La chronique cinéma de Jean-Rémi Barland. « Qui brille au combat » de Joséphine Japy : l’éclat de la vie par-delà le handicap

C’est un film qui porte son titre comme une armure. Pour son premier passage derrière la caméra, l’actrice Joséphine Japy signe avec « Qui brille au combat » une œuvre bouleversante sur le handicap lourd. Un film qui évite avec une pudeur exemplaire les pièges du pathos pour privilégier la lumière d’une lutte quotidienne.

Destimed Sarah Pachoud Angelina Woreth Melanie Laurent photo copyright Association francaise du Festival international du film
Sarah Pachoud, Angelina Woreth, Mélanie Laurent dans « Qui brille au combat » (Photo Association française du Festival international du film)

Le combat d’un prénom

Tout commence par une étymologie : Bertille signifie littéralement « celle qui brille au combat ». C’est le prénom de la cadette de la famille Roussier (interprétée par la criante de vérité Sarah Pachoud), une enfant dont le handicap au diagnostic longtemps incertain dicte le tempo de toute une maisonnée. Autour d’elle, la famille vit dans un équilibre de cristal. Les parents, Madeleine et Gilles (Mélanie Laurent et Pierre-Yves Cardinal), ainsi que la sœur aînée, Marion (Angelina Woreth), naviguent entre dévouement absolu et étouffement. Comment se construire, aimer ou simplement devenir adulte lorsque chaque pensée est accaparée par la fragilité d’une autre ? Le film explore ces avenirs en suspens jusqu’à ce qu’un nouveau diagnostic vienne rebattre les cartes, ouvrant enfin un horizon jusqu’alors bouché.

De la réalité à l’écran : une genèse intime

La force du film puise sa source dans le vécu de la réalisatrice. Joséphine Japy transpose ici sa propre histoire : celle de sa sœur, Bertille, diagnostiquée à l’âge de 22 ans du syndrome de Phelan-McDermid. Cette maladie génétique rare, qui entraîne un retard de développement sévère et une absence de langage, a longtemps été le centre de gravité de sa propre famille. Initialement intitulé Bertille, le long-métrage a changé de nom après que la cinéaste a découvert la signification guerrière du prénom. Le film devient alors un « coup de poing » donné au sort, une célébration de la résistance face à la maladie qui, si elle occupe tout l’espace, ne doit jamais triompher de l’amour.

Une esthétique du tableau, loin du larmoiement

Pour ce récit tourné sous le soleil du sud de la France, Joséphine Japy refuse le misérabilisme. Elle cite volontiers des références comme Boyhood de Linklater ou Lady Bird de Greta Gerwig : des films de l’instant, de la vie qui palpite. Cette philosophie se traduit par la photographie somptueuse de Romain Carcanade -qui avait déjà sublimé Japy dans la série Tapie. Sous son œil, chaque plan devient un tableau où rien n’est jamais appuyé, laissant la gravité s’exprimer sans emphase.

Une distribution à la justesse musicale

Le casting est, à cet égard, un sans-faute. Autour du noyau familial, on retrouve une troupe d’une précision rare. Mentionnons les pensionnaires de la Comédie-Française, Stéphane Varupenne et Birane Ba, mais aussi Félix Kysyl (remarqué chez Guiraudie) ou encore l’étonnant Maxence Tual. Ce dernier sera d’ailleurs bientôt sur la scène de la Belle de Mai à Marseille dans une version « trash » du Système Ribadier de Feydeau, revisitée par Aurore Fattier- un rendez-vous sur lequel nous reviendrons. Ensemble, ces interprètes composent une partition délicate, semblable à une sonate de Chopin ou de Brahms.

« Qui brille au combat » est un film beau, lent et grave, mais porté par une joie profonde. C’est un hommage vibrant à la résilience des familles, mais aussi à tous ces professionnels de l’ombre qui luttent au quotidien pour alléger le cœur de ceux que le destin a frappés de plein fouet. Un grand moment de cinéma.

Jean-Rémi BARLAND

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