Chronique. «La parole est à Viou». Laïcité : La République ne se négocie pas

 

Destimed ouvre une nouvelle fenêtre sur le débat avec « La parole est à Viou », une chronique portée par la plume libre et engagée de Viou. Ce rendez-vous assumera un ton personnel, curieux, parfois piquant mais toujours ouvert. Ici, la réflexion se fait sans détour, avec le goût des idées, des points de vue qui se confrontent, et des questions qui ouvrent la discussion. Cette chronique donnera voix à une lecture singulière de l’actualité, aux angles parfois à contre-courant. La parole est à Viou à contredire, à débattre.

La liberté religieuse est un droit fondamental. Elle n’est pas un droit de veto sur nos valeurs communes

Le grand malentendu

Il est temps de nous parler franchement. La laïcité, ce bouclier forgé pour protéger notre liberté de conscience, est aujourd’hui brandie comme un glaive pour imposer des normes religieuses à la société tout entière. C’est un retournement intellectuel total. On tente de vous faire croire que la laïcité servirait à redessiner l’espace public à l’image des religions, à gommer nos différences pour ne froisser personne. C’est faux. Elle sert à garantir exactement l’inverse : la primauté du politique sur le théologique.

En France, le Code civil prévaut sur le Texte sacré  quel qu’il soit.
Ce n’est pas une hostilité envers les croyants, c’est la condition sine qua non de notre existence collective. Sans cette hiérarchie claire, il n’y a plus de Nation, seulement une juxtaposition de communautés qui se regardent en chiens de faïence.

Vos armes : ce que dit la Loi

On entend souvent : « C’est flou», « C’est compliqué». Non, ce n’est pas compliqué. Nos valeurs « Liberté, Égalité, Fraternité » sont gravées dans le marbre. Pour ne plus subir, voici les munitions que le Droit met à votre disposition. Lisez bien, car c’est ce qui nous protège :

  • Loi de 1905 (Art. 2) : «La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.» La séparation est stricte : l’État chez lui, l’Église chez elle.
  • Constitution de 1958 (Art. 1) : «La France est une République indivisible, laïque…» Cela signifie qu’il n’y a qu’une seule catégorie de citoyens. Pas de droit du sang, pas de droit du sol religieux.
  • Code de l’éducation : L’école est un sanctuaire. Les signes religieux ostensibles y sont interdits pour protéger la conscience en formation de vos enfants.
  • Loi du 24 août 2021 : Elle impose la neutralité à quiconque participe au service public.

Ce dispositif n’est pas une option. Il pose une règle d’airain : aucune conviction religieuse ne peut s’affranchir des lois de la République.

L’Histoire n’est pas l’ennemie de la Loi

Qu’on ne s’y trompe pas : la laïcité n’est pas une gomme destinée à effacer la France. La République ne demande pas l’amnésie. Notre pays n’est pas une page blanche : il a une mémoire, une littérature, des paysages sculptés par des siècles de chrétienté. Nos églises sont au cœur de nos villages, nos jours fériés rythment notre calendrier, de Pâques à Noël. C’est notre héritage, c’est notre culture, et nous n’avons pas à nous en excuser. La laïcité ne consiste ni à nier ce passé, ni à cacher nos racines. Mais elle exige une discipline : ce qui relève de l’Histoire et de la culture est une chose ; l’intrusion du dogme religieux pour dicter la loi en est une autre. On peut chérir ses racines sans accepter que la religion régisse le présent.

Le voile et l’Université : le refus de l’Égalité et du Savoir

C’est avec cette lucidité qu’il faut regarder ce qui se passe sous nos yeux. Le voile, revendiqué comme étendard politique, n’est pas un simple tissu. Il installe une asymétrie morale entre les hommes et les femmes. Accepter sa banalisation, c’est accepter qu’une vision rétrograde grignote notre idéal d’égalité. En République, la femme est une citoyenne libre, visible, l’égale absolue de l’homme. Le constat est tout aussi alarmant dans nos universités.
Quand des professeurs s’autocensurent sur Voltaire, la Shoah ou la biologie, quand des militants exigent des salles de prière sur les campus, c’est la Raison qui recule. L’université est le lieu du Savoir, pas celui du Culte. Et le Savoir ne se plie à aucun dogme.

L’hôpital : quand la Fraternité recule

Cette offensive s’attaque désormais au cœur de notre solidarité : l’hôpital. Nous voyons des maris interdire à un médecin homme de soigner leur épouse. Nous voyons des patients récuser une infirmière parce qu’elle est une femme. Réveillez-vous ! Ce n’est pas de la pudeur. C’est une attaque contre l’Universalisme. Dans la République, un soignant est une compétence, un savoir, un agent du bien commun. Refuser son soin au nom du sexe ou de la religion, c’est placer son dogme au-dessus de la santé et de la vie. Céder sur ce point pour «acheter la paix sociale», ce n’est pas de la tolérance. C’est une lâcheté. C’est laisser l’obscurantisme dicter sa loi dans les lieux de lumière.

Le courage d’être nous-mêmes

La laïcité n’a pas à être «ouverte» ou «apaisée». Elle doit être juste et ferme. Dès que l’on pénètre dans l’espace public les règles religieuses s’effacent devant la règle commune. Ce n’est pas du rejet. C’est du respect. Respect de ce qui nous unit au-delà de nos différences. À Marseille comme ailleurs, il faut le dire sans trembler : nos valeurs ne sont pas à vendre. Elles ont coûté trop de révolutions pour être bradées. La République est notre toit commun. Et ce toit est plus haut que tous les cieux. Alors, face à ceux qui la défient, ne baissez plus les yeux : relevez la tête. Car la République, c’est vous.

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