Onze voix pour, une voix contre et c’est la vie d’un homme qui bascule dans « 12 hommes en colère » chef d’œuvre de Reginald Rose, adapté par Francis Lombrail et mis en scène par Charles Tordjman. Haletant.

Dans le huis-clos d’un délibéré, douze hommes ont la vie d’un jeune homme entre leurs mains. Ils doivent choisir, à l’unanimité, entre l’acquittement et la chaise électrique. Ils sont onze à le condamner. Un seul doute. C’est le juré numéro huit. À partir de là, tout part en vrille. Le ton monte, chacun tentant d’imposer son intime conviction. Au fil de discussions de plus en plus houleuses, les préjugés s’effilochent, les certitudes vacillent.
Écrite en 1954 par Reginald Rose, adaptée au cinéma par Sydney Lumet en 1957, la pièce interroge toujours sur la fragilité de la justice rendue. Déjà jouée en France par Michel Leeb (témoin numéro 8) dans une mise en scène de Stéphan Meldegg, spécialiste des œuvres américaines et à qui l’on doit aussi la mise en espace de « Diplomatie » de Cyril Gély avec Arestrup/Dussollier, cette œuvre forte revient donc dans une version présentée par Charles Tordjman qui nous pose brillamment la question des rapports entre la vérité et ce qu’on croit percevoir d’elle.
Ces douze hommes, au cours de la délibération du procès ont la responsabilité de juger un jeune homme accusé de parricide. Si pour onze d’entre eux, sa culpabilité est évidente, un juré va émettre des doutes. Or il faut l’unanimité pour prononcer un verdict. Une vie est entre leurs mains. C’est l’acquittement ou la chaise électrique…
Le Juré numéro 8 devient le numéro 1 du verdict
On assiste dans une tension palpable à un drame judiciaire dans lequel l’intelligence, l’humanité et la persévérance d’un seul homme vont mettre à mal les certitudes et les préjugés des 11 autres jurés, chacun habité et influencé par son histoire personnelle. Au-delà de l’enjeu du procès, cette pièce au propos éminemment moderne questionne sur la façon dont est rendue la justice, montrant à quel point les préjugés indéracinables et l’intolérance de certains peuvent décider de la vie d’un homme.
Signé par Francis Lombrail qui avait déjà adapté avec succès une autre pièce américaine : « Les cartes du pouvoir », ce formidable thriller théâtral tient en haleine, surprend et déroute. Et n’a perdu aucun des éléments ayant fait son succès à l’origine. Formidablement frontale l’histoire racontée l’est présentée justement de manière frontale, les comédiens sont face à nous et comme dans une arène ils affrontent un à un le taureau de la vérité. Avec des éclats de voix et des gestes d’intimidation rondement menés et excellemment montrés. Le travail au plateau est exemplaire, la puissance de jeu significative même si il faut l’admettre tous les interprètes ne sont pas tous du même niveau. On notera la présence du formidable Pascal Ternisien, grand habitué des pièces mise en scène par Macha Makeïeff. Et au final on ressort de la pièce assez admiratifs et conquis.
Jean-Rémi BARLAND
« Douze hommes en colère » de Reginald Rose. Au Théâtre de l’Odéon, /Théâtre du Gymnase Hors les murs du 17 au 21 mars à 20heures. Sauf le 18 mars à 19heures. sur lestheatres.net



