CCIAMP. Vœux de Jean-Luc Chauvin : « Le développement des décennies à venir se joue dans les 18-24 mois à venir »

Point question de suspendre le temps pour Jean-Luc Chauvin qui explique qu’il importe au contraire d’accélérer. « Nous sommes devant un double momentum historique », les Jeux Olympiques et paralympiques et la possible implantation d’industries décarbonées sur Marseille Fos. Deux temps, deux élans à ne pas rater « si l’on veut prendre le virage des 30-40 prochaines années ».

Destimed voeux CCIAMP
Vœux de Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille Provence ©CCIAMP

Comme le veut l’exercice des vœux, Jean-Luc Chauvin dresse le bilan de 2023. Considère que «les entreprises du territoire métropolitain se distinguent par leur résilience.» S’il affiche son optimisme pour les années à venir il avoue rester « lucide sur les difficultés que les entreprises doivent surmonter». Il cite notamment une trésorerie fragile, des secteurs en tension comme les cafés-hôtels-restaurants, le commerce de détail ou encore le BTP sans oublier les difficultés à recruter. En revanche, il constate que les projets de recrutement se maintiennent à des niveaux élevés: 102 000 pour 2023, «même si les offres réelles d’emplois progressent moins vite que ces deux dernières années ». En ce qui concerne la dynamique de création d’entreprises, il avance quelque 13 600 nouvelles immatriculations enregistrées en 2023 et seulement 4 600 radiations. « Au final, poursuit-il, nous continuons de gagner des entreprises pour atteindre 146 000 alors que lorsque j’ai été élu pour la première fois en 2016 on ne comptait que 92 000 entreprises sur le territoire ».

« Ces Jeux doivent être l’occasion de montrer le meilleur de nous-mêmes »

Le socle est donc là pour permettre au territoire de réussir : « Après Beyoncé, le Pape François et la Coupe du Monde de rugby nous accueillerons en juillet et août les épreuves de voile des JO dans notre baie et le football au Vélodrome, sans oublier l’arrivée de la flamme, le 8 mai.» S’appuyant sur les chiffres du Comité olympique il signale que «les Jeux olympiques et paralympiques c’est 4 milliards de téléspectateurs, 20 000  journalistes accrédités…» Ce qui va générer quelque «150 à 200 M€ de retombées économiques pour notre territoire», indique Jean-Luc Chauvin qui rappelle que « les investissements réalisés sont de 50 millions d’euros pour la Marina, plus de 250 M€ pour la modernisation de l’aéroport. Ils  serviront aux Jeux mais aussi après pour nos populations et nos entreprises. Et je n’oublie pas toutes les autres infrastructures en termes de mobilité, d’accessibilité et de voirie qui ont été développées par l’État et les collectivités ». «Ces Jeux, insiste-t-il,  doivent être l’occasion de montrer le meilleur de nous-mêmes et de capitaliser sur cette fabuleuse vitrine mondiale ». Il signale à ce propos que la CCIAMP s’inscrit dans cette démarche avec le club AMP24 qui rassemble 380 entreprises et l’exposition « Marseille au cœur maritime », labellisée «Olympiade culturelle» organisée en partenariat avec le musée Regards de Provence du 7 mai au 2 octobre. Et Jean-Luc Chauvin se félicite : «Et en plus nous serons « à jamais les premiers » puisque nous serons le premier territoire à accueillir JO d’été et JOP d’hiver dans la même décennie ».

Industrie décarbonée et transition énergétique sur Marseille Fos

Le second « momentum »concerne l’industrie décarbonée et la transition énergétique sur Marseille Fos avec pas moins de 11 à 15 milliards d’euros d’investissement qui «frappent à notre porte», précise le président de la CCIAMP. « Ce sont jusqu’à 14 000 emplois à la clé sur une zone industrialo-portuaire de Fos qui en compte déjà un peu plus de 13 000». Il met notamment en exergue les projets Carbon, H2V, GravitHy… « Il s’agit d’une chance pour la souveraineté de la France et pour le made in Provence. Mais, afin que cela devienne réalité il faut nous montrer unis pour faire des choix historiques, visionnaires et prendre des décisions rapides ». Pour Jean-Luc Chauvin, « Il faudra avec l’État, la Région, la Métropole et les communes, débloquer des fonds pour mettre à niveau les infrastructures, notamment en matière de transport ; assouplir les règles administratives; rattraper nos retards et faire respecter les promesses. Il faut accélérer la desserte et l’accessibilité de la zone de Fos ».  Il aborde ensuite l’épineux problème de logements  : « Il faut accélérer la création de logements dans un cadre apaisé et harmonieux ». Juge qu’il faut, avec l’ensemble des acteurs publics développer le foncier économique, sacraliser le foncier disponible; avec les acteurs de la formation, faire monter en compétences les salariés afin de répondre aux besoins des recruteurs.  Mais, tout cela n’aura de sens, insiste Jean-Luc Chauvin que « si nous apportons des réponses dans les 18 à 24 mois prochains sur les questions de l’eau et de la ligne 400 000 volts. Sinon, ne nous leurrons pas, non seulement ces projets iront s’installer ailleurs mais nous perdrons des entreprises implantées ici ».

Objectif Rhin/ Danube

Si ces projets voient le jour « ils contribueront au développement du port qui devrait bénéficier  des mêmes investissements que Dunkerque et le Havre ». Il plaide en faveur d’une amplification des projets et des partenariats le long du parcours Méditerranée-Rhône-Saône. « Il faut défendre des investissements massifs en faveur des infrastructures ferroviaires et fluviales pour améliorer les performances intermodales ». Surtout il invite à voir grand : « Il faut faire ce grand port souhaité par le président de la République qui doit aller de Marseille à Lyon mais, il faut aller plus loin, rejoindre les grands corridors fluviaux que sont Rhin et Danube. C’est à ce prix qu’on fera circuler les marchandises de façon décarbonée ».

Il se prononce également en faveur de la création d’un écosystème numérique autour du port. « Nous sommes déjà dans l’excellence avec 19 100 établissements pour 53 000 emplois, un hub mondial de la Data avec 16 câbles sous-marins ce qui fait de Marseille le 2e hub après Paris, le 7e mondial et bientôt le 5e.  Il nous faut amplifier cela, ce qui impose de produire de l’énergie décarbonée…»

Et il faut du foncier. Le président  de la CCIAMP considère: « La promesse de création de 1 450 hectares datant de la mission Théry en 2015 ne suffit pas. Il nous faudrait trois fois plus. Il nous faut anticiper, réinventer les modes de densification et de reconstruction de la ville sur la ville. Il nous faut adapter les documents de planification pour plus de souplesse et de pragmatisme». Dans ce cadre il annonce : « Nous allons organiser en 2024 les Assises du foncier économique avec une opération qui s’appellera « Urgence foncier et immobilier ».»

Jean-Luc Chauvin aborde ensuite  l’importance des centres-villes : « Nous ne résoudrons jamais à ce que Marseille ait un taux de vacance commerciale  de 4 points au-dessus de la moyenne nationale (15% contre 11% en moyenne nationale)». Il rappelle encore que le monde économique, les associations de commerçants avaient tiré le signal d’alarme fin septembre 2023.  Indique: « Je prends acte des décisions prises depuis ». Il élargit son propos : « Nous avons la chance d’avoir un président de la République qui voit Marseille en grand. Il faut aller plus vite. Il faut un RER métropolitain ; assurer la desserte de Fos. Il faut que le monde économique qui paie, soit associé aux travaux sur les mobilités. Et il n’est pas normal qu’il soit aussi difficile de rejoindre la zone des Milles». De fait la CCIAMP n’acceptera pas que des chances historiques ne soient pas saisies.

Michel CAIRE

Marseille. Cité Judiciaire : « C’est toujours non pour Euromed»
Interrogé sur le dossier de la Cité Judiciaire Jean-Luc Chauvin devait signaler : «C’est important d’avoir une cité judiciaire à la hauteur des besoins mais nous continuons à dire qu’une construction hors du centre-ville n’est pas une bonne chose. Nous chiffrons -et personne n’a pu nous prouver le contraire- une perte de 18,3 M€ pour le centre-ville avec un tel transfert. Alors nous travaillons sur différents projets et nous demandons à l’État de travailler avec nous pour maintenir de l’activité en centre-ville sachant que l’implantation sur Euromed ne semble pas aussi simple que prévu par l’État ».

 

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