Publié le 28 avril 2026 à 20h45 - Dernière mise à jour le 28 avril 2026 à 20h45
Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, António Guterres a lancé, lundi, une mise en garde d’une rare gravité sur la sécurité maritime mondiale, dans un contexte de tensions extrêmes entre l’Iran et les États-Unis. Pour le Secrétaire général de l’ONU, la situation actuelle constitue rien de moins qu’un « test pour l’ordre international ».

Au cœur des inquiétudes : le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié, ainsi qu’une part importante des engrais utilisés dans l’agriculture mondiale. Depuis le début du mois de mars, les perturbations du trafic maritime dans cette zone provoquent déjà des secousses économiques majeures.
António Guterres a évoqué une flambée des prix de l’énergie, une hausse des coûts de transport et des perturbations importantes des chaînes d’approvisionnement, qu’il juge parmi les plus graves observées depuis la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. Une situation qui dépasse largement le seul cadre régional.
« Depuis des siècles, les routes maritimes constituent les artères du commerce mondial », a rappelé le chef de l’ONU. Mais ces voies essentielles sont désormais fragilisées par la piraterie, les attaques armées, le terrorisme maritime et surtout par la montée des tensions géopolitiques qui menacent directement la liberté de navigation.
Au-delà de l’impact économique, les conséquences humanitaires commencent déjà à se faire sentir. Les retards logistiques et les surcoûts entravent l’acheminement de l’aide internationale au moment même où débute la saison des semis dans plusieurs régions particulièrement vulnérables. L’ONU redoute désormais une aggravation du risque de crise alimentaire mondiale, notamment en Afrique et en Asie du Sud. Les pays les moins avancés ainsi que les petits États insulaires apparaissent comme les premières victimes collatérales de cette déstabilisation, en raison de leur forte dépendance aux importations maritimes.
Le Secrétaire général a également insisté sur le sort des marins pris dans cette crise silencieuse. Plus de 20.000 marins restent bloqués en mer tandis que plus de 2 000 navires commerciaux évoluent dans des conditions de sécurité dégradées. « Ces hommes et ces femmes ne sont parties à aucun conflit. Ce sont des travailleurs civils qui assurent l’approvisionnement du monde », a-t-il déclaré, plaidant pour la protection de leurs droits et le soutien au mécanisme d’évacuation d’urgence préparé par l’Organisation maritime internationale (OMI). Son appel aux belligérants a été direct : rouvrir le détroit d’Ormuz, garantir un passage sûr et sans entrave, et respecter pleinement le droit international. « Ouvrez le détroit. Laissez passer les navires, sans péages, sans discrimination. Laissez reprendre le commerce. Laissez respirer l’économie mondiale », a-t-il lancé.
Même fermeté du côté de l’OMI. Son secrétaire général, Arsénio Dominguez, a rappelé devant le Conseil que « les principes de la liberté de navigation ne sont pas négociables ». Il a insisté sur le fait qu’aucun État côtier ne peut légalement fermer un détroit international ni exiger des paiements douaniers pour le transit maritime. Une précision qui vise clairement les menaces de blocage ou de taxation du passage dans le Golfe, alors que plus de 20 000 gens de mer restent piégés dans la zone.
Au-delà de l’urgence immédiate, plusieurs experts alertent sur une mutation plus profonde de la sécurité maritime mondiale. Nick Childs, chercheur à l’International Institute for Strategic Studies, estime que les menaces sur les voies maritimes ne sont plus seulement le reflet de l’instabilité internationale : elles en deviennent désormais un moteur.
Il évoque une fragmentation croissante du transport maritime, une dépendance critique aux infrastructures sensibles comme les câbles sous-marins ou les pipelines, mais aussi l’émergence de nouveaux risques liés aux cyberattaques et à la manipulation des données maritimes. L’intelligence artificielle, la surveillance satellitaire et la maîtrise des flux d’informations deviennent ainsi des enjeux stratégiques aussi importants que la sécurisation des navires eux-mêmes.
En conclusion, António Guterres a recentré le débat sur trois priorités : le respect du droit international, la lutte contre les causes profondes de l’insécurité maritime et le renforcement de la coopération internationale. « L’océan doit rester un espace de paix et de coopération », a-t-il insisté. Un message qui, au-delà du Golfe, résonne comme un avertissement global : la guerre en mer n’est jamais seulement une affaire maritime. Elle devient rapidement une crise économique, humanitaire et géopolitique mondiale.
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