Festival de La Roque d’Anthéron. Florian Noack ou l’art de signer avec génie des arrangements d’œuvres du répertoire musical

Publié le 16 août 2026 à 10h08 - Dernière mise à jour le 16 août 2026 à 10h08

C’est en écoutant des morceaux de Thomas Wright Waller, dit Fats Waller, pianiste, chanteur, organiste, compositeur et chef d’orchestre américain de jazz, né le 21 mai 1904 à New York et mort le 15 décembre 1943 à Kansas City, que Florian Noack a eu envie de se lancer dans des arrangements d’œuvres musicales à jouer au piano.

Destimed Florian NOACK 06 ©Franck DENIS 2026
Florian Noack ©Franck Denis

Dans le cadre des concerts de 18 heures au parc Florans de La Roque-d’Anthéron, moments assez intenses du Festival, le pianiste a offert un récital en forme de voyage. De Bach à Broadway, de la Russie romantique aux cabarets berlinois, il a ébloui un public conquis par l’intelligence d’un programme construit autour de l’art de la transformation, mais aussi par la virtuosité d’un jeu qui ne cherche jamais la performance, la clarté de son piano et son humilité, fondée sur le sens du partage.

Né à Bruxelles le 15 janvier 1980, Florian Noack commence à étudier le piano à l’âge de 4 ans. À 12 ans, il entre à la Chapelle Reine Élisabeth, dans le cycle pour Jeunes Talents Exceptionnels, où il travaille avec Yuka Izutsu. Il poursuit ensuite ses études à la Musikhochschule de Cologne auprès du pianiste et compositeur russe Vassily Lobanov, puis à la Musikhochschule de Bâle avec Claudio Martinez-Mehner.

Florian Noack est aujourd’hui professeur de piano au Conservatoire royal de Liège et poursuit une carrière de virtuose, autant à la scène qu’au disque. Son « Album d’un voyageur », qui avait servi de base à son récital donné au parc Florans le 6 août 2018, montrait déjà son talent de musicien au service des œuvres, traduites à travers l’art de la transformation. Ne cherchant jamais à imiter, son piano devient tour à tour orchestre baroque, corps de ballet, ensemble symphonique ou formation de jazz.

Une musique qui se renouvelle sans perdre son identité

Nourri, enfant, par la voix d’Ivan Rebroff sur les 33 tours de sa grand-mère ou par le Prélude à l’après-midi d’un faune, Florian Noack a développé son imaginaire en écoutant le Quintette op. 34 de Brahms par Maurizio Pollini et le Quartetto Italiano et, plus encore, les Préludes op. 28 de Chopin, en particulier le 12e, interprété par Maria João Pires. Il voue également une admiration sans bornes à Sviatoslav Richter pour son incroyable interprétation de la Sonate n° 18 en sol majeur de Schubert.

Autant de références qui témoignent de son éclectisme, lui qui peut passer de L’Enfant et les sortilèges de Ravel, dirigé par Mikko Franck, avec le merveilleux air du Feu de Sabine Devieilhe -un disque de référence selon lui- aux chansons de Walt Disney ou à la musique de Prokofiev. Ravel, justement, figurait au programme avec un extrait de L’Enfant et les sortilèges, le Five o’Clock Foxtrot, arrangé cette fois par Henri Gil-Marchex. Entendre Bach dans un extrait du Concerto pour quatre clavecins en la mineur d’après Vivaldi, où les arrangements de Noack, transcription d’une transcription, stupéfient par leur profondeur ; découvrir le assez méconnu Morphium de Mischa Spoliansky (1898-1937), figure du cabaret berlinois ; retrouver Fats Waller dans des morceaux où se croisent humour et sortes de syncopes rythmiques : il y avait de quoi séduire et faire rêver.

La fête fut complète avec Gershwin et totalement magique, dans une luminosité de piano à couper le souffle, avec deux extraits de la Danserye (1552) de Tielman Susato, compositeur et imprimeur de la Renaissance basé à Anvers. Fidèle à l’esprit de ses disques, dont The Piano Transcriptions, avec justement la Danserye de Susato, et Tales of the Jazz Age, Florian Noack a mis en évidence, tout au long de son récital, une musique qui se renouvelle sans perdre son identité. Inventer donc sans trahir, dans un parc Florans heureux et conquis.

Jean-Rémi BARLAND

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