La réforme de la loi PLM (Paris, Lyon, Marseille) modifie sensiblement le mode de scrutin pour les municipales de 2026. À Marseille, les électeurs devront désormais participer à deux votes distincts : l’un pour élire les conseillers municipaux de la mairie centrale, l’autre pour désigner les élus de leur mairie de secteur. Deux circuits électoraux parallèles qui changent les habitudes des Marseillais. Explications avec le politologue et président d’Angerona, Norbert Nourian.

C’est nouveau, les électeurs marseillais auront deux enveloppes, deux bulletins, deux urnes et deux émargements différents pour ce scrutin des municipales.
Effectivement, auparavant il y avait un seul bulletin à glisser dans l’urne. On votait uniquement par secteur ou arrondissement. Là, vous aurez deux circuits parallèles. L’un concernera le vote pour la mairie centrale et l’autre pour le secteur où vous demeurez. Concrètement il faudra prendre une enveloppe de couleur et les bulletins pour la mairie centrale. La remplir dans l’isoloir ensuite émarger avant de voter. Il faudra renouveler la même opération pour la liste de secteur en empruntant un autre circuit. Enveloppe d’une autre couleur, isoloir, émargement et vote dans une autre urne.
Est-ce que je peux voter d’une couleur politique pour la liste de la mairie centrale et d’une autre pour la mairie de secteur ?
Oui, c’est possible : les deux scrutins sont indépendants l’un de l’autre. Si vous appréciez, par exemple, la tête de liste de votre secteur, même si elle n’est pas de la même couleur politique que votre choix pour la mairie centrale, rien ne vous empêche de glisser dans les urnes deux bulletins de couleurs politiques différentes.
Ce nouveau mode de scrutin change la donne ?
Oui, un vote égale une voix. Il n’y a plus d’agrégation des résultats par secteur, qui n’avaient pas le même nombre de représentants. Il fallait donc gagner les secteurs les plus lourds ou surperformer dans d’autres pour emporter l’élection. Ce nouveau scrutin représente directement l’expression électorale. Les électeurs votent pour la mairie centrale comme dans les autres communes. Cela évite les effets de compensation et de distorsion de l’ancien système par secteur. En 1983, par exemple, Jean-Claude Gaudin était majoritaire en voix sur l’ensemble de la commune de Marseille (3 000 voix d’avance), mais il a perdu en nombre de sièges. Il y avait donc une inadéquation entre l’expression du vote et le résultat final : la défaite en sièges. Cette distorsion ne peut plus exister avec le nouveau scrutin. Celui qui est majoritaire en voix gagne.
Dans les autres villes (hors PLM) la liste arrivée en tête a une prime de 50% des sièges, ce n’est pas le cas à Marseille.
Non, pour avoir une meilleure représentativité des partis au sein de l’hémicycle la loi mentionne que la liste arrivée en tête bénéficie d’une prime plus faible (25%). Cela veut dire qu’à Marseille par exemple la liste gagnante a d’emblée 28 sièges sur les 111 du conseil municipal. Ensuite 75% des sièges restants (83) sont répartis à la proportionnelle. En résumé si le gagnant obtient 34% des voix au second tour, il détient la majorité absolue dans le futur conseil municipal (83 x 34% = 28) + 28 (la prime au gagnant = 56. Soit la majorité absolue sur 111 sièges.
C’est le même principe pour les secteurs ?
Non, la liste arrivée en tête bénéficie, comme dans les autres communes de France d’une prime de 50%.
Dernière question. Qui peut se maintenir au second tour.
Toutes les listes qui dépassent les 10% des suffrages exprimés peuvent se maintenir au second. Entre 5 et 10% elles peuvent fusionner avec une autre liste. En deçà elles disparaissent.
Propos recueillis par Joël BARCY



