Élections générales 2026 en Israël : la démocratie en action par Hagay Sobol

Publié le 28 octobre 2026 à 20h55 - Dernière mise à jour le 28 octobre 2026 à 20h55

Le Hamas avait promis l’enfer, les Israéliens, juifs et non juifs, se sont mobilisés en masse. Les leçons d’un scrutin.

La Knesset - le Parlement israélien qui siège à Jérusalem... ©n.knesset.gov.il
La Knesset – le Parlement israélien qui siège à Jérusalem… ©n.knesset.gov.il

Une mobilisation à la hauteur des enjeux

Le groupe terroriste du Hamas avait appelé à commettre des attentats sanglants pour perturber le processus démocratique, ce qui n’a pas dissuadé les électeurs. Plus de 77% d’entre eux se sont mobilisés pour élire leurs 120 députés et renouveler la Knesset, l’Assemblée nationale israélienne. Le plus fort taux depuis 1999.

Après le fiasco sécuritaire du 7 octobre, les Israéliens vont-ils renouveler la confiance à « l’inoxydable » Benjamin Netanyahou, détenteur du record de la longévité au pouvoir[1] ou le désavouer et opter pour l’alternance ? Impliqué dans plusieurs affaires, « Bibi » joue sa survie politique, face à une opposition déterminée à briguer son poste.

Résultats partiels

Il reste près de 20% de bulletins à dépouiller, au moment où nous rédigeons cet article, ce 28/10/26 à 12 heures. Les résultats ne sont donc pas définitifs et pourraient encore évoluer. Pour l’heure, aucune formation, ni bloc n’obtient la majorité absolue de 61 sièges.

Le Likoud du Premier ministre sortant est en tête, mais en recul, avec 27 sièges, contre 22 pour Yashar, le parti de son principal challenger l’ancien chef d’Etat-major Gadi Eisenkot. Le bloc de droite (droite, extrême droite, partis religieux) n’obtient que 54 sièges (contre 68 lors de la précédente mandature), face à 48 pour l’opposition (centre, gauche) et 18 pour les deux partis arabes (Liste unifiée et Ra’am)[2].

Les tractations battent leur plein pour nouer les alliances indispensables à la constitution d’une majorité, exercice complexe découlant de la proportionnelle intégrale (avec un seuil d’éligibilité de 3,25%). Les candidats sauront-ils aller au-delà des positions de principe préélectorales et franchir certaines de leurs lignes rouges ? Il reviendra au Président de l’État hébreu, Yitzhak Herzog, de désigner officiellement celui des candidats qui a la plus grande chance de constituer une coalition pour gouverner- qui n’est pas nécessairement, le chef du parti arrivé en tête.

Ni apartheid, ni génocide ? La démocratie israélienne face au chaos et à l’épreuve des faits

Il est bien rare, qu’un pays en guerre, organise une élection de cette importance. Malgré les menaces sur sept fronts, Israël a tenu son rendez-vous démocratique dans le calme et en toute sécurité. Bref la routine ! La remarquable mobilisation des citoyens arabes d’Israël, leur permet d’espérer 18 sièges reflétant leur poids réel dans la société et les élevant au rang de faiseurs de rois, même si des différences stratégiques et idéologiques notables existent entre la Liste unifiée et Ra’am. C’est la preuve manifeste de leur implication dans la vie publique et de leur capacité à peser dans les équilibres politiques du pays. Le contraste est saisissant avec les territoires palestiniens où, ni l’Autorité palestinienne de Cisjordanie dirigée par Mahmoud Abbas (Fatah), élu à l’origine pour un mandat de 4 ans, ni le Hamas à Gaza n’ont organisé d’élection depuis 20 ans [3].

Les limites du système

Si la proportionnelle intégrale permet en théorie une large représentativité, elle se heurte à un écueil majeur : la difficulté pour un parti d’obtenir seul la majorité absolue, qui rend généralement nécessaire la constitution de coalitions. Les formations minoritaires peuvent alors imposer des exigences disproportionnées et fragiliser le gouvernement. Il n’est pas rare qu’un tel attelage tienne plus du mariage de la carpe et du lapin que d’une véritable alliance politique.

Trois blocs parlementaires, aux intérêts parfois divergents, s’affrontent désormais. On dit souvent que les Israéliens, toutes tendances politiques confondues, convergent sur l’essentiel. Mais ce sont les sujets restant qui cristallisent les tensions. Pour éviter les fractures du passé, le futur gouvernement devra rassembler un pays soumis à rude épreuve par trois années de guerre. Il faudra convaincre plutôt qu’imposer, tant les défis économiques et sécuritaires sont légion, – et en priorité la menace nucléaire iranienne.

Perspectives

Tous les scénarios restent envisageables : du gouvernement d’union nationale à une alliance tactique avec les partis arabes (comme lors du gouvernement Bennett en 2021), jusqu’au risque de retour aux urnes, faute de majorité. Dans ce cas, Benjamin Netanyahou jusqu’à la formation d’un nouvel exécutif. Il faudra encore attendre quelques jours pour que l’échiquier se dessine plus clairement.

Les auteurs du 7 octobre ont voulu anéantir les conditions morales d’une coexistence pacifique. De leur côté, les citoyens arabes d’Israël, par leur participation massive, même s’ils sont parfois très critiques envers leur gouvernement, ont envoyé un message clair et porteur d’espoir : ils ont privilégié la voie démocratique, en glissant un bulletin de vote dans l’urne.

Hagay Sobol, Professeur de Médecine est également spécialiste du Moyen-Orient et des questions de terrorisme. A ce titre, il a été auditionné par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée Nationale sur les individus et les filières djihadistes. Ancien élu PS et secrétaire fédéral chargé des coopérations en Méditerranée. Il est Président d’honneur du Centre Culturel Edmond Fleg de Marseille, il milite pour le dialogue interculturel depuis de nombreuses années à travers le collectif « Tous Enfants d’Abraham ».

 

[1] Benjamin Netanyahou a été premier ministre pour la première fois en 1996. S’il n’a pas été au pouvoir continuellement depuis cette date, il dirige actuellement son sixième gouvernement.

[2] Il existe une fracture idéologique nette entre la vision « pragmatique/islamiste » de Ra’am (Mansour Abbas) et la ligne « nationaliste/laïque » de la Liste unifiée (Hadash-Ta’al).

[3] La reconnaissance unilatérale de la Palestine par la France a été conditionnée à la promesse de la tenue d’élections libres en 2026, ces dernières ayant depuis été repoussées à une date ultérieure.

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