Publié le 15 décembre 2025 à 12h48 - Dernière mise à jour le 16 décembre 2025 à 16h00
Candidat RN aux municipales de Marseille, Franck Allisio assume une ambition de longue date pour sa ville natale. Il revendique une « vraie alternance » face aux sortants et résume son projet en trois mots : « l’ordre, l’ordre, l’ordre » avec des priorités centrées sur la sécurité, la propreté et le cadre de vie. De la police municipale au logement indigne, en passant par l’attractivité économique et la laïcité, il déroule une stratégie qui met en exergue le retour de l’autorité comme la condition préalable au redressement de Marseille.

Destimed : En 2022, vous avez été frappé par le cumul des mandats : conseiller régional, député, conseiller municipal de Marseille… Finalement vous avez laissé votre mandat de conseiller municipal, et vous êtes candidat aujourd’hui pour Marseille. Ce n’est pas surprenant ?
Franck Allisio . Non, au contraire. Il n’y a rien de plus cohérent, pour un Marseillais depuis trois générations, né ici, qui a grandi ici, qui vit à Marseille, qu’il s’engage en politique -je me suis engagé il y a plus de vingt ans- d’avoir envie de concourir à la plus belle des élections : être maire de sa ville. De sa ville natale, de la ville dans laquelle il vit, où ses amis et sa famille vivent.
Vous auriez pu rester conseiller municipal. Cela aurait été plus logique si c’était déjà votre priorité?
Non, parce que je suis le patron départemental du RN, une des figures régionales de ma famille politique, et qu’à l’époque je présidais le groupe au conseil régional. Marine m’avait dit : « Tu ne peux pas quitter la présidence du groupe au conseil régional ». Une règle qui est appliquée un peu partout en France : quand on est à la tête d’un groupe, président de groupe, on ne quitte pas ce groupe. Automatiquement, on est obligé de laisser l’autre mandat. Cela n’empêche pas de m’intéresser à Marseille, la preuve. Et puis ce n’est pas comme si les autres candidats n’étaient pas dans la même situation que moi : à part le maire sortant.
Marseille à remettre «à l’endroit »
Gérer une ville comme Marseille, sans avoir eu « les mains dans le cambouis » récemment, cela ne va pas être trop difficile ?
C’est une question de volonté. Les idées comptent, les projets comptent, la volonté et la détermination comptent. Le personnel politique de notre ville, de notre territoire, a été défaillant depuis trente ans ; sinon notre ville ne serait pas dans cet état. Ce ne sont pas les Marseillais qui sont en cause : c’est le personnel politique qui, à chaque fois, n’a pas su saisir les choses.
Pourquoi ?
Parce que la même politique est menée depuis quarante ans, en réalité. Donc ce qui importe, c’est la volonté et la politique mise en œuvre. Elle sera évidemment très différente : ce sera une vraie alternance. C’est aussi pour ça qu’il y a la démocratie. Moi, je ne ferai pas comme tous ceux qui sont là depuis trente ans : prendre un mandat, durer pour durer, et ne rien faire. Quand on fait, on prend des risques, donc on ne fait rien et on dure. C’est le cas, en particulier, du maire sortant, monsieur Payan, mais c’est aussi le cas de beaucoup d’autres responsables politiques du territoire.
Est-ce qu’il y aurait là une volonté de « renverser la table » ?
Au contraire, il s’agit de la remettre à l’endroit. D’où mon slogan : « Marseille en ordre », remettre Marseille en ordre. Alors oui, si pour remettre de l’ordre il faut bousculer quelques personnes installées dans l’immobilisme, le laxisme, le renoncement, on le fera. C’est ce que veulent tous ceux qui sont amoureux de Marseille -et de la France aussi. Tous ceux qui ont à cœur de changer les choses, qui ne supportent plus de voir leur ville tomber. Et pour remettre de l’ordre, il faut bousculer les choses. On est arrivés à un moment où les Marseillais veulent secouer, parce qu’ils se rendent compte que la situation est grave.
«Pas des paillettes» mais les «mains dans le cambouis»
On vous décrit comme un organisateur, un « techno », peut-être plus qu’un tribun. Vous vous définiriez comment comme maire ?
Si je suis un bon organisateur, un bon dirigeant, c’est une bonne chose. Un maire, ce n’est pas quelqu’un qui fait de jolis discours, des jolies fêtes, un peu de paillettes, comme le fait le maire aujourd’hui : il ne fait rien mais, il le fait bien. Marseille meurt depuis trente ans à cause de cela : des gens qui veulent prendre la lumière, les paillettes, mais qui ne veulent pas mettre les mains dans le cambouis. Moi, je veux mettre les mains dans le cambouis. Je veux faire les choses. Je ne viens pas pour briller, je ne viens pas pour durer, je viens pour faire. Je viens pour tout donner à ma ville pendant un mandat, avec une équipe, avec tous ceux qui veulent contribuer à relever cette ville, à y remettre de l’ordre dans tous les sens du terme : dans les rues, dans les poubelles, dans les écoles, dans les finances locales.
«Il n’y aura pas de mandats inutiles »
Vous parlez d’un mandat. Vous pensez qu’un mandat suffira ?
Je ne présume pas de la volonté des Marseillais. S’ils me font confiance, ce sera pour six ans. Et si, au bout du mandat, ils veulent me remplacer, ils me remplaceront. Ils me jugeront au bout d’un mandat. Mais je ne vais pas ne rien faire pendant un mandat pour ne heurter personne, pour espérer faire un deuxième mandat inutile. Il n’y aura pas de mandats inutiles. Et je suis persuadé que lorsqu’on fait ce pour quoi on a été élu, on retrouve la confiance des électeurs.
Le RN à la conquête de Marseille : «On n’a jamais été aussi près»
Pour le RN, Marseille est une ville à conquérir ?
C’est la deuxième ville de France. On sent qu’on a les électeurs car nos priorités sont en écho parfait avec les préoccupations des Marseillais. Si les Marseillais veulent continuer comme aujourd’hui, s’ils trouvent que tout va bien, il faut continuer avec Benoît Payan. S’ils considèrent qu’il faut aller beaucoup plus à gauche, et « renverser la table » au sens de « bordéliser », il faut choisir Sébastien Delogu. Mais, s’ils veulent vraiment changer les choses, changer de politique, reprendre à zéro sur les fondamentaux -sécurité, propreté, développement économique- alors il faut choisir mon équipe, ma liste. Aujourd’hui, le vrai changement, le seul changement, c’est l’ordre. L’ordre, c’est la paix civile, le vivre-ensemble, et cela permet la prospérité, le développement économique, la création d’emplois et de richesses. Sans ordre, avec l’insécurité et la saleté, plus personne n’a le désir de vivre à Marseille.
Le RN arrive souvent presque en tête mais ne prend jamais la tête… Pourquoi selon vous ?
Je ne suis pas d’accord pour deux raisons. D’abord, on n’est jamais arrivé « en tête ou presque » aux municipales précédentes : on était troisième, à au moins dix points du premier. C’est la première fois que l’on est dans une configuration où l’on peut être premier ou deuxième et gagner à quelques points, à quelques milliers de voix. Deuxièmement, nous avons gagné aux législatives, à Marseille, dans trois circonscriptions sur sept. Il n’y a plus un seul député Renaissance, plus un seul député LR. Il y a trois députés RN/UDR à Marseille. La moitié des Marseillais ont voté pour un député RN ou UDR, dans les plus grandes circonscriptions. Il suffit qu’ils confirment leur volonté dans moins de cent jours.
Ralliement de Stéphane Ravier
Vous avez eu le ralliement du sénateur Stéphane Ravier. Est-ce que cela va peser ?
Ça pèse déjà. Et c’était une volonté de faire un effort de part et d’autre. L’effort de Stéphane était important, courageux : c’est rare de choisir l’intérêt général, l’intérêt de sa ville, plutôt qu’une bataille de chiffonniers, l’intérêt personnel.
Il n’y a pas eu de négociations ?
Il n’y a pas eu de marchandage. Évidemment, on ne traite pas un adversaire comme un allié maintenant Stéphane est un allié, donc on ne fera plus la guerre. On s’est dit : Marseille, c’est trop important. On a une chance de sauver Marseille, de relever Marseille. Il faut mettre toutes les chances de notre côté, nos électeurs ne nous l’auraient pas pardonné, et ils nous demandaient cette union. Et cela dépasse notre union : les Marseillais veulent du changement. Tous ceux qui ne sont ni Payan, ni Delogu, ni Macron, ni Mélenchon ont vocation à rejoindre cette dynamique.
Vous n’avez jamais été aussi près du but ?
Les Marseillais n’ont jamais été aussi près d’avoir un changement profond, d’être enfin entendus, qu’il y ait un vrai changement dans leur vie quotidienne.
Second tour : « ce sera Payan ou moi » Martine Vassal devra choisir

Trois listes sont au-dessus de 20%. Vous et Benoît Payan proches des 30%. Mais pourquoi gommez-vous Martine Vassal en ne ciblant comme principal adversaire que Benoît Payan ?
Parce que c’est la vérité : au second tour, ce sera soit Benoît Payan, soit moi. Il y a deux sortants : Benoît Payan et Martine Vassal. Un des deux va disparaître. L’une est aux affaires depuis dix ans, l’autre depuis cinq ans. Et vous savez que 60% des compétences sont à la métropole : la présidente de la métropole, c’est l’autre maire de Marseille. Donc il y a deux sortants. Et en plus, ils sont tous les deux macronistes : un macroniste de gauche, monsieur Payan, et une macroniste de droite, madame Vassal. Ceux qui veulent que cela continue choisiront plutôt Benoît Payan. Donc au second tour, il y aura le maire sortant et celui qui incarne l’alternance, c’est-à-dire moi.
Donc tôt ou tard, Martine Vassal aura un choix à faire ?
Soit rejoindre M. Payan -tentation qu’elle a déjà eue- soit faire le choix que de plus en plus d’électeurs font, et que de plus en plus de politiques font : il y a une petite vingtaine d’élus LR qui ont quitté Martine Vassal pour me rejoindre, et pas des seconds couteaux. Et je m’en réfère aussi au national : Nicolas Sarkozy a appelé subtilement, mais clairement, les électeurs de droite à faire le bon choix, le rassemblement, en expliquant que le RN d’aujourd’hui, c’est le RPR qu’il a connu. J’ai envie de dire : la messe est dite. Si on veut vraiment le changement, si on croit aux valeurs d’ordre, aux valeurs de travail, de la droite populaire, on fait le choix sous-entendu par Sarkozy. Il y a deux voies, pas trois.
Vous dites donc que Martine Vassal va vous rejoindre ?
C’est une question de clarification. Moi, je préférerais qu’elle revienne à son premier engagement, plutôt à droite. Aujourd’hui, elle est avec Emmanuel Macron : est-ce qu’elle va pencher à gauche avec M. Payan, ou revenir à son premier engagement ?
Vous oubliez que derrière Martine Vassal, il y a Renaud Muselier, qui ne tend pas du tout vers le RN…
Renaud Muselier est pragmatique. Par deux fois, il a été sauvé à la région grâce à la gauche, donc il penche à gauche et a rejoint Renaissance. Mais il a aussi été RPR : Nicolas Sarkozy retrouve aujourd’hui ce RPR au RN. Il n’est jamais trop tard pour bien faire…
Si Martine Vassal l’accepte, vous feriez une alliance, une liste commune au second tour ?
Moi, j’appelle dès le premier tour tous les électeurs qui veulent du changement, qui se retrouvent dans mes convictions, mes valeurs et mes idées – les mêmes depuis que j’ai adhéré au RPR, puis à l’UMP, puis au FN devenu RN- à me rejoindre dès le premier tour. Je parle aux électeurs. Je suis en campagne municipale, pas dans une campagne entre grands élus. C’est une campagne avec les Marseillais. Il faut être le plus fort possible dès le premier tour pour l’emporter au second.
Mais il faudra sans doute une alliance : fusion, partage des postes… ?
L’entre-deux-tours, c’est de la science-fiction, c’est encore loin. Je ne veux pas présumer du vote des Marseillais. Ensuite chacun sera face à ses responsabilités. Jordan Bardella l’a dit : on tendra la main. Il faut tourner une page. Je tendrai la main à tout le monde au second tour, parce que ma priorité, c’est de changer Marseille et de relever la ville. Mais « Tendre la main », cela ne veut pas dire à n’importe quel prix. Je ne prends aucun engagement aujourd’hui. Je n’exclus rien, mais pas au prix d’une compromission programmatique. Mon projet restera le même : qui aime mon projet le suit. Si on est d’accord sur ce projet, alors, dans l’intérêt de Marseille, tout devient possible.
Les priorités : «L’ordre, l’ordre, l’ordre…»

Si vous aviez trois priorités…
J’ai envie de dire : «L’ordre, l’ordre, l’ordre.» Et concrètement : la sécurité, la propreté, le cadre de vie. Pour moi, cela va ensemble. La compétence sécurité échappe assez largement au maire, mais il peut faire des choses. La propreté, le maire n’est pas obligé d’être en guerre permanente avec la métropole : il peut aussi s’y rendre incontournable. Troisième point : la prospérité, le développement économique, remettre la ville en état de marche. Mais la priorité absolue, c’est le retour de la sécurité et de l’ordre.
« Tripler les effectifs de la Police municipale»
Vous parlez toujours de sécurité mais n’est-ce pas là une des fonctions régaliennes de l’Etat ? Alors que ferez-vous à votre niveau ?
Si la sécurité, c’est l’État, la prospérité c’est la métropole, l’économie c’est la région… alors le maire de Marseille est un santon. Je ne serai pas un santon. La sécurité était vraie comme compétence exclusive de l’État il y a vingt ou trente ans. La décentralisation a donné des moyens aux maires aussi. Aujourd’hui, nous avons environ 700 policiers municipaux, c’est moitié moins que la moyenne des villes en France. On est en retard. Moi, je veux qu’à la fin de mon mandat, Marseille ait la première police municipale de France. Cela veut dire multiplier par trois le chiffre actuel et donc atteindre environ 2 000 policiers municipaux à Marseille en 2032 ou 2033. C’est la première priorité. Le budget de Marseille est d’environ 2 milliards. L’investissement serait de 70 à 80 M€: c’est un choix politique, assumé, soutenable.
Et la vidéosurveillance ?
Il faut doubler les caméras, avec de l’IA, implanter un vrai centre de supervision. Tous les policiers disent que c’est indispensable. Avec 2 000 policiers, cela va permettre un poste de police municipale par arrondissement, pas seulement par secteur. Marseille adhérerait aussi à un dispositif type « voisin vigilant ». Il faut mettre en place tous les outils possibles : voisin vigilant, drones, caméras… Mais le plus important reste l’humain : des policiers municipaux bien formés, bien équipés, bien payés.
Le recrutement est pourtant difficile…
Justement : ils seront bien payés, bien considérés. Quand un maire soutient et donne de vraies missions, ça marche.
Brigades anti-tags, anti-squat, anti-stup…
D’autre dispositifs ?
Une brigade anti-tag, pas seulement pour nettoyer mais pour verbaliser. Une brigade anti-squat pour prévenir et signaler vite afin que la police nationale expulse. Une brigade anti-stup, comme à Béziers ou Perpignan, en complément de la police nationale. Et sur le narcotrafic, je serai un maire qui monte à Paris, qui tape du poing sur la table au ministère de l’Intérieur pour demander des renforts. Je note que M. Payan a moins de policiers nationaux qu’au début du mandat. l’État a retiré des policiers nationaux entre 2016 et 2021 alors que justement, il y avait une flambée de l’insécurité…
En 2016, Benoît Payan n’était pas là…
Oui, mais quand il est arrivé, il aurait dû monter à Paris. Le rôle d’un maire de Marseille, c’est de réclamer, réclamer, réclamer. Et si on ne l’entend pas, il faut prendre à témoin l’opinion : « Ma ville est en train de tomber. » Un ministère finit par entendre le maire de la deuxième ville de France.
Décréter l’état d’urgence
Vous demanderiez quoi à l’exécutif national qui vient à Marseille ?
Un état d’urgence spécial narcotrafic à Marseille : moyens exceptionnels pendant une durée limitée, pour mener la guerre à armes égales avec les mafias. Le Premier ministre a parlé de « narco-terrorisme » comparable au terrorisme islamiste : comment a-t-on combattu le terrorisme ? Par l’état d’urgence. Je demande la même chose. Cela fait 18 mois que nous le réclamons avec Marine Le pen. C’est la compétence du président de la République de décréter l’état d’urgence.
« Marseille en grand » : « les milliards ne sont jamais arrivés »
En 2021, il y a eu « Marseille en grand » avec dans l’escarcelle quelque 5 milliards de l’État ?
Qui ne sont jamais arrivés…
Une partie de la somme est quand même arrivée ?
Non. Selon la Cour des comptes : 5%. Je n’appelle pas ça « arriver ». Et ce n’est pas la première fois : il y avait déjà eu un grand plan à l’époque de Jean-Marc Ayrault, jamais arrivé non plus. Je pense que c’est un peu de la mauvaise volonté nationale et un peu d’incompétence ou de mauvaise volonté locale.
Le plan « Marseille en grand », donc…
Moi, j’ai applaudi, j’ai attendu. J’attends toujours…
Il y a quand même des écoles qui sortent de terre…
Oui, mais en tout et pour tout, 20 écoles ont été rénovées sur 92. Parce qu’ils sont moins gentils et moins honnêtes, d’autres parlent de 9 écoles. Benoît Payan en annonce 50. Moi je dis : 20, c’est le vrai chiffre. Il prend des libertés avec la réalité : dès qu’il y a un début de rénovation, il la compte comme « rénovée ».
Logement indigne
Vous avez interpellé le gouvernement sur les logements indignes. Si vous êtes maire, quelles mesures préconiseriez-vous ?
Il faut continuer et accélérer les opérations de restauration immobilière. La puissance publique ne peut pas tout, mais elle peut contraindre : contraindre les propriétaires qui laissent les immeubles à l’abandon, combattre, exproprier. Mais si vous ne redonnez pas envie d’investir à Marseille, y compris de construire (sans bétonner), vous n’y arriverez pas. Il faut recommencer à construire, y compris dans le centre-ville, parfois démolir pour reconstruire.
Et le logement social ?
je ne suis pas l’ennemi, je ne suis pas un adversaire bête et méchant du logement social. C’est la solidarité nationale mais il doit profiter à ceux qui respectent les règles. Et on a intérêt à le développer dans le centre-ville : classes populaires, seniors, étudiants, logements intergénérationnels. Mais tant que vous n’avez pas la sécurité, la propreté… les investisseurs ne reviendront pas, et vous aurez toujours le logement indigne. Donc c’est un cercle vertueux qui part du cadre de vie vers le traitement du logement indigne. Mais faire semblant de dire que tout est complétement indépendant, c’est faux. Et on se retrouve donc avec une absence de résultats, comme aujourd’hui.
« Le RN c’est le gaullisme… »

Entre Jordan Bardella « pro-patrons » et Marine Le Pen qui est plus axée sur le social : vous vous situez où ?
Les deux sont compatibles. Il n’y a pas d’un côté le parti des patrons et de l’autre celui des employés. Au RPR, il y avait Pasqua et Séguin : des sensibilités différentes. Au RN aussi. Mais elles vont vers le même projet. On croit à la création de richesses, à baisser les impôts, à une gestion de bon père de famille, à dynamiser l’économie, rendre de l’argent aux Français. Et en même temps, on a une fibre sociale : créer de la richesse pour ensuite aider ceux qui en ont besoin. Il y a vingt ans, ça s’appelait le gaullisme.
Le RN, c’est le gaullisme ?
Oui, clairement. On peut prendre les idées du gaullisme une par une. Aujourd’hui, le parti qui s’en rapproche le plus, c’est évidemment le Rassemblement national, de par son patriotisme, de par son attachement à l’autorité et au rétablissement de l’autorité, de par son attachement à la méritocratie.
Vous allez faire grincer des dents chez les gaullistes…
Oui, ce sont ceux qui aujourd’hui se retrouvent chez Macron, qui est un centriste. Le centrisme est l’inverse du gaullisme… Les centristes étaient les pires ennemis des gaullistes.
Quelle est votre priorité économique pour Marseille ?
Donner envie aux Marseillais. On a des Marseillais qui quittent Marseille à regret. Les « vrais Marseillais » s’en vont, des néo-Marseillais arrivent : moi je préfère que les Marseillais restent. Retenir ceux qui veulent partir, faire revenir ceux qui sont partis à Aix, La Penne-sur-Huveaune, etc. en disant : « Marseille a changé. » Et faire venir des gens et des entreprises. Le maire, c’est le VRP de la ville, il doit aller voir les grandes entreprises, les sièges sociaux et leur dire : « Venez-vous installer à Marseille. » On a du foncier, on aura sécurité et propreté, et en plus le cadre de vie.
Et le commerce ?
Il faut redonner de l’oxygène aux commerçants. Les managers de commerce, l’adjoint aux commerçants seront centraux. Pas seulement pour le centre-ville mais aussi pour les noyaux villageois. Marseille en a 111 : ils devraient vivre, c’est l’âme de Marseille.
Et concernant le Centre Bourse, les Galeries Lafayette…
Les Galeries Lafayette sont parties : symboliquement, c’est un drame. On est la seule grande ville de France à ne plus en avoir. Le déclin du centre-ville se voit : on disait « on va en ville », on ne le dit plus, on n’y va plus, pour des raisons de sécurité, de propreté. C’est un cercle vicieux.
Que feriez-vous pour le Centre Bourse ?
On a un joyau sous-exploité : le Musée d’Histoire de Marseille. Quand on passe, on ne sait même pas qu’il est là. On est sur des vestiges du port : il faut le mettre en valeur et repenser le Centre Bourse autour du musée, comme vitrine de Marseille pour Marseillais et touristes. On peut imaginer une halle gourmande, une halle de producteurs, un « village méditerranéen » de productions locales, artisanales. Et pourquoi pas des logements intergénérationnels autour. Et plutôt que de mettre 50M€ « en claquant des doigts » pour racheter, je pense qu’avec moins et des partenariats privés, on peut faire un plus beau projet, plus utile à l’image de Marseille.
Avec qui travaillez-vous ?
Des élus, des experts, des praticiens, une cinquantaine de personnes. Une équipe qui travaille depuis six mois. On n’a pas mis la dernière main au projet, parce qu’on peut encore intégrer des idées. On travaille par bloc : économie, sécurité, urbanisme, transports, école, culture…
Une culture populaire
A propos de culture qu’elle sera votre approche ?
On va me traiter de conservateur, mais elle est surtout populaire. On doit s’appuyer sur l’histoire de la plus ancienne cité de France. Elle est très riche. C’est comme si le ville de Versailles ne prenait pas en compte son château. Par exemple, le film Le Comte de Monte-Cristo a eu un succès planétaire. On voit Marseille, le Château d’If, le Vieux-Port. Il fallait en faire des tonnes : des week-ends, des événements autour d’Edmond Dantès. Pas juste de la com’. Nos musées ensuite sont sous-exploités, pour citer Borély c’est magnifique. Le musée de la Marseillaise est abandonné. Dans chaque école, je veux qu’on apprenne la Marseillaise, parce que notre ville est associée à l’hymne national, c’est unique.
Concernant le tourisme quels sont vos projets ?
Le tourisme fait partie du développement économique, mais un tourisme plus durable. Le monde de Pagnol pourrait être un projet métropolitain (de la Treille à Aubagne) : tourisme culturel, durable. Je veux éviter le surtourisme. Si c’est pour faire de l’argent en dégradant la qualité de vie, non. Je veux du qualitatif, du respectueux, un tourisme « écolo ». Et utiliser les nouvelles technologies : un office de tourisme « intelligent » pour réguler, proposer des circuits alternatifs, éviter que tout le monde se concentre sur trois spots (Bonne Mère, Château d’If, etc.).
Et à propos des soutiens aux théâtres, à la musique, l’opéra ?
Je recentrerai les subventions sur la culture et le sport, et tout ce qui fait le lien social, la solidarité. Mais j’éviterai les subventions politiques : on a augmenté de 50% les subventions aux associations sous Payan, sans que le sport ou la culture aient eu la même augmentation. Je veux des projets utiles, avec des résultats.
La jeunesse: « entrepreneur plutôt que guetteur »
Que comptez-vous faire pour l’emploi des 18-25 ans ?
Redonner envie, redonner le goût du travail, du travail bien fait, de la réussite. La mairie doit exceller dans la mise en relation, être facilitateur. Sur les stages : je n’aime pas la notion de « droit opposable », mais si un jeune coche quelques cases (respect des règles, bonne volonté, cursus correct), je voudrais que la mairie puisse lui garantir un stage : soit via des entreprises privées, via un vrai réseau, soit en interne. Et distinguer chaque année une centaine de projets de création d’activité, donner un coup de pouce, y compris financier. Je veux que le jeune ait comme objectif d’être entrepreneur plutôt que guetteur.
« Marseille Espérance est un modèle »
Quelle est votre vision de la laïcité dans une ville où religions et tensions identitaires se mêlent souvent ?
J’ai grandi dans un Marseille où, à l’école publique, il y avait des chrétiens, des juifs, des musulmans, mais on ne savait pas qui était quoi : ça restait à la maison. On était tous Marseillais avant tout. Depuis une vingtaine d’années, les tensions sont montées, activées, attisées par certains politiques. Aujourd’hui, une partie de la communauté juive se sent menacée : quand ils sortent de la synagogue, ils cachent leur kippa, c’est concret. Et vous avez des islamistes, aidés par une extrême-gauche, qui essayent d’importer des conflits internationaux à Marseille. Moi je considère que ça doit rester dehors…
Comment retisser des liens ?
D’abord, on maintient l’ordre : si les uns agressent les autres, ça ne va pas. Si les uns ne se sentent pas en sécurité, ça ne va pas. Ensuite, la religion doit rester à la maison. Elle ne va ni à l’école ni dans la sphère publique. On est intransigeants sur la laïcité. On évite de subventionner des associations liées à l’islamisme, à n’importe quel fondamentalisme. Et il faut parler à tout le monde, quelle que soit sa religion. Tout homme de foi qui veut me rencontrer pour discuter d’un sujet, je le rencontrerai. Le modèle de Marseille-Espérance de Robert Vigouroux me va très bien : un maire qui fait vivre les Marseillais ensemble, en évacuant ce qui les divise, à l’inverse d’une certaine gauche aujourd’hui…
Donc vous serez un facilitateur et un réconciliateur ?
Exactement. Et la réconciliation ne passe que par le retour de l’ordre, donc du respect : l’ordre induit que chacun respecte l’autre.
Dernière question. Qu’en est-il de l’enquête ouverte pour détournement de biens publics qui vous concerne ?
J’en sais autant que vous, je l’ai lue dans la presse. Et je suis à la disposition de la justice, comme n’importe quel justiciable. Il n’y a aucun souci.
Propos recueillis par Joël BARCY et Patricia CAIRE



