Laure Murat, prix Médicis de l’essai 2023 avec «Proust, roman familial»

Elle fut longtemps sur la liste des romans sélectionnés pour le Prix Goncourt 2023. Mais c’est finalement le prix Médicis dans la série « Essais » que Laure Murat vient d’obtenir, avec « Proust, roman familial », tandis que le Québécois Kevin Lambert se voyait adjuger le Médicis roman pour « Que notre joie demeure ».

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Laure Murat propose avec «Proust, roman familial» un livre qui est un formidable plaidoyer pour la liberté et la littérature. (Photo Jean-Rémi Barland)

Consécration donc pour Laure Murat, historienne, fille de Napoléon Murat, écrivain et producteur de film, et d’Inès d’Albert de Luynes, historienne elle aussi. Professeure à l’Université de Californie à Los Angeles, cette femme libre a très vite eu le sentiment de ne pas vouloir la vie qu’on avait choisie pour elle. Ceci elle le raconte dans ce livre atypique posant un nouveau regard sur « La Recherche du temps perdu ».

« Proust nous restitue à nous-mêmes »

 A la célèbre remarque d’Anatole France qui prétendait : « La vie est trop courte. Proust est trop long. » Laure Murat répond dans son nouveau livre : « Proust, roman familial » : « Ânerie intégrale, et fielleuse. J’ai toujours pensé l’inverse. La vie est trop longue et « La recherche » trop courte. Le roman fait trois mille pages, soit cent trente heures de lecture en deux mois, selon de savants calculs. Impensable, vraiment ? Personne n’est obligé de lire Proust. Mais tout le monde perd à l’ignorer. On le lira à vingt ans, trente, quarante, soixante ans. Peu importe. Comme les rencontres amoureuses la lecture de la « Recherche » attend son heure. Elle ne peut en aucun cas être forcée. C’est la lecture consentie par excellence. Et donc celle qui procure les plus grands plaisirs. » Avec minutie, enthousiasme et sans écrire une thèse universitaire, Laure Murat professeure de littérature connaît l’œuvre de Proust de l’intérieur, signe une vertigineuse mise en abyme où l’on verra comment la plongée dans « La Recherche », livre-monde par excellence l’a sauvée. «Quiconque s’immerge dans « ce roman qui n’arrête pas de penser » à travers ce « je  » du narrateur et personnage principal s’étonne-t-il de s’y reconnaître soi, à chaque page » affirme-t-elle, concluant : « Proust nous restitue à nous-mêmes ». Pour faire cheminer le lecteur dans le chemin labyrinthique de la « Recherche» Laure Murat redéfinit les contours entre l’homme et l’oeuvre. « Proust parlait comme dans son livre, il n’y avait pas de différence entre sa phrase orale et sa phrase écrite » précise-t-elle. Ou encore : « Proust est sans conteste celui qui a pointé avec le plus d’acuité et de lucidité cette perversité très caractéristique du comportement aristocratique » tant il est vrai que « A la recherche du temps perdu » «est la critique la plus cruelle et la plus subtile de l’aristocratie française à laquelle se soit jamais livrée la littérature ».

Proust par le prisme de sa famille

Mais loin d’être une biographie le livre de Laure Murat dont on dira qu’il est écrit avec fougue, modestie et intelligence, est une plongée au cœur des proches de l’auteure. Son père Napoléon Murat né en 1925, écrivain et producteur de films, considéré comme un original pour avoir produit les premiers films de Louis Malle, et sa mère Inès d’Albert de Luynes, historienne née en 1939 «lisaient vraiment», nous dit d’eux leur fille. Ils sont venus au monde un peu tard pour avoir connu celui tel que Proust l’a vécu, « mais assez tôt pour en avoir une mémoire transmise, rapportée. » Et c’est de cela dont parle son livre, elle dont Proust connaissait ses arrières grands-parents paternels et maternels et qui s’est même inspiré de certains membres de sa famille dont les noms parsèment le roman.

Livre sur la transmission, l’instinct de liberté notamment sexuelle, « Proust, roman familial » brise certains tabous, Laure Murat, révélant sa vie amoureuse et levant le voile sur son homosexualité, esquisse un parcours de combat pour la vérité et pour la recherche du vrai, du beau, du bien . C’est exemplaire, et solaire. Ce qui a fait dire à Paule Constant qui a défendu ce livre au Goncourt et aux Écrivains du Sud, sélectionné ce récit dans sa liste du prix des Écrivains du Sud : « C’est époustouflant de voir comment Laure, princesse de Luynes et duchesse de Murat comprend l’histoire de sa famille en lisant Proust et comment celui-ci n’a pu écrire  « La recherche » qu’en analysant ces familles. » Vertigineux et admirable, un texte de liberté que Laure Murat a présenté aussi à un jeune public lors de sa tournée pour Le Prix Goncourt des lycéens, avec comme partenaire inséparable sa très attentive petite chienne blanche qui se prénomme Phoebe.

Jean-Rémi BARLAND

«Proust, roman familial» par Laure Murat paru aux Éditions Robert Laffont – 252 pages – 20 €.

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