui se passe aujourd’hui. Aujourd’hui dans ce territoire nous avons dit stop… »

Haro sur l’État

L’union sacrée est le maître mot de cette nouvelle mandature. Tout le monde est à l’unisson de la gauche à l’extrême droite. L’État est responsable de la situation et du trou dans le budget de la Métropole. Point. Le président des maires des Bouches-du-Rhône, Georges Cristiani sonne la charge. « L’État, le gouvernement et le parlement ont voté cette loi de finances. Au départ c’est 2 milliards d’euros qu’on demande aux 35 000 maires et à la sortie c’est 5 milliards qu’on nous pique. C’est un pognon de dingue.» Une petite phrase prononcée par Emmanuel Macron en 2018.

Le maire de Marseille prend le relais. « On n’est pas là pour combler les trous de l’État parce qu’il décide d’exonérer certaines grandes entreprises de beaucoup de taxes et des actionnaires qui gagnent beaucoup d’argent. Il y a quelque chose d’un peu illogique dans tout cela. A un moment Il faut savoir ce pourquoi on fait de la politique et pour qui on fait de la politique. Le premier ministre n’a aucun intérêt à pratiquer une saignée. Si cela devait se passer comme cela alors partirait de Marseille une fronde inarrêtable. »

Benoît Payan : « Si cela devait se passer comme cela alors partirait de Marseille une fronde inarrêtable »

Et maintenant ?

Depuis ce 28 avril, le pouvoir de la Métropole est suspendu : les nouveaux investissements, le recrutement de nouveaux agents ou les nouvelles subventions attendront. Les magistrats de la chambre régionale des comptes vont analyser le budget et donner les recettes pour trouver les 123 M€ manquants. « Je suis impatient de voir l’État faire l’exercice avec nous, dit bravache David Ytier, le vice-président chargé des finances à la Métropole. L’État, vu de Paris prend des décisions, baisse les dotations…  Moi je dis à l’État, venez vous rendre compte, en local, de la conséquence des choix qui sont fait à Paris et il va très vite mesurer que les baisses de dotations mènent mécaniquement à des hausses d’impôts massives. En faire plus sans mettre les outils en face ce n’est pas possible. » Dans ce budget prévisible pour 2026 il faudra sans doute payer plus et avoir moins.

Choc fiscal

Sauf à être des magiciens, les magistrats de la chambre régionale des comptes ne pourront pas proposer autre chose qu’une hausse d’impôts. 3 à 4 points de la taxe foncière, l’équivalent de 150 à 200 euros par ménage vraisemblablement. Côté économies, la Métropole fera des propositions au cours du mois prochain. 20, 30 millions ? Le montant n’est pas encore arrêté. Les conseillers métropolitains se sont donnés un répit en refusant de présenter un budget et peut-être ont-ils donné un signal fort au gouvernement pour les années à venir. Mais une chose est certaine : les contribuables paieront la note en 2026.

Reportage Joël BARCY

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