Le préfet a-t-il voulu diviser les maires ? Nicolas Isnard répond

Publié le 17 juin 2026 à 22h30 - Dernière mise à jour le 17 juin 2026 à 22h30

Nicolas Isnard, le président de la métropole Aix-Marseille-Provence  voit rouge. Le budget arrêté par le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, a créé un électrochoc. Il touche à un totem : la réduction des AC (Attributions de compensation) versées chaque année par la Métropole aux communes. « Il veut nous diviser mais nous sommes unis. On forme un collectif », insiste Nicolas Isnard.

Destimed Isnard et le prefet
L’un veut toucher aux attributions de compensation, l’autre y voit une tentative de division des maires. Entre Jacques Witkowski et Nicolas Isnard, la fracture est désormais assumée (Photos Joël Barcy)

 Des chinoiseries technocratiques

 « Je ne comprends pas que la Chambre régionale des comptes  (CRC) dise blanc et que le préfet dise noir, entame le président. Je trouve étrange que Jacques Witkowski aille à l’inverse de la décision des magistrats. Ces AC ou DSC sont des chinoiseries technocratiques pour tous ceux qui nous écoutent ou nous lisent. L’État a en fait envoyé son soldat pour faire rentrer un coin dans notre collectif mais il n’y parviendra pas. »

AC et DSC

La CRC voulait réduire la DSC (Dotation de solidarité communautaire) de 53 millions d’euros. Le préfet balaie cette piste d’un revers de la main. « Cette dotation répond à une nécessité de péréquation et d’équité dans la répartition des ressources en irriguant les territoires signataires des contrats de ville. » Les communes en difficulté en quelque sorte. Marseille obtient par exemple plus de la moitié des 66 millions de la DCS (36 millions).

Jacques Witkovski préfère rogner les AC, un vieil héritage. L’époque où la taxe professionnelle faisait prospérer les communes industrielles comme Martigues avec des retombées en millions d’euros. Lors de sa création en 2016, la Métropole a donc reversé aux communes des attributions pour compenser cette perte. Le préfet veut donc que les 53 millions soient prélevés sur cette manne qui ne correspond plus à la réalité économique des territoires.

Ligne rouge

Une chose est sûre le président et le préfet ne partiront pas ensemble en vacances cet été. En prônant de tailler dans les AC, ce dernier s’attaque à un tabou. Les élus, qui en bénéficient peu, contestent les AC mais personne ne veut vraiment y toucher dans le budget 2026. Jacques Witkowski a mis les pieds dans le plat et impose aux maires de prendre en compte au moins partiellement cette option. Nicolas Isnard se serait passé de cette évocation même si, selon lui, la levée de ce tabou n’a pas entraîné de confrontations. « J’ai fait une visio-conférence hier et 86 maires étaient présents. L’unité prévaut. »

 Des économies partout

 Le président aurait voulu éviter ce rebondissement et ces soubresauts à répétition. La copie de la CRC lui convenait parfaitement. « On a fait des efforts sans précédents grâce aux magistrats de la chambre régionale des comptes. On a taillé partout : voitures, formation, magazine de la métropole… On a réalisé 91 millions d’économies. L’histoire montrera que c’est sans précédent.

« Bras gauche ou bras droit… »

 Quoi qu’il en soit il reste 53 millions à trouver. Perte d’une partie des AC ou de la DSC il faudra trancher. « Peut-être un système mixte », ajoute Nicolas Isnard. Tous les adjoints aux finances des communes sont en train de plancher pour trouver un équilibre.  « Bras gauche ou bras droit ou les deux, de toute manière on sera amputés de ces 53 millions. »

Pas d’impôts

 Dans cette tension, le président demeure fier d’une chose. « Grâce à nos efforts nous n’augmenterons pas les impôts. Si nous avions voté le budget tel quel en arrivant, il fallait augmenter la taxe foncière de 5 points, c’était 130 € pour un 60 m²».  Nicolas Isnard en profite pour tacler ses contempteurs. « On disait, il refile la patate chaude à l’État pour ne pas augmenter les impôts lui-même. Et bien non ! Le contribuable ne paiera rien de plus en 2026. » Reboosté, sûr de la solidité des élus, il porte l’estocade en direction de l’État. « Il voulait nous diviser, il s’est trompé.» Reste maintenant à plancher pour trouver une issue heureuse lors du vote du budget.

Joël BARCY

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