Publié le 11 septembre 2026 à 21h16 - Dernière mise à jour le 11 septembre 2026 à 21h18
Adepte de l’œcuménisme, répété à l’envi, Nicolas Isnard n’envisageait certainement pas cette issue. C’est un séisme politique. Malgré l’appui du Rassemblement national et de l’UDR, sa proposition pour sortir de l’impasse budgétaire a été rejetée, à une voix près. On a retrouvé les vieilles oppositions : Marseille contre la majorité des autres communes. Le divorce gauche-droite est acté.

Payan 1 – Isnard 0
Ils marchaient main dans la main depuis avril dernier, mais hier, la politique a repris ses droits et la belle entente entre le maire de Marseille et le président de la Métropole s’est fracassée sur le vote de la décision modificative du budget. Une petite voix a manqué à Nicolas Isnard pour que sa solution l’emporte. Les élus de gauche et peut-être quelques-uns de droite ont fait capoter son projet de modifier la dotation de solidarité communautaire (DSC). Pour le quidam, les acronymes DSC et AC (attributions de compensation) ne l’éclairent pas beaucoup, mais pour les élus, cela résonne en millions d’euros, d’où la bagarre entre communes et, majoritairement, entre la droite et la gauche. « C’est une mélasse, et si quelqu’un comprend ce dont nous parlons dans nos rues, il a vraiment des compétences que moi je n’ai pas », note Nicolas Isnard à l’issue de cette journée, vécue comme un séisme politique.
Déroulé des faits
En début d’après-midi, aucun élu ne voulait parier sur l’issue de cette journée cruciale. L’assemblée voterait-elle ou non la décision modificative du budget ? Benoît Payan avait d’emblée dit en amont qu’il voterait contre, malgré les assurances que les 36 millions d’euros de fonctionnement qu’il perdait dans l’affaire « seraient compensés à l’euro près par des investissements », signifiait le président.
Nicolas Isnard mettait la pression : « Si on ne rectifie pas le budget aujourd’hui, on reprendra le budget du préfet et le 12e mois d’aides compensatoires ne sera pas versé. À bon entendeur, salut ! » Le président met le paquet pour séduire l’ensemble de l’hémicycle et tenter d’arracher une victoire. Il indique vouloir travailler avec tout le monde et notamment prendre en compte les propositions du RN pour discuter du budget.
« La honte et le déshonneur »
Le maire de Marseille, très actif tout au long de cette journée, n’avait pas prévu d’intervenir dans l’hémicycle, mais il a flairé le rapprochement entre la majorité et l’extrême droite. Il a donc finalement pris la parole pour peser dans l’hémicycle. « Je crois que c’est la première fois que j’entends un président d’exécutif, dans une situation aussi complexe, nous disant qu’il a tout donné jusqu’à vouloir porter l’œcuménisme sur ce qu’il avait appelé des lignes rouges, mais je vois que la géographie est chez vous quelque chose d’assez plastique et malléable. » Première banderille. Lors du dépouillement du vote, il arpente les travées et glisse une phrase assassine en direction de la majorité : « Vous aurez la honte et le déshonneur. »
Vote contre
Les enjeux étant posés, le vote à bulletin secret peut démarrer. 237 conseillers passent dans l’isoloir puis glissent l’un des trois bulletins dans l’urne. Le président assiste, de son perchoir, au décompte des voix. Il semble tendu. Il sait qu’il lui faut les deux tiers des voix pour que la décision modificative du budget passe. Résultat : 156 voix pour, 79 contre et deux blancs. Il manque une voix pour que la modification de la dotation de solidarité communautaire (DSC) soit adoptée. Un énorme silence entoure ce résultat surprenant. Aucun applaudissement dans le camp des vainqueurs. C’est un coup rude pour le président qui a tout fait pour que ça passe.
Séisme politique
Le vote du Rassemblement national en faveur de la solution du président a surpris au regard des propos tenus en début de séance par l’élu métropolitain Fabien Bravi (RN). « La Métropole dans sa forme actuelle est en état de mort cérébrale, les mesures que nous voterons aujourd’hui ne régleront en rien le fond. Où est le cap politique, où sont les choix stratégiques ? »
On se dit que le mouvement va s’abstenir, mais les propos de Nicolas Isnard dans l’hémicycle l’ont fait changer d’avis. « On a eu un exécutif qui nous a dit : “On est prêt à travailler avec vous, à coconstruire ce budget avec vous”, relate Franck Allisio. Je crois que c’est du jamais-vu en France, donc à partir de là, où on avait une telle main tendue, il fallait la saisir et voir ce qu’on pouvait faire dans l’intérêt des Provençaux et des Marseillais. Cela a fait long feu, je ne sais pas par qui monsieur Isnard a été trahi dans sa majorité. »
Accusé de complicité avec l’extrême droite par Benoît Payan, Nicolas Isnard botte en touche : « Ici, on n’est pas dans une assemblée politique, ici, on est dans un outil de coopération intercommunale. Quand on arrive ici, on met sa casquette politique à l’extérieur. En tout cas, c’est ce que j’ai demandé et je pense que c’est tenu et ici personne, la gauche, la droite, ne dit : “Nous, nous votons ci, nous, nous votons ça.” Donc tous ceux qui veulent me soutenir sont les bienvenus. » Mais cet œcuménisme a visiblement ses limites et il laissera des traces.
Et maintenant ?
La résolution du déficit de la Métropole s’est fracassée sur les lignes politiques de chacun. Les oppositions gauche-droite et entre les communes les mieux et les moins bien dotées ont repris leurs droits, cinq mois tout juste après l’élection du nouveau président. Nicolas Isnard se retrouve fragilisé, mais pour l’heure personne n’est gagnant. On n’a que des perdants. Aucun maire ne sait vraiment comment il va boucler l’année budgétaire. En votant contre la modification de la DSC, logiquement, c’est le budget arrêté par le préfet qui s’applique, mais des recours judiciaires ont été portés devant le tribunal administratif pour contester son arrêté. Bref, c’est bien « une mélasse », comme le résume le président. Et il reste toujours un trou de 53 millions d’euros dans la caisse à combler par les communes.
Reportage Joël BARCY



