Publié le 29 août 2026 à 21h57 - Dernière mise à jour le 29 août 2026 à 21h58
Pas de hausse d’impôts, des économies sur la dépense publique, une possible désindexation des retraites les plus élevées, une réforme des arrêts maladie, des mesures pour l’agriculture et la prolongation des aides sur les carburants : dans un long entretien accordé au Parisien ce samedi 29 août, Sébastien Lecornu dévoile les premières lignes de son budget 2027. À moins de huit mois de l’élection présidentielle, le Premier ministre assure par ailleurs qu’il ne sera pas candidat et appelle les forces politiques à ne pas transformer le débat budgétaire en prélude à la bataille pour l’Élysée.

La rentrée s’annonce pour le moins délicate pour Sébastien Lecornu. Dans une France confrontée à une croissance en berne, à un déficit qui ne se résorbe pas et à des taux d’intérêt élevés, le Premier ministre doit réussir un exercice particulièrement périlleux : faire adopter le dernier budget du quinquennat alors que la campagne présidentielle est déjà dans toutes les têtes. Dans un entretien publié ce samedi 29 août par Le Parisien-Aujourd’hui en France, le chef du gouvernement commence par fixer une ligne claire : le projet de budget 2027 ne proposera aucune hausse d’impôts. « La réduction de la dépense va être absolument prioritaire pour permettre la stabilité fiscale », explique-t-il, estimant que la croissance est trop fragile pour supporter un nouveau « choc fiscal ». Le contexte économique lui laisse pourtant une marge de manœuvre particulièrement étroite. La croissance française a stagné au deuxième trimestre après un recul de 0,2 % au premier, tandis que le déficit public reste autour de 5,1 % du PIB. La hausse du coût de la dette vient encore compliquer l’équation.
Un budget conçu pour quelques mois
Sébastien Lecornu assume d’ailleurs la singularité du prochain projet de loi de finances. À quelques mois de l’élection présidentielle, il envisage un budget comportant de nombreuses mesures qui pourront être remises en cause par la majorité issue des urnes. En quelque sorte, un budget de transition destiné d’abord à permettre à l’État de fonctionner jusqu’à l’élection et à éviter qu’une crise politique ne se transforme en crise financière. Le chef du Gouvernement avait déjà appelé, quelques jours auparavant, députés et sénateurs à leurs responsabilités. Attendre l’élection présidentielle pour adopter un budget reviendrait selon lui à choisir le « désordre ». Il durcit désormais le propos, estimant que l’absence de loi de finances placerait le pays dans une situation financière « gravissime ».
Du côté des dépenses, l’État devrait être appelé à se serrer la ceinture. Les ministères régaliens devraient toutefois voir leurs moyens progresser, tandis que les autres administrations seraient davantage mises à contribution. Les collectivités territoriales pourraient, elles, bénéficier d’une progression de leurs dépenses correspondant à l’inflation.
Retraites : les pensions les plus élevées dans le viseur
Le dossier des retraites promet déjà de provoquer de sérieux débats. Le Premier ministre écarte l’idée d’un gel des petites pensions mais ouvre la voie à une désindexation des retraites les plus élevées. Les économies ainsi réalisées pourraient notamment contribuer au financement de la prise en charge du grand âge.
La santé devrait également être concernée par les économies recherchées. Sébastien Lecornu annonce une « vraie réforme » des arrêts maladie, qu’il souhaite négocier avec les partenaires sociaux, avec notamment pour objectif de lutter contre les abus. Autre piste évoquée : le remboursement des médicaments. Le gouvernement veut ouvrir le débat sur certains traitements dont le bénéfice thérapeutique est considéré comme faible. Autant de sujets socialement sensibles qui promettent des discussions pour le moins animées au Parlement.
Agriculture et carburants : répondre aux crises de l’été
Après un été marqué par une sécheresse particulièrement sévère, le monde agricole figure également parmi les priorités annoncées. Sébastien Lecornu promet un « plan de soutien et de sauvetage » destiné à permettre aux exploitations les plus fragilisées de passer l’hiver, avant un plan de relance prévu pour 2027. Des aides d’urgence avaient déjà été annoncées au cours du mois d’août, notamment pour soutenir les trésoreries des exploitations et accompagner la remise en production. Le gouvernement entend également prolonger les dispositifs de soutien sur les carburants dans un contexte international qui continue de peser lourdement sur les prix de l’énergie. Sur la fiscalité des entreprises, le Premier ministre ne souhaite par ailleurs pas reconduire à l’identique la contribution exceptionnelle demandée aux très grandes entreprises, estimant qu’elle pourrait envoyer un mauvais signal aux investisseurs.
« Je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle »
Mais derrière les chiffres se joue évidemment une autre bataille, politique celle-là. Alors que son nom continue de circuler dans les scénarios pour 2027, Sébastien Lecornu veut fermer définitivement la porte : « Je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle. » Il définit son équipe comme un « gouvernement de mission », et non comme un gouvernement en campagne. Une façon également de renvoyer les futurs candidats à leurs responsabilités : le Premier ministre leur demande de ne pas « entraver davantage l’action du gouvernement ».
La réponse des oppositions ne s’est pas fait attendre. Depuis les journées d’été du Parti socialiste à Blois, Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, rejette ce qu’il considère comme une forme de pression. « Le chantage, ça ne fonctionne pas avec nous », prévient-il. Le PS veut bien qu’un budget soit adopté, mais « ce ne sera pas le budget de M. Lecornu ». La France insoumise a de son côté déjà annoncé son intention de déposer une motion de censure lors de l’examen du projet de loi de finances.
Le dernier budget du quinquennat comme épreuve politique
Sébastien Lecornu tente donc une équation complexe : convaincre qu’il faut voter un budget sans demander aux oppositions de souscrire pour autant à la politique du gouvernement. Il promet la stabilité fiscale tout en annonçant des économies, protège les petites retraites tout en envisageant de mettre davantage à contribution les pensions supérieures, veut réduire les dépenses sans renoncer aux moyens supplémentaires accordés aux fonctions régaliennes et doit parallèlement répondre aux conséquences économiques des crises internationales et climatiques. Le tout au moment où chaque formation politique commence déjà à regarder vers l’élection présidentielle.
Le projet de budget 2027 doit être présenté à la fin du mois de septembre. Son contenu dira alors précisément où le gouvernement entend placer le curseur. Mais une chose est déjà certaine : avant même d’être une bataille de chiffres, le dernier budget du quinquennat s’annonce comme l’une des grandes batailles politiques de cette rentrée.
Patricia CAIRE



