Entre Aix-en-Provence et Le Tholonet – Le Domaine Saint-Joseph-Atelier François Aubrun : comme une Villa Médicis sur les chemins de Cezanne

Publié le 16 septembre 2026 à 9h37 - Dernière mise à jour le 16 septembre 2026 à 9h37

Jusqu’au 15 novembre, le Domaine Saint-Joseph – Atelier François Aubrun accueille l’exposition « Jean Messagier, l’été continué » avec la biennale d’Aix. Une exposition conçue autour d’un parcours dans cette nature magnifiée, certes par Cezanne, mais aussi par ceux qui sont venus chercher ici inspiration et sérénité.

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Dans le cadre impressionnant de la chapelle Saint-Joseph restaurée, on peut découvrir les œuvres de Jean Messagier et François Aubrun. © M.E.

1880. Paul Cezanne peint « Vue du Domaine Saint-Joseph », une huile sur toile aussi appelée « La Colline des Pauvres près du Château Noir, avec vue sur Saint-Joseph ». L’œuvre, l’une des premières du maître d’Aix achetée par un musée américain, en l’occurrence le Metropolitan Museum of Art à New York, propose une vue des collines qui bordent l’actuelle « Route Cezanne » ainsi que le domaine de Saint-Joseph, alors propriété des Jésuites.

Terre d’accueil des artistes

1960. Désertant Paris, François Aubrun vient se ressourcer et rechercher l’inspiration picturale au Tholonet, non loin de « la » montagne emblématique. Il découvre alors les 25 hectares du domaine Saint-Joseph dont une partie menace ruine, en devient propriétaire et s’y installe. « Il y travaillera pendant près de 50 ans », confie son petit-fils Romain Pierre, administrateur général du lieu. Administrateur car depuis l’an dernier, où 4 000 visiteurs sont venus découvrir une rétrospective « Aubrun en pleine lumière », quarante ans après l’exposition qui lui fut consacrée au Musée Granet d’Aix-en-Provence, le domaine familial ouvre désormais ses portes au public annuellement pour deux mois, en tant que nouveau lieu culturel. Rappelons que cette route cezannienne fut fort prisée par les artistes et intellectuels puisque Marchutz, Tal Coat, Masson, Duby, Maldiney, entre autres, y ont vécu.

Un écrin pour la culture

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Romain Pierre, administrateur général du site et petit-fils de François Aubrun nous présente « Labours ornés » (1969) bronze à la cire perdue de Jean Messagier. © M.E.

« Le domaine Saint-Joseph – Atelier François Aubrun, souligne  Romain Pierre, c’est comme une Villa Médicis chez Cezanne avec, en son centre, l’œuvre de François Aubrun, mais aussi un lieu de résidences d’artistes et d’événements interdisciplinaires et un écrin pour des expositions mettant en lumière une figure majeure de l’art moderne ou contemporain. » Cette année, c’est Jean Messagier qui est exposé aux côtés des œuvres d’Aubrun aux cimaises de cette grande chapelle Saint-Joseph restaurée, lieu envoûtant et majestueux dont l’espace permet l’accueil de très grands formats. « Jean Messagier est un peintre inclassable qui a toujours refusé la distinction entre la figuration et l’abstraction, nous dit Romain Pierre. Tout comme Aubrun, il témoigne d’une relation puissante, sans concept et sans compromis aux paysages qui l’environnent. »

Le parcours de vie des deux hommes qui se connaissaient certainement, offre un parallèle saisissant puisque les années 1960 marquent chez l’un et chez l’autre un changement de vie et un retour à la nature, Messagier s’installant dans un moulin à eau sur les bords de la Lougres dans la vallée du Doubs.

Parcours initiatique

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Dernière halte avant d’accéder à la chapelle, l’oratoire creusé dans la colline propose l’audition de textes de Jean Messagier. © M.E.

La nature, le paysage : les œuvres des deux artistes en sont imprégnées de façon évidente et magistrale. Si la vie est partout et que les vents soufflent sur les toiles de Messagier, Aubrun, lui, livre les aspérités de la roche avec une force impressionnante, travaillant une matière grise et bleutée à quelques encablures de cette Sainte-Victoire dont la roche calcaire selon la luminosité offre parfois ces tons métalliques aux nuances parfois teintées de vie colorée. « Une étape qui le conduira jusqu’aux toiles quasi monochromatiques des années 2000 ».

L’accès à la chapelle Saint-Joseph nécessite comme un parcours initiatique en quelques étapes qui permet d’entrer et de jouir de l’univers du paysage et de la peinture. La première partie mène à la serre qui rassemble des œuvres sur papier des deux artistes. Le visiteur poursuit vers l’oratoire creusé dans le flanc de la colline où une halte est proposée pour écouter des textes de Jean Messagier. Puis l’on accède à la chapelle Saint-Joseph qui s’ouvre sur le point d’orgue de la déambulation avec l’exposition des œuvres des deux artistes.

Michel EGEA

Pratique : « Jean Messagier, l’été continué » jusqu’au 15 novembre – Domaine Saint-Joseph – Atelier François Aubrun – 2161 route Cezanne – 13100 Le Tholonet. Ouvert du vendredi au dimanche de 10 heures à 18 heures (dernière entrée 17 heures). Tarif : 11 € (réduit : 9 €). Bus : L13 et L110. À découvrir en version premium pendant les Journées du Patrimoine les 19 et 20 septembre. Guinguette ouverte pendant les jours d’ouverture de l’exposition. domaine-saint-joseph.com

À côté de l’exposition

Jusqu’au 18 octobre, une résidence de recherche interdisciplinaire sur le paysage accueille Romy Alizée (romancière), Lorenzo Barbasetti di Prun (chercheur cuisinier), Sébastien Roux (artiste sonore) et Catarina Erica Shanta (artiste vidéo). Curation : Paul Gaillard. Le 8 octobre (19 heures), l’ensemble « Les Cordes de Shams » créé par le violoniste Bilal Alnemr, donnera une création mondiale de Benjamin Attahir « J’ai du sable dans les poches » et des œuvres de Bach, Dusapin, et Prokofiev. Tous les samedis, à 16 heures, des rencontres culturelles sur différents thèmes sont organisées et accessibles avec un ticket de l’exposition. Programme disponible sur le site du Domaine.

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